01 septembre 2015

FEMME ET SACERDOCE : POURQUOI L'ORDINATION EST-ELLE RESERVEE EXCLUSIVEMENT AUX HOMMES ?

  Tout d’abord, il faut dire que ce sujet n’est en aucun point lié à la question de la dignité de la femme. L’Eglise a toujours enseigné ici une stricte égalité entre elle et l’homme. L’histoire prouve que c’est elle qui, en ce domaine, a libéré la femme des contraintes que lui faisaient subir les mœurs païennes des cultures pré chrétiennes. Ne lit-on pas déjà dans St Paul aux Galates III, 28 : « Il n’y a ni Juif, ni Grec, il n’y a ni esclave ni homme libre, il n’y a ni homme ni femme, car tous vous ne faites qu’un dans le Christ Jésus ». Signalons aussi que l’être humain le plus vénéré et exprimant le mieux la dignité de la vocation humaine est une femme : la Vierge Marie, « le modèle de l’Eglise », selon l’expression de Jean-Paul II dans l’encyclique « Redemptoris Mater » (25/09/1987).

 

  Si l’homme et la femme possèdent la même dignité, leur nature et leur vocation diffèrent cependant. Le refus de toute différence entre les deux, sous prétexte d’égalité, empêche définitivement de comprendre quoi que ce soit au problème traité ici. L’homme, par exemple, et c’est inscrit dans sa nature, n’a pas pour vocation de porter l’enfant, de lui donner la vie, d’accoucher et d’allaiter. Cela ne diminue en rien sa dignité. C’est dans le même état d’esprit qu’il faut aborder les différentes raisons pour lesquelles l’Eglise ne peut étendre aux femmes l’ordination.

 

  Plusieurs documents officiels abordent ce sujet : la déclaration Inter insigniores de la Congrégation pour la Doctrine de la Foi de 1976 et la lettre apostolique Ordinatio sacerdotalis de Jean-Paul II du 22 mai 1994. Voici quelques extraits de ce dernier texte : « Je déclare en vertu de ma mission de confirmer mes frères (Luc XXII, 32), que l’Eglise n’a en aucune manière le pouvoir de conférer l’ordination sacerdotale à des femmes et que cette position doit être définitivement tenue par tous les fidèles de l’Eglise… C’est l’observance fidèle d’une disposition qu’il faut attribuer à la sagesse du Seigneur de l’univers ». Il s’agit de « raisons tout à fait fondamentales », « théologiques ».

 

  Dans une réponse signée du Cardinal Ratzinger, la Congrégation pour la Doctrine de la Foi apporte les précisions suivantes, en date du 28/10/1995 : « Cette doctrine exige un assentiment définitif parce qu’elle est fondée sur la Parole de Dieu écrite, qu’elle a été constamment conservée et mise en pratique dans la Tradition de l’Eglise depuis l’origine et qu’elle a été proposée infailliblement par le magistère ordinaire et universel… Le Pape ne propose aucune nouvelle formule dogmatique mais confirme une certitude, celle qui a été constamment vécue et affirmée dans l’Eglise ». Il n’y a donc rien de nouveau, si ce n’est que le Pape a dû être plus explicite pour faire face à toutes les pressions et à toutes les critiques qui s’exercent par le biais des médias sur cette question.

 

Première raison : l’Eglise est fidèle à l’attitude et à la volonté du Christ. 

  Il n’était pas dans la volonté de Jésus de donner le sacerdoce aux femmes. Aucune n’a été appelée à faire partie des Douze. Et s’il a agit ainsi, ce n’était pas pour se conformer aux usages du temps, car son attitude à l’égard des femmes contraste singulièrement avec celle de son milieu et marque une rupture volontaire et courageuse. Sa mère elle-même, associée si étroitement à son ministère, et dont le rôle hors de pair est souligné par les Evangiles de Luc et Jean, n’a pas été investie du ministère apostolique.

 

Deuxième raison : l’Eglise est fidèle à la pratique des apôtres et à la Tradition. 

  Désireux de suivre la volonté divine, les apôtres se séparèrent de la tradition judaïque et de la loi mosaïque. Ils n’ont cependant appelé aucune femme à faire partie du Collège apostolique. Cette attitude de Jésus, continuée par les apôtres et par toute l’Eglise d’Orient et d’Occident, a donc une valeur permanente qui oblige l’Eglise d’aujourd’hui. L’explication de cette valeur permanente est que la Tradition fait partie de la Révélation divine, œuvre de l’Esprit-Saint lui-même, et dont le Christ a promis l’assistance à l’Eglise pour la garder dans la vérité jusqu’à la fin des temps. 

  Ces deux premières raisons se rejoignent dans une seule qui est la confiance et l’obéissance en ce que Dieu a voulu. Les deux qui suivent maintenant ont pour objet d’en donner le sens, c’est-à-dire de découvrir la sagesse de la volonté divine contenue dans cette intention de ne conférer le sacrement de l’Ordre qu’à l’homme.

 

Troisième raison : le prêtre doit être une personne masculine pour être signe du Christ, lui-même personne masculine. 

  Lors de l’Eucharistie, le prêtre agit « in persona Christi ». Il tient la place du Christ. Par le sacrement de l’Ordre, il est signe du Christ. Dans ses gestes et ses paroles, les fidèles doivent aisément déchiffrer ce signe, c’est-à-dire voir le Christ lui-même. Et puisque le Christ fut et demeure de sexe masculin, la personne masculine est seule apte à en être le signe, seule apte à s’identifier à Jésus d'un point de vue physique pour le représenter. Le corps d’une femme, en effet, est substantiellement différent du corps de l’homme. Or, la personne humaine est à la fois âme et corps. Il est donc plus facile de voir le Christ-prêtre dans un homme que dans une femme. La première raison qui fonde le refus de l’Eglise de conférer l’Ordre à la femme tient donc à la réalité substantielle du sacrement lui-même dans son signe visible.

 

Quatrième raison : le prêtre doit être une personne masculine pour être signe du Christ en tant que celui-ci est l’Epoux. 

  L’Incarnation (Dieu se fait homme), la Rédemption (Dieu sauve l’homme du péché et de la mort éternelle), l’Eucharistie (Dieu se donne à l’homme comme nourriture pour le sanctifier) sont considérées dans toute l’Ecriture comme la rencontre nuptiale entre Dieu et sa créature. Tous ces mystères expriment l’initiative de Dieu, du Christ-Epoux envers l’Eglise-Epouse. Ils sont autant de manifestations du grand mystère de l’Alliance entre Dieu et l’humanité. Il y a ici une analogie entre ce qui est de l’ordre de la nature et ce qui est de l’ordre de la grâce. La nature apporte des signes pour exprimer des réalités spirituelles. Chaque sexe est signe. Dans la nature, au plan de la génération, la personne masculine est initiative, tandis que la personne féminine est accueil de cette initiative. Ainsi, dans l’œuvre de la Rédemption où le Christ est l’Epoux, la personne masculine est le signe de cet époux, tandis que la personne féminine est le signe de l’Epouse, c’est-à-dire de l’humanité (homme et femme) qui accueille le don du Dieu sauveur. Le prêtre dans sa masculinité est signe du Christ. Il manifeste l’Epoux. La femme dans sa féminité manifeste le fait que l’humanité accueille le salut et le bonheur qui vient de l’Epoux, tout comme Marie, au pied de la croix, est le signe de toute l’humanité accueillant l’initiative rédemptrice de Dieu.