25 octobre 2015

LES "GUERRES DE RELIGION" EN EUROPE DE L'OUEST AUX XVIème et XVIIème SIECLES SONT-ELLES BIEN NOMMEES ?

  En France, huit conflits (1562-1598)

  En Allemagne, la guerre de Trente Ans (1618-1648)

  Dans la mémoire collective, elles se réduisent au massacre de la Saint-Barthélemy par les catholiques (1572) et à la révocation de l’Edit de Nantes par Louis XIV (1685). Le manichéisme est évident, les catholiques apparaissent comme intolérants et fanatiques, les protestants comme victimes. En fait, le thème des guerres de religion, comme d’autres événements du passé est utilisé pour donner une image négative du catholicisme et ainsi le discréditer aux yeux de l’opinion. Face à cela, nous apportons ici des informations peu diffusées de nature à changer profondément le regard que l’on porte sur ces événements et leurs acteurs.

  L’expression « Guerres de religion » s’est imposée à partir du XIXe siècle sous l’influence de Michelet et de ses héritiers, historiens défavorables au catholicisme. Avant Michelet, les  « guerres de religion » étaient simplement appelées guerres civiles. On parlait aussi du « temps des troubles ». Les « guerres de religion » en France, mais aussi en Allemagne et en Angleterre ont été en fait des guerres civiles pour le contrôle du pouvoir. La religion y a certes joué un rôle important mais il ne s’agit pas plus de guerres de religion que de guerres politiques.

  Contrairement à ce qu’ont prétendu les discours protestants à l’UNESCO à Paris en 1998, les idées de tolérance et de laïcité étaient étrangères aux protestants de l’époque. Ce qui domine, c’est le principe « cujus regio, ejus religio », ce qui signifie « un roi, une religion ». Les protestants veulent imposer leur religion et s’emparer de l’Etat. L’agression vient du protestantisme et la violence catholique est, à beaucoup d’égard, une réaction instinctive de légitime défense.

  Les guerres de religion représentent finalement un conflit pour le contrôle de l’Etat. Il y a une lutte acharnée pour le pouvoir. Les crises religieuses sont utilisées pour des ambitions politiques. Partout en Europe, le protestantisme a été imposé aux peuples par les rois, les grands seigneurs et leurs armées. On rompt avec Rome, on saisit les biens de l’Eglise et on désigne de nouveaux pasteurs dépendants du pouvoir civil. C’est le cas des Etats allemands, du Danemark, de la Norvège, de l’Islande, de la Suède, de l’Angleterre où Locke, chantre de la tolérance la refuse aux catholiques et où Cromwell, en 1649, fait massacrer ou vendre comme esclaves 40 000 irlandais catholiques. Dans les Provinces Unies, de 1610 à 1700, la proportion des calvinistes passe de 20 à 85%. A Genève, Calvin instaure un Etat théocratique dictatorial. L’intolérance religieuse dans les pays protestants se poursuivra jusqu’à la fin du XIXe siècle.

  L’aspect politique de ces conflits ressort cependant lorsqu’on voit des Etats catholiques soutenir des Etats protestants contre d’autres Etats catholiques, eux-mêmes alliés à des Etats protestants ! 

 

  En France

  Le protestantisme français, au XVIe siècle est calviniste, sectaire, intolérant, brutal, provocateur, conquérant. Calvin, fanatique et même cruel, ne pouvait que conduire aux guerres de religion. L' iconoclasme des calvinistes détruit une grande partie du patrimoine français. Les protestants ont pratiqué sur les églises, les monastères et les objets de culte un vandalisme supérieur à celui des révolutionnaires de 1793. 20 000 églises ou monastères ont été endommagés ou détruits. Parallèlement, les massacres et les atrocités se multiplient, notamment à l’égard des prêtres et des moines. Le massacre dit de « La Michelade » à Nîmes en 1566, six ans avant la Saint-Barthélemy, fait plusieurs centaines de victimes. A Montbrison, puis à Morna, en 1562, les vaincus sont précipités du haut des murailles sur les piques des soldats.

  Un véritable Etat se forme dans l’Etat. C’est un contre-pouvoir. Il est le fait de la noblesse (50%). Les huguenots négocient avec des Etats étrangers tel que l’Angleterre. L’Etat français est mis en péril. Ils apparaissent comme des comploteurs. Ce sont eux qui lancent la plupart des guerres dites « de religion » pour étendre leurs avantages acquis. Chaque conflit se termine par un traité leur garantissant la liberté de culte et plusieurs places fortes. A deux reprises, ils vont jusqu’à tenter l’enlèvement du roi : François II en 1560 et Charles IX en 1567. La même année, Paris subit un siège humiliant de leur part. La Saint-Barthélemy est condamnable, bien sûr, mais elle trouve un terreau dans la peur et l’exaspération du peuple catholique produites par des années d’agressions, de destructions et de provocations. Elle est déclenchée non pour des motifs religieux mais politiques et humains.

  L’Edit de Nantes en 1598 n’était pas meilleur, pas plus tolérant que les précédents, mais il tint car la France était lasse et usée par tant de conflits. Il y avait alors 1 200 000 réformés pour 20 millions de catholiques.

  La tolérance protestante est un mythe. Mieux, l’étude des faits révèle que la France et l’Allemagne catholiques ont reconnu et toléré le protestantisme, ce qui, inversement, n’a pas été le cas du côté des pays protestants. Il n’y a guère qu’en France qu’il y a eu le statut d’une certaine tolérance civile, y compris avant l’édit de Nantes. La France, à l'époque, est le seul pays à avoir admis le dualisme religieux. La révocation de l’édit de Nantes, si condamnable soit-elle, ne rend pas Louis XIV plus intolérant que les souverains des Etats protestants qui, eux, ont pratiqué la répression dès leur arrivée au pouvoir. Le motif n’est pas religieux mais politique. Louis XIV veut consolider l’Etat et achever son unité. N’oublions pas qu’au moment où il abolissait la liberté des protestants dans son royaume, le roi de France était en conflit aigu avec Rome. Le gallicanisme était en passe de devenir un système  politico-religieux contre la volonté du Pape Innocent XI, par ailleurs fort affligé de la révocation de l'Edit de Nantes.