20 février 2016

INQUISITION ET TORTURE

  La torture est une pratique universelle largement répandue comprenant des degrés divers, atténués ou extrêmes. Elle ne fait pas partie de l’apport de l’Eglise. Bien, au contraire, l’influence du christianisme a participé grandement à faire reculer cette pratique, comme d’ailleurs les autres formes de violence. L’originalité de l’enseignement de l’Eglise est d’exhorter à l’amour, à la paix, au pardon, au respect de la dignité humaine il existe une longue tradition ecclésiastique contre l’usage de la torture alors que celle-ci était d’usage courant dans les justices séculières. En 886, le pape Nicolas Ier déclarait que ce moyen « n’était admis ni par les lois humaines ni par les lois divines ». -H.MAISONNEUVE, L’Inquisition, p. 160-

  Pourtant, l’Eglise est confrontée à des contextes et à des évènements qui peuvent l’amener à composer avec son époque jusqu’à admettre des pratiques –à tort ou à raison- qui ne viennent pas d’elle. Elle-même, est traversée par l’évolution des mœurs et des mentalités du monde. Comme toute institution, elle est marquée par son temps. Or, au XIIIème siècle, le développement du droit romain provoque le rétablissement de la torture dans la justice civile. C’est l’université de Bologne, première université indépendante de l’Eglise, qui rétablit le droit romain et, avec lui, son usage de la torture -Histoire du Christianisme Magazine(HCM) n°7, p.9- « Il est juste de noter que la torture se pratique couramment à cette époque dans les juridictions laïques » -J.L. BIGET, H.C.M. n°21, p. 57-

  C’est là aussi qu’il faut éviter le péché majeur de l’histoire : l’anachronisme. On ne juge pas des mœurs d’hier selon les critères d’aujourd’hui. La sensibilité du XXème siècle n’existait pas au Moyen-Age. Le rapport de l’homme médiéval à la souffrance est différent du nôtre. Celle-ci est  bien mieux acceptée et mieux supportée. Le principe de la torture ne révolte pas comme de nos jours. 

  C’est dans ce contexte, complété par l’état d’une société délabrée et gravement menacée par les hérésies et sectes de toutes sortes, notamment celle des cathares qu’il faut comprendre la légalisation de la torture par Innocent IV (1252), Alexandre IV (1259) et Clément IV (1265). 

  Les conditions sont précises et l’usage doit être modéré et limité. Par décision du Pape Clément V (1311), l’inquisiteur ne peut l’ordonner seul : la torture doit faire l’objet d’un jugement spécial auquel participe l’évêque ou son représentant. Si elle est ainsi décidée, il est interdit à l’inquisiteur de la faire pousser jusqu’à la mutilation ou à la mise en danger de mort. -J. DUMONT, L’Eglise, au risque de l’histoire, p. 215- 

  L’emploi de la torture n’a pas été fréquent. Depuis deux siècles, il existe une légende noire de l’Inquisition réduisant celle-ci aux clichés de la torture et des bûchers. Galilée, par exemple, n’a jamais été brûlé vif, ni torturé comme cela est souvent répété. L’historien danois HENNINGSEN relate que contrairement à toutes les institutions judiciaires de l’époque, l’Inquisition n’utilisait pas habituellement la torture. Non seulement parce que « Ecclesia abhoret a sanguine » (L’Eglise a horreur du sang) mais aussi parce que « l’Inquisition se montrait sceptique sur la valeur de la torture comme moyen pour obtenir des preuves. » -Trente-Jours, juin 1990, p. 69- L’historien protestant LEA, connu pour être très hostile à l’Inquisition écrit qu’ « il est digne de remarquer que dans les fragments de procédure inquisitoriale qui nous sont parvenus, les allusions à la torture sont rares ». -Hist. de l’Inquisition au Moyen-Age-. Elle est même rarissime dans l’Inquisition espagnole. 

  Il importe enfin de ne pas attribuer à l’Eglise les excès de l’Inquisition dus aux souverains qui ont détourné à des fins politiques le tribunal de la foi comme ce fut le cas pour les Templiers par Philippe le Bel ou le procès de Jeanne d'Arc par les Anglais et les Bourguignons. Même remarque en ce qui concerne la chasse aux sorcières de la fin du XVème jusqu’à la fin du XVIIème, phénomène principalement laïc et aussi protestant, encouragé par Luther et Calvin.