« Mon Dieu ! Mon Dieu ! Pourquoi m’as-tu abandonné ? » (Matthieu 27,46 et Marc 15,34).

  Cette phrase veut-elle dire que Dieu le Père a abandonné Jésus-Christ ?

  La foi, reçue des Evangiles, nous dit que Jésus-Christ est Dieu. Il est Fils de Dieu : « Il est Dieu, né de Dieu ; Lumière née de la Lumière ; Vrai Dieu, né du vrai Dieu ».

  L’amour, l’intimité et l’unité entre le Père et le Fils sont parfaits. Cela nous est enseigné tout au long de l’Evangile : « Celui qui m’a envoyé est avec moi et Il ne m’a pas laissé seul, parce que je fais toujours les œuvres qui lui sont agréables » (Jean 8,29). « Moi et le Père, nous sommes Un » (Jean 10,30). « Le Père est en moi et je suis dans le Père » (Jean 10,38). « Père Juste ! Le monde ne vous a point connu ! Mais moi, je vous ai connu, et ceux-ci ont compris que vous m’avez envoyé. Je leur ai manifesté votre Nom. Je le leur ferai connaître encore, afin que l’amour dont vous m’avez aimé soit en eux, et que moi-même je sois en eux » (Jean 17,25-26).

  Dieu s’est fait homme en Jésus-Christ pour nous apporte le salut. La vie et la mission du Christ ont été annoncées par les prophètes. Le christ vient donc parmi nous et réalise ce qui a été annoncé plusieurs siècles avant sa naissance. De nombreux passages de l’Ancien Testament font allusion au Christ. Le Christ accomplit les Ecritures. Ainsi, les dernières paroles qu’Il prononce sur la croix sont des paroles que nous trouvons dans les Psaumes. Par exemple, peu avant sa mort, Il dit : « J’ai soif » (Jean 19,28) et les soldats lui donnent à boire. Or, le Psaume 69,22 dit : « Ils m’ont donné du vinaigre pour apaiser ma soif ». De même, avant d’expirer, Il dit : « Père, je remets mon esprit entre tes mains » (Luc 23,46). C’est précisément ce que dit le Psaume 31,6 : « Entre tes mains, je remets mon esprit ».

  Nous arrivons maintenant à cette phrase du crucifié qui surprend tellement. Nous la retrouvons, elle aussi, intégralement au Psaume 21. C’est une nouvelle fois l’accomplissement des Ecritures. D’ailleurs, aussitôt après, il dira : « Tout est consommé » (Jean 19,30). Cette phrase ne signifie pas que le Christ soit abandonné du Père. Nous pouvons confirmer cela en reprenant le Psaume 21 et en lisant l’un de ses versets, le verset 25 : « … car Il n’a point (le Père) méprisé, ni dédaigné la pauvreté du Pauvre (il s’agit du Christ), ni caché de Lui sa face, mais invoqué par Lui, Il écouta ». Il ne faut pas croire non plus que l’unité entre le Père et le Fils ait été brisée, ni que le Fils ait pu douter du Père. En effet, sa toute dernière parole est celle-ci : « Entre tes mains, je remets mon esprit ». Remet-on son esprit à quelqu’un qu’on estime nous avoir abandonné ?

  Il n’en reste pas moins que le Christ parle d’abandon. Quel sens devons-nous donner à ce mot ? Le Christ est Vrai Dieu. Il est aussi Vrai Homme. Il assume notre condition humaine dans sa totalité, hormis le péché. Sur la croix, il est humainement brisé, anéanti, délaissé. Il est abandonné aux hommes, à ses bourreaux. Il voit la mort approcher. Il éprouve l’abandon que peut éprouver tout homme à ce moment-là. Le Christ accepte cette dernière épreuve pour être encore plus solidaire de notre humanité.

  Saint Hilaire explique que : « La plainte de l’abandonné vient de cette infirmité qui va à la mort. Vous avez dans cette plainte d’être abandonné, la preuve qu’Il est un homme ». Il ajoute : « Et vous avez en ce que en mourant, Il proclame qu’Il règne dans le Ciel, la preuve qu’Il est Dieu ». Saint Hilaire fait allusion à cette phrase du Christ au bon larron : « En vérité, je te le déclare, aujourd’hui même, tu seras avec moi dans le Paradis » (Luc 23,43).

  Sur la croix, le Christ porte aussi tous nos péchés. Or le péché est ce qui sépare l’homme de Dieu. Notre propre péché peut nous faire croire que nous sommes abandonnés de Dieu. Le Christ accepte de vivre cet abandon par amour pour nous et par obéissance envers le Père. Son cri vers le Père doit nous ouvrir les yeux sur notre propre péché et nous en faire ressentir toute la misère.