25 août 2015

LIBERTE DE CONSCIENCE : PIE IX ET JEAN XXIII SE CONTREDISENT-ILS ?

 

  C’est ce que soutient Yves Chiron dans l’article « la controverse des bienheureux », paru dans le numéro de septembre 2000 de la revue Spectacle du Monde : « impossibilité de concilier la doctrine des deux nouveaux bienheureux ». Il est vrai que la plupart des commentateurs se sont plu à opposer les deux papes au sujet de la liberté de conscience, l’un l’ayant condamnée au siècle dernier, l’autre ayant affirmé le droit à la liberté religieuse au travers du Concile Vatican II. Le choix de Jean-Paul II de célébrer le même jour les deux papes est cependant une invitation à unir et non à opposer. Et cela est possible. En effet, la liberté de conscience condamnée par Pie IX ne correspond pas à la liberté religieuse défendue par le Concile Vatican II.

 

  Pour comprendre et interpréter correctement la condamnation de Pie IX, il est nécessaire de prendre en compte le contexte historique, culturel et doctrinal de l’époque, antichrétien et marqué par le relativisme. La déclaration du pape vise en fait les présupposés philosophiques de l’indifférentisme « tout se vaut », du libéralisme et du rationalisme « il n’y a pas d’ordre objectif au-dessus de l’homme ». Ces présupposés ont pour conséquence que la conscience n’est soumise à aucune loi devant Dieu. Le Concile Vatican II n’est pas venu remettre en cause ces enseignements. Au contraire, dans « Dignitatis humanae » ch. 2, on peut lire que «  les hommes ont le devoir de chercher la vérité, celle tout d’abord qui concerne la religion. Ils sont tenus aussi à adhérer à la vérité dès qu’ils la connaissent et à régler toute leur vie selon les exigences de cette vérité ».

 

  Avec Jean XXIII et le Concile Vatican II, une étape nouvelle est franchie. Cependant, il ne s’agit pas d’une remise en cause, mais plutôt d’un complément. Ce développement de l’enseignement de l’Eglise tient compte lui aussi d’un contexte culturel et politique particulier marqué par les totalitarismes (communisme, nazisme, fascisme). Il s’agit maintenant de protéger la conscience contre l’Etat totalitaire. L’Eglise met donc l’accent sur la dignité de la personne et sa vocation à chercher Dieu et la vérité sans contrainte. Il s’agit de ce que l’on appelle un droit négatif : celui de ne pas être contraint à agir contre sa conscience. Cela ne signifie pas que les religions se valent ni que l’erreur est un droit. Le document de la Congrégation pour la Doctrine de la Foi, « Dominus Jesus », apporte un éclairage à cette question. Il rappelle, en effet, que Jésus est l’unique Sauveur de toute l’humanité et que l’Eglise du Christ existe en plénitude dans la seule Eglise catholique. La liberté religieuse est avant toutes choses un devoir de vraie liberté, celui de chercher Dieu.

 

  Au XIXème siècle, l’Eglise défendait l’homme contre l’indifférentisme, le relativisme et le rationalisme ; au XXème, elle le défendait contre le totalitarisme. La synthèse peut être exprimée ainsi : il ne peut y avoir de contrainte extérieure pour adhérer au vrai et au bien, mais il y a une obligation morale à les chercher et à y être fidèle.