Eglise, vérité et humanité

18 avril 2017

LA REVOLUTION DE 1789 ET LE PEUPLE

 

La révolution de 1789 a-t-elle été un mouvement populaire? Est-elle venue du peuple ? A-t-elle été menée pour le peuple ?

Ce qu’on inculque aux élèves.

Voici quelques extraits de copies d’élèves de terminales : « Lors de la Révolution française, le peuple a agi en peuple libre. Il a renversé le tyran ». « Au XVIIIème siècle, l’Etat ne respectait pas le peuple ce qui a fini par causer la Révolution ». « Tout un peuple s’est battu contre une tyrannie. La parole lui a été donnée. Grâce aux combats, on est parvenu à un résultat ». Voici également ce que l’on peut lire dans un fichier du CNED : « Il y a plus de 200 ans, le peuple français, qui vivait dans la misère, s’est révolté contre les gens très riches (le roi, les nobles, les religieux). Le 14 juillet 1789, les révolutionnaires s’emparent de la prison de la Bastille, libèrent les prisonniers et refusent de continuer à obéir au roi » -Instruction civique et morale de cycle 2-. L’idée générale, c’est que le peuple s’est soulevé pour secouer le joug de la tyrannie du roi.

La Révolution a été l’instrument d’une élite.

La Révolution de 1789 n’a jamais été la révolte du peuple, mais une révolution bourgeoise, libérale et individualiste, idée notamment développée par Karl Marx. La Révolution est soutenue également par une partie de la noblesse qui gardait une grande rancune de sa mise à l’écart du pouvoir à partir de Louis XIII et surtout sous Louis XIV.

 Il est utile de rappeler que, dans les cahiers de Doléances, le peuple n’a dit nulle part qu’il voulait la suppression des corporations, du roi, de l’Eglise, institutions combattues cependant violemment par la Révolution.

Contrairement à la légende des manuels, la Bastille n’a pas été prise héroïquement par le peuple de Paris. L’opération qui mobilise quelques centaines d’individus est menée par une bande d’agitateurs à la recherche de fusils et de munitions. La porte leur est ouverte par le gouverneur Launay. En guise de remerciement, celui-ci est assassiné et sa tête découpée et installée au sommet d’une pique. Les « masses » révolutionnaires qui vont œuvrer les mois suivants, estimées à 10.000, ne constituaient qu’une petite partie de la population de Paris qui comptait plus de 500.000 habitants.

Le roi n’a pas fait usage de la force. C’était un homme doux. De même, il n’y a pas eu de résistance militaire du côté de la noblesse. Celle-ci, soit a fui, soit est du côté de la Révolution.

Le peuple a été combattu.

La résistance contre la Révolution est venue du côté du peuple. C’est le pouvoir révolutionnaire qui a voulu, par le décret de la conscription, faire de chaque paysan un soldat. Et lorsque le peuple s’est soulevé, il a été massacré. Le soulèvement contre certaines décisions révolutionnaires a été un soulèvement populaire. C’est donc bien contre le peuple que les dirigeants révolutionnaires issus de la bourgeoisie et de la noblesse ont combattu. C’est ce nouveau pouvoir qui interdit les associations ouvrières par la loi Le Chapelier en 1791.

Par ailleurs, le mépris du peuple est fréquent sous la plume des philosophes « éclairés » qui ont préparé intellectuellement la Révolution. Ainsi, selon Voltaire, « Il est à propos que le peuple soit guidé et non qu’il soit instruit, il n’est pas digne de l’être ». A lui ne sont nécessaires qu’ « un joug, un aiguillon et du foin ». Rousseau : « Le pauvre n’a pas besoin d’éducation, celle de son état est forcée, il n’en saurait avoir d’autre ». La Chalotais : « Le bien de la société demande que les connaissances du peuple ne s’étendent pas plus loin que ses occupations ». Philippon de la Madeleine exprime le vœu que l’usage de l’écriture soit interdit aux enfants du peuple. Gabriel-François Coyer propose de renvoyer les enfants du peuple des collèges de Paris à leurs parents et Le Chapelier refuse d’admettre ce qu’il appelle « les prétendus intérêts des ouvriers ».

Le peuple a été exclu des élections.

Lors de l’élection des députés aux Etats généraux de 1789, les 573 représentants du tiers état se répartissent ainsi : 216 marchands et propriétaires fonciers, 212 avocats, 102 officiers de baillage, 18 magistrats municipaux, 16 médecins, 12 gentilshommes, 2 prêtres et un laboureur. Un peu plus tard, l’Assemblée Constituante décide que le suffrage est restreint à ceux qui peuvent payer le « marc d’argent » c’est-à-dire les propriétaires. Puis, on décide que ne pourront élire les députés que ceux qui ont un certain niveau d’enrichissement. Le corps électoral de 1791 est plus restreint que celui de 1789. Les paysans correspondant à 90% de la population française n’ont plus le droit de vote. En septembre 1792, pour l’élection de la Convention, les femmes, les domestiques sont exclus du scrutin. Celui-ci a lieu à voix haute dans un climat de terreur. Résultat : 630.000 électeurs seulement sur un corps électoral de 7,5 millions participent au suffrage. Selon Patrice Gueniffey, « il n’y a jamais eu d’élections libres sous la Révolution Française. »

Le peuple a été exclu du partage des richesses.

La persécution religieuse menée par la Révolution a nui au peuple car c’est l’Eglise qui assurait les œuvres sociales. La confiscation des biens de l’Eglise et leur vente aux enchères a profité aux spéculateurs, aux bourgeois, aux hommes de loi, aux négociants, aux architectes, aux entrepreneurs, mais rien n’a été prévu pour les pauvres. La Révolution a permis à une minorité de s’enrichir et c’est elle évidemment qui sera l’un des principaux soutiens du nouveau régime.

La suite historique c’est aussi le développement du capitalisme libéral au XIX ème siècle et l’exploitation ouvrière qui va l’accompagner. Il est juste de rappeler à ce sujet que bon nombre des lois sociales entre 1815 et 1944 ne viennent pas des libéraux ou des socialistes mais des catholiques sociaux et des vieilles élites monarchistes comme la limitation du travail des enfants en 1840.