23 février 2016

INQUISITION : C'EST L'EGLISE QUI A ETE LA PLUS TOLERANTE

   "Pendant l’entier premier millénaire de l’Eglise et même jusqu’à la fin du XIIIème siècle, il n’y a pas, en Occident au moins, de persécution par l’Eglise. Les seuls exemples momentanés et particuliers qu’on pourrait donner alors d’une intolérance chrétienne sont marginaux et plus politiques ou sociaux que religieux. Telle est la conversion en partie contrainte des Saxons par Charlemagne.

  St Hilaire proteste dès 365 contre la législation mise en oeuvre par les empereurs romains en faveur de la foi chrétienne rappelant que la persuasion avait été la seule arme du Christ et de ses apôtres, "Fides suadende, non imponenda". A la fin du IVème  siècle, St Martin et St Ambroise protestent fortement contre la mise à mort de l'hérétique Priscillien sur ordre de l'empereur Maxime. St Jean Chrysostome affirme que "mettre à mort un hérétique, ce serait introduire sur la terre un crime inexpiable." St Augustin admet la répression de l'hérésie en voyant les dégâts causés par les donatistes en Afrique, mais sans la peine de mort.

  Il y a bien peu d’institutions qui se soient, comme l’Eglise, maintenues à peu près indemnes d’intolérance pendant plus d’un millénaire.

 Dès les origines du manichéisme, le monarque mazdéen d’Iran et l’empereur païen de Rome n’avaient pas tergiversé. Ils avaient opposé à cet antigène de la société la répression de l’anticorps également le plus radical : la mort. L’Eglise, elle, tergiversa longtemps. Elle montra ainsi clairement qu’elle n’était pas maîtresse d’intolérance. En France, en Angleterre, en Allemagne, le manichéisme a été écrasé par les pouvoirs laïques responsables. La volonté de la répression vient de la société exaspérée, du roi et de la masse de ses sujets et non de l’Eglise. Le pape Alexandre III écrit en 1162 : "Mieux vaut absoudre les coupables que s’attaquer, par une excessive sévérité, à la vie d’innocents … L’indulgence sied mieux aux gens d’Eglise que la dureté."

 Pourtant, alors que la société languedocienne est gravement menacée par l’oppression cathare,   pendant un siècle, du début du XIIème au début du XIIIème, elle ne recourut qu’à la prédication contre les cathares. Elle envoya les cisterciens : St Bernard, selon qui, "la foi doit être persuadée, non imposée", l’abbé Henri de Clairvaux (1181).  Le nouveau pape en 1198, Innocent III, refuse toujours la répression sans pitié menée par les pouvoirs laïques. Il envoie une nouvelle mission de religieux cisterciens. Ils tiennent des débats avec les évêques cathares alors que partout autour d’eux, des catholiques sont persécutés. Les prêtres sont molestés, voire massacrés. L'évêque de Lodève est mis à mort. Eglises et abbayes sont profanées et tombent au pouvoir de la noblesse cathare. La cathédrale d'Urgel est transformée en écurie. Nouvel essai encore en 1205 avec St Dominique qui manque de se faire tuer. En 1208, le légat pontifical Pierre de Castelnau est assassiné par un homme du comte de Toulouse.

  C’est en 1233 que l’Inquisition est établie en appareil efficace par Grégoire IX. Le mandat est donné aux dominicains. Dès 1235, le même pape y associe aussi les franciscains. Point capital : ce qui montre que l’Inquisition n’est pas une armée de bourreaux et de policiers, c’est qu’elle est confiée aux frères des deux ordres mendiants qui venaient tout juste d’être créés dans l’esprit de l’amour, de la tolérance et de la pauvreté. L’Inquisition a eu pour effet de modérer la répression antérieure. St Louis lui assura son concours le plus absolu."

Rédigé principalement à partir de l’Eglise au risque de l’histoire de Jean Dumont.