10 août 2017

LE MASSACRE DE LA SAINT-BARTHELEMY SIGNIFIE-T-IL L'INTOLERANCE DE LA RELIGION CATHOLIQUE ?

  Pourquoi une telle question ? Le massacre de la Saint-Barthélemy du 24/08/1572 semble en effet accréditer cette idée pour deux raisons. Tout d’abord, c’est le seul exemple toujours mis en avant en France de ce qu’on a appelé les « guerres de religion ». Les français ne connaissent que cela : des catholiques ont massacré des protestants en grand nombre. Ensuite, les catholiques étant largement majoritaires, les protestants apparaissent comme victimes de la domination catholique. Le schéma manichéen est alors clair : le catholicisme est synonyme de fanatisme et de violence et le protestantisme innocent a subi cette intolérance et cette brutalité.

  Un fait comme celui-ci ne doit cependant pas être présenté de façon isolée sinon il peut servir à toutes les manipulations. C’est pourtant bien ce qui se passe ici. Avant d’incriminer la religion catholique, il est impératif de s’interroger sur les causes lointaines et immédiates de cette frénésie meurtrière. Il y a tout un contexte oublié ou ignoré.

Les causes lointaines

  D’abord commençons par un rappel. L’agression est venue du protestantisme. Les violences protestantes ont précédé les violences catholiques. A l’origine de cela, signalons les discours haineux de Luther et de Calvin. Puis le concours des armées d’une partie de la noblesse en rébellion contre le pouvoir ou du pouvoir royal lui-même, selon les pays. Le protestantisme ne s’est pas propagé de manière pacifique, mais de manière violente. Il a été imposé. Sur le plan de la tolérance, les faits montrent que les pays protestants ont été plus répressifs que les pays catholiques.

  En France, l’attitude agressive et conquérante du protestantisme dans les années qui ont précédé le massacre de la Saint-Barthélemy a suscité l’exaspération des catholiques. Calvin qui inspire le protestantisme français est fanatique et cruel. Les protestants ont pratiqué une destruction du patrimoine religieux catholique supérieure à celle des révolutionnaires  de la fin du XVIIIème siècle. En tout, 20 000 églises ou monastères ont été endommagés ou détruits. Parallèlement, prêtres et moines notamment, ont subi massacres et atrocités. A Montbrison, puis à Morna, en 1562, les catholiques vaincus sont précipités du haut des murailles sur les piques des soldats. Le massacre de La Michelade à Nîmes en 1566, six ans avant la Saint-Barthélemy, fait près d'une centaine de victimes.

  Un véritable Etat se forme dans l’Etat. C’est un contre-pouvoir. Il est le fait de la noblesse passée au protestantisme (50%). Les huguenots négocient avec des Etats étrangers tel que l’Angleterre. L’Etat français est mis en péril. Les protestants apparaissent comme des comploteurs. Ce sont eux qui lancent la plupart des guerres dites « de religion » pour étendre leurs avantages acquis. Chaque conflit se termine par un traité leur garantissant la liberté de culte et plusieurs places fortes. A deux reprises, ils vont jusqu’à tenter l’enlèvement du roi : François II en 1560 et Charles IX en 1567. Cette même année 1567, Paris subit un siège humiliant de leur part. La Saint-Barthélemy est condamnable, bien sûr, mais elle trouve malheureusement un terreau dans la peur et l’exaspération du peuple catholique produites par des années de destructions et de massacres.

Les causes immédiates

  En 1571-1572, Coligny, amiral protestant, veut déclarer la guerre à l’Espagne. Il veut lancer les armées du roi de France contre les espagnols dans les Flandres. Charles IX est cependant opposé à toute intervention. Le 8/07/1572, Henri de Bourbon, futur Henri IV, fait son entrée à Paris accompagné par Coligny et 700 cavaliers protestants en vue de son mariage avec Marguerite de Valois. Le 10 août, une nouvelle fois, les protestants font pression pour que la France entre en guerre. Le 22 août, ils font comprendre qu’ils sont prêts à reprendre la guerre civile si on leur refuse la guerre des Flandres. (Alain Decaux, Histoire de la France et des Français au Jour le Jour, tome IV, p.195) Le même jour, Coligny est victime d’un attentat et blessé à la main. Charles IX est furieux et demande aussitôt une enquête. Le 23 août, les protestants organisent des émeutes dans Paris. Ils sont plus de 10 000 dans la capitale, armés et encadrés par les 700 cavaliers de l’escorte de Henri de Bourbon. Deux seigneurs protestants, viennent annoncer à la Reine Catherine que Coligny prépare un attentat contre elle, ses enfants et Henri, ce que confirment des dépêches d’ambassadeur. (AD, Ibid. p.197) Le 24 août, un groupe dirigé par le duc de Guise vient achever Coligny. Suite à ce signal, les protestants sont traqués dans toute la ville.

  L’attentat contre Coligny et le massacre de la Saint-Barthélemy restent un mystère. Qui a commandité l’attentat ? Plusieurs hypothèses existent. La reine Catherine ? Le duc Henri de Guise ? Selon Solnon, Henri III, Bourgeon, Charles IX et la Saint-Barthélemy ou Crouzet, La Nuit de la Saint-Barthélemy, la piste la plus probable est espagnole. Le roi d’Espagne, Philippe II, avait tout à craindre de la volonté de Coligny de venir en aide aux huguenots des Pays-Bas. Qui a ensuite provoqué le massacre ? Pour Solnon, c’est un « dérapage ». Selon Crouzet, l’ordre de tuer un nombre limité de chefs huguenots aurait été délibéré au Conseil du roi. D’après Bourgeon, devant le chantage espagnol et la volonté d’en découdre de la population parisienne, Charles IX aurait consenti à la tuerie afin de prévenir une émeute dont il aurait été la cible, les Guise risquant de s’octroyer la couronne de France. (Jean Sévillia, Historiquement Correct, p. 108-109) Ce qui est certain, c’est que Charles IX ne contrôle plus les événements. Le 25 août, il donne néanmoins des ordres précis pour protéger les protestants.

Combien de morts ?

 On admet aujourd’hui un chiffre aux environs de 2 à 3 000 pour Paris et, pour les jours qui ont suivi, de 8 à 10 000 pour la province. Un point demeure obscur : combien de catholiques parmi les personnes tuées ? Il est difficile d’imaginer en effet que les protestants qui étaient armés n’aient opposé aucune résistance. Et que dire des 700 cavaliers ? Les catholiques ont-ils été exclu du décompte des victimes ou font-ils partie des 1900 corps recensées  par les fossoyeurs au cimetière des Innocents près de Saint-Cloud ?

Conclusion

La Saint-Barthélemy n’a rien à voir avec une soi-disant intolérance de la religion catholique. Elle ne découle pas de sa foi, de sa spiritualité ou de sa morale. Elle ne découle pas plus de l’enseignement des papes ou des autorités ecclésiastiques. Elle est le résultat sur le long terme d’une exaspération humaine suite à de nombreuses provocations et agressions. Elle est la conséquence sur le court terme non du fanatisme religieux mais de peurs et de manœuvres  de nature politique. Les causes sont d’abord humaines et politiques. S’il y a une causalité religieuse lointaine à chercher, elle se trouve dans la volonté de Luther et de Calvin de s’attaquer au catholicisme pour y substituer le protestantisme, volonté qui a donné justification à une partie de la noblesse et à certains monarques d’utiliser les armes pour s’en prendre aux biens de l’Eglise, aux moines et aux prêtres à travers toute une partie de l’Europe.