09 février 2016

MAGISTERE DE L'EGLISE ET INFAILLIBILITE

      Les questions et le thème de cette fiche concernent l’enseignement autorisé de l’Eglise qu’on appelle Magistère et non les comportements faillibles de ses fils et de ses pasteurs au cours de l’histoire. Cet enseignement est communiqué par le Pape seul ou avec le Collège des Evêques et jouit d’une autorité particulière en raison de l’assistance du Saint-Esprit. Son domaine est celui de la foi et des mœurs (Loi naturelle, règles morales).

     L’objectif est de clarifier les questions suivantes :

        - L’infaillibilité de l’Eglise se réduit-elle à l’enseignement « ex cathedra » ?

       - L’Eglise peut-elle se tromper ?

       - Le fidèle doit-il adhérer à tout le Magistère ? 

Plusieurs niveaux d’enseignement sont à distinguer :

 

      1)  Les vérités révélées  

     Il s’agit de ce qui est contenu dans la Parole de Dieu, écrite ou transmise et que l’Eglise demande de croire comme divinement révélé. Elle peut le faire de trois façons :

        - par un jugement solennel, un acte définitoire du Pape (ex cathedra).

        - par un jugement solennel, un acte définitoire du Collège des Evêques réuni en concile.

        - par le Magistère ordinaire et universel.    

     On dira que ces vérités sont de foi divine et catholique, formellement révélées, irréformables et infailliblement proposées. Elles sont directement fondées sur la foi dans l’autorité de la Parole de Dieu (doctrine « de fide credenda »).

     Elles requièrent un assentiment de foi.

     Les affirmations opposées sont appelées hérésies.     

     En voici une liste non exhaustive :

         - Articles de foi du Credo (Nicée-Constantinople)

         - Dogmes christologiques (Chalcédoine)

         - Dogmes marials : Immaculée-Conception (Pie IX, 1854), Assomption (Pie XII, 1950)

          - Doctrine de l’institution des sacrements par le Christ et leur efficacité à conférer la grâce. (Trente)

         - Doctrine de la présence réelle et substantielle du Christ dans l’Eucharistie (Trente)

         - La nature sacrificielle de la célébration eucharistique (Trente)

         - La fondation de l’Eglise par la volonté du Christ (Vatican I)

         - Le primat et l’infaillibilité du Pape (Vatican I)

         - L’existence du péché originel (Trente)

         - Immortalité de l’âme spirituelle et rétribution immédiate après la mort (Benoît XII, 1336)

         - Absence d’erreur dans les textes sacrés inspirés (Vatican II)

         - Immoralité de l’avortement (Jean-Paul II, 1995) 

 

     2)  Les vérités proposées comme définitives   

     Il s’agit de vérités nécessairement liées à la Révélation divine. Elles sont connexes aux vérités de la foi. Le rapport peut être historique ou logique. Elles ajoutent à la foi des éléments non formellement révélées ou non encore reconnues expressément comme tels. Avec le développement du dogme et le progrès dans l’intelligence des réalités et des paroles, elles peuvent être proclamées comme dogmes de foi divine et catholique et, donc passer dans le groupe précédent. Elles peuvent être enseignées de trois façons comme les vérités précédentes :

        - par un jugement solennel, un acte définitoire du Pape (ex cathedra)

        - par un jugement solennel, un acte définitoire du Collège des Evêques réuni en concile.

        - par le Magistère ordinaire et universel. 

     Ce sont des doctrines fondées sur la foi dans l’assistance que l’Esprit-Saint prête au Magistère de l’Eglise et sur la doctrine catholique de l’infaillibilité du Magistère en ces domaines (doctrine de fide tenenda).

     Elles requièrent un assentiment ferme et définitif.

     Leur refus fait sortir de la pleine communion avec l’Eglise.

 

     Voici quelques exemples :

         - Illicéité de la contraception (Paul VI, 1968)

         - Illicéité de l’euthanasie (Jean-Paul II, 1995)

         - Illicéité de la prostitution (C. E. C.)

         - Illicéité de la fornication (C. E. C.)

         - Doctrine sur l’ordination sacerdotale exclusivement réservée aux hommes (Jean-Paul II, 1994)

         - La célébration d’un concile œcuménique

         - La canonisation des saints

         - L’invalidité des ordinations anglicanes (Léon XIII, 1896)

     [Les quatre dernières sont dites vérités liées avec la Révélation par « nécessité historique »]

  

     Note 1 : Le charisme de l’infaillibilité 

     Contrairement à une idée largement propagée, il n’est pas restreint au Magistère extraordinaire du Pape lorsque celui-ci enseigne « ex cathedra ». Il recouvre aussi le Magistère ordinaire et universel quand il s’agit de vérités présentées comme révélées ou comme définitives.

     L’enseignement infaillible est aussi présent dans l’enseignement du Pape lorsqu’il confirme ou réaffirme une doctrine en déclarant explicitement qu’elle appartient au Magistère ordinaire et universel, soit comme vérité divinement révélée, soit comme vérité de la doctrine catholique.

     Enfin, il est aussi présent dans « une doctrine implicitement contenue dans une pratique de la foi de l’Eglise, dérivant de la Révélation ou, de toute façon, nécessaire pour le salut éternel, attestée par la Tradition ininterrompue », selon la note 17 de la note doctrinale du 29 juin 1998 illustrant la formule conclusive de la Professio fidei.

     Il est à noter que les documents de la Congrégation pour la Doctrine de la Foi, approuvés expressément par le Pape, participent au Magistère ordinaire du successeur de Pierre d’après l’Instruction sur la vocation ecclésiale du théologien, « Donum veritatis » du 24 mai 1990, N°18. 

 

     Note 2 : Les vérités contenues dans Dominus Jesus 

     Le cardinal Eyt - Doc. Cath. N°2234, p.873- indique qu’il s’agit d’un document de la Congrégation pour la doctrine de la Foi (30/06/2000) approuvé par le Pape « avec science certaine et son autorité apostolique ». Il l’a confirmé et en a ordonné la publication le 6/08/2000.

     Il s’agit d’une déclaration. Le 5/09/2000, Mgr Bertone précise : « Le mot de déclaration signifie que le document n’enseigne pas des doctrines nouvelles qui découleraient du développement et de l’explication de la foi, mais qu’il réaffirme et résume la doctrine de la foi catholique définie ou enseignée dans des documents antérieurs du Magistère. Le document est de nature magistérielle universelle. Il porte sur des vérités de foi divine et catholique (premier groupe) ou des vérités de la doctrine catholique à tenir fermement (deuxième groupe). » On est dans le domaine de l’infaillibilité et l’assentiment requis a un caractère définitif et irrévocable.

 

    Voici ces vérités, énumérées au paragraphe 4 :

         - Caractère définitif et complet de la Révélation de Jésus Christ

         - L’inspiration des livres de la Sainte Ecriture

         - L’unité personnelle entre le Verbe éternel et Jésus de Nazareth

         - L’unité de l’économie du Verbe incarné et du Saint-Esprit

         - L’unicité et l’universalité salvifique de Jésus Christ

         - La médiation salvifique universelle de l’Eglise

         - La non-séparation entre le Royaume de Dieu, le Royaume du Christ et l’Eglise

         - La subsistance de l’unique Eglise du Christ dans l’Eglise catholique

    «  Des vérités qui appartiennent au patrimoine de foi de l’Eglise » selon Dominus Jesus N°3 

 

      3) Les doctrines non proclamées par un acte définitif     

    Il s’agit de l’enseignement du Pape, seul ou avec le Collège des Evêques, lorsqu’il exerce le Magistère authentique et ordinaire sans avoir l’intention de le proclamer par un acte définitif.

    L’assistance divine est donnée à cet enseignement qui est présenté comme vrai ou au moins comme sûr. On est dans la logique et sous la mouvance de l’obéissance de la foi.

    L’attitude appropriée est l’adhésion, la soumission religieuse de la volonté et de l’intelligence.

    Les propositions contraires sont considérées comme erronées.

 

    Voici quelques illustrations générales :

         - Décisions magistérielles en matière de discipline

         - Les documents de la Congrégation pour la Doctrine de la Foi approuvés expressément par le Pape participent au Magistère ordinaire

         - Une doctrine pour aider à l’intelligence plus profonde de la Révélation ou de ce qui en explicite le contenu

         - Pour rappeler la conformité d’une doctrine avec les vérités de la foi

         - Pour mettre en garde contre des conceptions incompatibles avec les vérités de foi 

 

      4) Les interventions d’ordre prudentiel  

    Pour mettre en garde contre des opinions dangereuses pouvant conduire à l’erreur, le Magistère peut intervenir sur des questions débattues dans lesquelles sont impliqués à côté de principes fermes, des éléments conjecturaux et contingents. 

    Il peut arriver que des documents magistériels ne soient pas exempts de déficiences, cependant on ne peut conclure de là que le Magistère puisse ne pas jouir de l’assistance divine et se tromper habituellement dans ses jugements prudentiels.

    Il faut  prendre en compte que certains jugements ont pu être justifiés à l’époque où ils furent prononcés parce que les affirmations visées mêlaient inextricablement des assertions vraies et d’autres qui n’étaient pas sûres. Seul le temps a permis d’opérer le discernement et, à la suite d’études approfondies, d’aboutir à un vrai progrès doctrinal. 

    La volonté d’acquiescement loyal à cet enseignement du Magistère, en matière de soi non-irréformable, est la règle de l’obéissance de la foi. Une attitude opposée est téméraire et dangereuse. 

 

    Nous pouvons maintenant répondre aux trois questions initiales :

 

    L’infaillibilité se réduit-elle à l’enseignement « ex cathedra » ? 

   Non, celle-ci n’est pas limitée au Magistère extraordinaire mais concerne aussi le Magistère ordinaire et universel lorsque celui-ci porte sur les vérités révélées et les vérités définitives en matière de foi et de mœurs.   

    L’Eglise peut-elle se tromper ?

    Elle ne se trompe pas lorsqu’elle enseigne les vérités précédentes. Le Magistère ordinaire et universel va cependant au-delà de ces vérités tout en étant assisté par le Saint Esprit. Là aussi l’erreur n’est pas enseignée, tout au plus pourra-t-on parler, à l’occasion, de déficiences sur des sujets insuffisamment débattus. Parfois également, des enseignements liés à des circonstances historiques peuvent devenir caduques avec le temps. Le Magistère le reconnaît et apporte les modifications nécessaires.

    La Note doctrinale du 29 juin 1998 illustrant la formule conclusive de la Professio fidei se termine ainsi : « Dans toute profession de foi, l’Eglise vérifie les différentes étapes auxquelles elle est parvenue dans sa marche vers la rencontre définitive avec le Seigneur. Rien de son contenu ne se trouve dépassé avec le temps ; au contraire, tout devient patrimoine irremplaçable par lequel la foi de toujours, de tous, vécue en tout lieu, contemple l’action permanente de l’Esprit du Christ ressuscité qui accompagne et vivifie son Eglise pour la conduire à la plénitude de la vérité. » La Note est signée du Cardinal Ratzinger et de Mgr Bertone. 

    Le fidèle doit-il adhérer à tout le Magistère ?

    La réponse est oui car cet enseignement est vrai, fondé sur la Parole de Dieu, proposé par l’Eglise qui tient sa mission du Christ, et guidé par le Saint-Esprit.

    Donum veritatis du 24/05/1990 précise au N°36 « La liberté de l’acte de foi ne saurait justifier le droit au dissentiment » et au N°38 « Le recours au devoir de suivre sa conscience ne peut légitimer le dissentiment »

   Le dissentiment est un désaccord qui conduit à une opposition de nature conflictuelle.

   Dans St Luc 10,16 nous trouvons aussi « Qui vous écoute, m’écoute »