17 septembre 2017

RETROUVER LE SENS ET LA PRATIQUE DU JEÛNE EUCHARISTIQUE

Qu’est-ce que le jeûne eucharistique ?

C’est le fait de s’abstenir de toute consommation d’aliment et de toute boisson autre que l’eau pendant une certaine durée avant la communion. Il s’agit d’une exigence spirituelle destinée à nous préparer à recevoir l’Eucharistie avec respect et en vérité en y associant notre corps. Aujourd’hui, cette pratique est oubliée ou négligée alors qu’elle demeure riche de sens et source de grâces. Nombreux sont les catholiques qui ignorent que l’Eglise demande encore de nos jours de la respecter.

Historique de la question de la durée.

Cette durée a varié selon les époques. Le Code de Droit canonique de 1917 prescrit de se priver de nourriture solide et de boisson y compris l’eau depuis minuit la veille jusqu’à la communion. En 1957, Pie XII, par le Motu proprio Sacram Communionem, fixe la durée du jeûne eucharistique à trois heures pour la nourriture et les boissons alcoolisées et à une heure pour les autres boissons excepté l’eau. Au cours du Concile Vatican II, Paul VI, réduit le jeûne à une heure. Enfin, le nouveau Code de Droit Canonique, publié en 1983 par Jean-Paul II, indique au canon 919 : « Qui va recevoir la très sainte Eucharistie s’abstiendra au moins une heure avant la sainte communion, de prendre tout aliment et boisson, à l’exception seulement de l’eau et des médicaments ». Un paragraphe précise que « les personnes âgées et les malades, ainsi que celles qui s’en occupent, peuvent recevoir la très sainte Eucharistie même si elles ont pris quelque chose moins d’une heure auparavant ». Le Catéchisme de l’Eglise Catholique (1992) enseigne également ceci au n° 1387 : « Pour se préparer convenablement à recevoir ce sacrement, les fidèles observeront le jeûne prescrit dans leur Eglise. L’attitude corporelle (gestes, vêtement) traduira le respect, la solennité, la joie de ce moment où le Christ devient notre hôte ».

Quelle est la durée souhaitable ?

Une durée longue de ce jeûne peut être excessive mais une durée courte peut s’avérer insignifiante. Quiconque comprend l’esprit de la loi sur ce sujet aura à cœur de ne pas s’en tenir à un minimum chronométré. Est-on crédible, par exemple, lorsqu’on prétend pratiquer le jeûne eucharistique alors que l’on termine son petit déjeuner à 9h30, juste pour être à l’heure à la Messe qui débute à 10h, et que l’on communie ensuite vers 10h40 ? Dans cet exemple, où est l’effort de préparation, de respect et de délicatesse envers le Seigneur ? Même remarque pour celui qui prend un café quelques minutes avant de partir à l’église. L’esprit de la loi du jeûne eucharistique est qu’il y ait un temps significatif avant la Messe où on se détourne de certaines activités à commencer par celle de manger afin d’orienter son âme et son corps vers la Rencontre du Bien Aimé. Et puisque le texte ne dit pas « une heure avant la communion » mais « au moins une heure », donnons un véritable sens à notre jeûne en le rendant digne de ce nom en nous imposant de le respecter non pas une heure juste avant la communion mais une heure avant le début de la Messe. Cette durée d’une heure avant le début de la Messe permet également de rendre visible  cette discipline qui doit être joyeuse, de la vivre ensemble, et d’apporter communautairement le témoignage que ce qui se prépare est particulièrement grand et mérite la plus grande prévenance à l’égard du Christ.

Le jeûne eucharistique ne concerne pas que la nourriture et la boisson.

L’abstinence de nourriture et de boisson permet de faire participer son corps à l’attente du Seigneur, mais il va de soi que cela perd de son sens si l’âme ne se prive pas en même temps des biens qui pourraient nuire à cette préparation. C’est dans le silence du cœur que Dieu parle. Aussi est-il nécessaire d’éviter les activités qui provoquent un tumulte intérieur ou qui sont trop désinvoltes par rapport à la rencontre que nous nous apprêtons à vivre. Aller à la Messe, c’est comme recevoir un ami dans sa maison : il s’agit d’être le plus accueillant possible et cela passe par un certain « ménage » à l’intérieur de soi. A titre d’exemple, cela demande des choix comme celui de laisser la radio éteinte dans cette heure qui précède le début de la Messe notamment dans la voiture lorsque nous nous rendons à l’église.

La raison fondamentale du jeûne eucharistique

Le temps de la rencontre avec le Seigneur tout au long de la Messe, et spécialement au moment de l’Eucharistie, n’est pas un temps comme un autre. Pour être vécu pleinement il demande une préparation et certaines dispositions d’amour et de respect. On ne va pas à la Messe comme on va faire ses courses ou comme on participe à des activités de loisir. Entrer dans le jeûne eucharistique, c’est en quelque sorte se mettre en marche vers le Seigneur. C’est déjà lui donner la première place et l’honorer. Jeûner, c’est avoir faim de Dieu. C’est orienter son cœur pour accueillir et recevoir les dons de celui qui est la Vie. Marthe Robin disait qu’ « une communion sans préparation et sans action de grâces est de bien peu d’utilité ». L’Eucharistie devrait nous transformer davantage. Pour que Dieu agisse en profondeur et avec puissance, le cœur doit être grand ouvert. Avant le temps de la communion, il y a le temps du désir. Notre conversion et notre sanctification sont à ce prix. D’où la nécessité de retrouver aussi (ou de découvrir) le temps du recueillement avant le commencement de la célébration et le temps de l’action de grâces après l’envoi. Tout cela suppose un certain silence qui, le plus souvent, a malheureusement disparu dans nos pratiques paroissiales. N’ayons pas peur du silence et osons apporter ce témoignage de foi et d’amour du Christ dont le monde a tant besoin.

Qu’est-ce que l’Eucharistie ?

Pour se persuader de l’importance de cette préparation, nous devons nous remettre en présence de la signification profonde de l’Eucharistie et de l’enjeu de la Messe. Jean-Paul II nous y aide dans l’encyclique Ecclesia de Eucharistia (L’Eglise vit de l’Eucharistie) de 2003.

Il s’agit avant tout, explique-t-il, d’un événement surnaturel dans lequel on fait une rencontre personnelle avec Dieu. C’est « un coin du ciel qui s’ouvre sur la terre » (n°19). L’Eucharistie est « la source et le sommet » de la vie chrétienne, l’ « œuvre de notre rédemption », « le trésor le plus grand ». L’Eucharistie étant ce que nous pouvons recevoir de plus grand, nous devons l’aborder comme le moment le plus sublime, et le plus sacré.

Dans le même document, Jean-Paul II prend grand soin de rappeler que « la Messe rend présent le sacrifice de la croix » que c’est « le sacrifice du Seigneur », « un sacrifice au sens propre » (n°12 et 13). Recevoir le Corps du Christ, c’est recevoir le Christ Lui-même et communier à sa croix et à son sacrifice, à sa résurrection et à sa gloire.

La pratique ferme et régulière du jeûne eucharistique permet précisément de ne pas réduire en le banalisant ce moment inouï. S’unir au Christ de tout notre cœur, revivre ce sacrifice, recevoir la Vie qui nous sauve justifie que nous prenions conscience de l’importance de ce jeûne et que nous le pratiquions avec joie.


31 août 2017

MARTIN LUTHER : UN GUIDE POUR L'HUMANITE ?

Lorsqu’on ignore ce qu’a été la vie et l’enseignement de Luther (1483-1546), on est plutôt enclin à imaginer une personne sage, éclairée et animée par de bons sentiments. C’est ce que l’on attend d’un maître spirituel ayant su entraîner à sa suite des multitudes de croyants. La découverte progressive de la personnalité de Luther, de ses drames intérieurs, de ses alliances, de ses invectives violentes, de ses écrits révèle cependant un personnage troublant n’hésitant pas à tenir des propos trop souvent orduriers et haineux qui vont jusqu’à appeler à l’extermination. De tels propos n’existent pas dans les enseignements des saints et des docteurs reconnus et recommandés par l’Eglise catholique.

« Jusqu’à 14 ans, Martin Luther vivra chez lui auprès d’un père très violent et d’une mère presque aussi effrayée par le Christ que par le diable, diable qui tient une place importante dans cette famille. Cette obsession le poursuivra longtemps. Le 2 juillet 1505, un incident va décider de toute sa vie. La foudre tombe près de lui. (selon une autre source, son compagnon aurait été également tué). Effrayé, il promet de se faire moine si Dieu lui garde vie. Il entre ensuite au couvent des Augustins le 17 juillet. Jeune moine, il écrit : J’avais tant d’éloignement pour le Christ, que lorsque je voyais  quelqu’une de ses images, par exemple le crucifix, je ressentais aussitôt de l’épouvante : j’eusse plus volontiers vu le diable ! » (Marie Carré, J'ai choisi l'unité, p.79-80)

Le 30/10/1520, après avoir refusé deux tentatives de conciliation du pape Léon X en 1518, il le qualifie d’Antéchrist ce qui revient à une sorte d'excommunication. Il dénommera ainsi tous les papes jusque dans ses derniers écrits. Le 17/11/1520, il convoque un concile en qualifiant le pape d’hérétique. Il fait preuve d’incohérence en se donnant le pouvoir de convoquer un concile et de porter un jugement d’hérésie, alors qu’il refuse ce même pouvoir au pape. En réponse, il est finalement excommunié à son tour le 3/01/1521. Contrairement à ce qui a souvent été dit, cette excommunication n’a pas eu lieu au lendemain du 31/10/1517, jour où il placarda  les 95 Thèses sur l’Indulgence sur les portes de la cathédrale de Wittenberg. La bulle du Pape Exsurge Domine du 15/06/1520 n’est pas une bulle d’excommunication mais une exhortation à se rétracter. (Vincent Beurtheret, Frères réformés, si vous saviez… p.7)

1520 : Luther reçoit le soutien de chevaliers brigands comme Franz de Sickingen. Le mouvement nationaliste et anti romain allemand, déjà bien vivant, se tourne aussi vers lui.

1520 : Il écrit : « Pourquoi n’attaquons-nous pas ces néfastes professeurs de ruines, les papes, les cardinaux, les évêques et toute la horde de la Sodome romaine, avec toutes les armes dont nous disposons et ne lavons-nous pas nos mains dans leur sang ». (Jean Dumont, l’Eglise au risque de l’histoire, p. 235) «  Je suis convaincu que pour anéantir la papauté, tout nous est permis ». Du haut de sa chaire de professeur, à l’Université, il explique que brûler la bulle pontificale n’est qu’une cérémonie symbolique, ce qu’il importe de brûler c’est le pape lui-même, c’est-à-dire le Siège apostolique.

Sur sa doctrine. 1522 : « Je n’admets pas que ma doctrine puisse être jugée par personne, même par les anges. Celui qui ne reçoit pas ma doctrine ne peut parvenir au salut ». (Jacques Maritain, Trois réformateurs, p.20) Il dit : « Ma doctrine m’a été révélée ». Il ne parle pas de retour à la source, de retour à la primitive Eglise ; au contraire, il récuse l’autorité des Pères et des conciles, c’est-à-dire toute la vie religieuse des cinq premiers siècles.

Contre les paysans révoltés. En 1524, débute ce que l’on a appelé la Guerre des Paysans, une insurrection générale des paysans allemands soulevée par des proches de Luther. Cependant, devant le désordre que cela entraîne, Luther rejoint le parti des seigneurs et exhorte les princes à une répression sévère : « Le séditieux est, par le fait même de sa révolte, au ban de Dieu et de l’Empire. Quiconque peut l’égorger fait une bonne action. Tout le monde est son juge et son bourreau. Un rebelle est comme un chien enragé ; si on ne le tue pas, il vous tue et tout un pays avec vous. Tous ceux qui le peuvent doivent assommer, égorger et passer au fil de l’épée, secrètement ou en public, en songeant qu’il n’est rien de plus venimeux, de plus nuisible, de plus diabolique qu’un rebelle. Il faut l’abattre comme un chien enragé. Celui qui périra du côté des paysans sera livré au feu éternel de l’enfer … Chers seigneurs, délivrez-nous, secourez-nous, sabrez, frappez, égorgez, tant que vous pouvez. Si vous mourez, c’est bien, vous ne pouvez avoir une mort plus heureuse, car vous mourez pour obéir à Dieu, au service de l’amour, pour sauver votre prochain de l’enfer et des liens du démon ». « Tout ce que j’enseigne et écris doit rester juste, quand tout l’univers devrait en crever ». (Contre les Hordes Criminelles et Pillardes des Paysans, 1525) En juillet 1525, le massacre systématique des luthériens insurgés par les seigneurs luthériens est achevé : cent mille morts. (Vincent Beurtheret, Frères réformés, si vous saviez… p. 10-11)

Contre l’Eglise catholique. En 1524, Luther demande la répression de l’hérésie (le catholicisme) par la force. En 1526, il affirme qu’un prince séculier ne saurait tolérer des divisions religieuses chez ses sujets, mais que « dans un lieu, on ne doit souffrir qu’une prédication ». Présenté comme le père et l’apôtre de la liberté de conscience, il a inauguré en fait la mainmise du temporel sur le spirituel. En Allemagne, en Angleterre (anglicanisme), dans les pays scandinaves, dans une grande partie de la Suisse, la religion protestante devient religion d’Etat et la religion catholique quelque chose comme un crime de lèse-patrie.  : « Je pense, avec l’Apocalypse, qu’il faut continuer à abreuver la prostituée rouge (l’Eglise catholique) et lui compter autant de douleurs et d’amertumes qu’elle a eu jadis de joie et d’honneur, jusqu’à ce qu’elle soit foulée aux pieds dans la rue comme la boue, et que rien ne soit plus honni, plus vil en ce monde, que cette Jézabel sanguinaire. Maudit soit celui qui sera négligent dans ce devoir, parce qu’il sait bien que l’accomplir, c’est servir Dieu qui veut la ruine et l’extermination de cette abomination de la terre ».(Marie Carré, J’ai choisi l’unité, p.262)

Contre le pape : « La papauté de Rome a été instituée par le Diable. » « Le pape, c’est la merde que le diable a chiée dans l’Eglise ». « Le chef de la chrétienté, c’est-à-dire le sous-trou et l’arrière-trou du diable, par quoi ont été chiées dans le monde ces multiples abominations que sont la messe, les moines, la moinerie et toutes sortes de débauches ». (Yvan Gobry, Luther, p.377) « Empereurs, rois, princes et seigneurs, que tous ceux qui peuvent attaquer s’unissent. Sachez que Dieu ne bénira pas la main paresseuse en cette affaire. On devrait se saisir de lui (le pape), des cardinaux, de tous ceux qui servent son culte idolâtrique et Sa Sainteté prétendue, et comme à de vils blasphémateurs, leur arracher à tous la langue du gosier, pour clouer, à la file, à la potence ces langues de mensonge ». (MC, p.138)

Contre les moines : « J’appelle de mes vœux le jour où tous les monastères seront rasés, détruits et abolis … Tous les couvents, toutes les cathédrales et toutes les abominations semblables introduites dans le Lieu saint doivent être totalement anéantis ou abandonnés ». (YG, p. 49 et 213)

Contre la messe : « Quand la messe sera renversée, je pense que nous aurons renversé toute la Papauté ». (Werke, t. X sec. II) « J’affirme que tous les lupanars, les homicides, les vols, les meurtres, les adultères sont moins mauvais que cette abomination de la messe papistique. La messe n’est pas un sacrifice. Qu’on lui donne tout autre titre qu’on voudra, pourvu qu’on ne la souille pas du nom de sacrifice ». (Werke, t. XV, p.774)

Mépris pour la femme : « L’œuvre et la parole de Dieu nous disent clairement que les femmes doivent servir au mariage et à la prostitution ». « Si les femmes se fatiguent et meurent à force de produire, il n’y a pas de mal ; qu’elles meurent pourvu qu’elles produisent ; elles sont faites pour cela ». (JM, p.249)

Chasse aux sorcières : En 1526, dans une prédication, à cinq reprises, il appelle à les tuer.

La nature humaine. Elle est foncièrement corrompue depuis le péché originel. La rédemption de l’homme ne peut se faire que par le Christ seul. Toutes nos bonnes œuvres sont donc inutiles.

Contre la raison : « La raison est la putain du diable. Une putain mangée par la gale et la lèpre qu’on devrait fouler aux pieds et détruire, elle et sa sagesse. Elle mériterait, l’abominable, qu’on la reléguât dans le plus sale lieu de la maison, aux cabinets ». « La raison est contraire à la foi ». « Chez les croyants, la raison doit être tuée et enterrée ». « Il est impossible de faire s’accorder la foi avec la raison ». « Tu dois abandonner ta raison, ne rien savoir d’elle, l’anéantir complètement, sinon tu n’entreras jamais au ciel ». (JM, p.46-48)

Négation du libre-arbitre : « Le franc-arbitre est un titre vain. Dieu fait en nous le mal comme le bien. La grande perfection de la foi c’est de croire que Dieu est juste quoiqu’il nous rende nécessairement damnables par sa volonté en sorte qu’il semble se plaire aux supplices des malheureux. Dieu vous plaît quand il condamne des indignes ; il ne doit pas vous déplaire quand il damne des innocents ». Dans son commentaire de l'épitre de saint Paul aux Romains, il écrit : « On ne parvient à la justice par aucune oeuvre, par aucune sagesse, par aucun effort ... La véritable justice vient de ce que l'on croit de tout son coeur à la Parole de Dieu ».

Sur le péché : Luther propose au pécheur une sécurité bien plus grande que ce qu’il reproche aux indulgences. Voici  ce qu’il écrit à Melanchthon en 1521 : « Si tu es prédicateur de la grâce, ne prêche pas une grâce fictive mais véritable. Si elle est véritable, tu dois porter un péché véritable et non imaginaire. Dieu ne sauve pas les faux pécheurs. Sois donc pécheur et pèche hardiment, mais confie-toi et réjouis-toi plus hardiment dans le Christ, qui est vainqueur du péché, de la mort et de ce monde. Le péché ne nous arrachera pas de lui-même si mille fois par jour, nous commettons la fornication et l’homicide. Les âmes pieuses qui font le bien pour gagner le Royaume des Cieux, non seulement n’y parviendront jamais, mais il faut même les compter parmi les impies. Il est plus urgent de se prémunir contre les bonnes œuvres que contre le péché. Le chrétien baptisé, même s’il le voulait, ne pourrait perdre son salut, quelque grand péché qu’il commit, à moins toutefois qu’il ne rejetât la foi. Car nul péché ne peut le perdre, sinon la seule incrédulité. Tous les autres, si la foi à la promesse divine faite au baptisé demeure ou renaît, sont en un moment anéantis ».

Contre Erasme : « Je me suis torché le cul avec ses autres livres ».

Contre Copernic, 1539 : « Ce fou qui prétend bouleverser toute l’astronomie ». A la même époque, la théorie du géocentrisme du savant polonais reçoit un accueil très favorable au Vatican.

Nationalisme et antisémitisme : Luther n’est pas seulement considéré comme un fondateur du protestantisme mais aussi comme un des pères du nationalisme allemand. On trouve dans ses écrits des passages violemment antisémites qui ont été utilisés pendant la guerre par les milieux protestants favorables au nazisme. Il demande «  de mettre le soufre, la poix et s’il se pouvait, le feu de l’enfer, aux synagogues et aux écoles juives, de détruire les maisons des Juifs, de s’emparer de leurs capitaux et de tous leurs effets précieux et de les chasser en pleine campagne comme des chiens enragés ». 

Il est saisissant de constater, cartes à l’appui, canton par canton, que le vote nazi du 31 juillet 1932 correspond exactement à l’Allemagne protestante. A l’inverse, dans tous les cantons où les catholiques sont majoritaires, il est inférieur à 30%. (Histoire du Christianisme Magazine, n°7, p.44-46)

A la fin de sa vie, Luther fait un bilan de son œuvre dans une lettre à Zwingli : « Il est terrifiant de devoir reconnaître que dans le passé tout était calme et tranquille, que la paix régnait partout, alors qu’aujourd’hui surgissent dans tous les pays des groupes factieux. C’est une abomination qui fait pitié. Je dois confesser que mes doctrines ont produit de nombreux scandales. Oui, je ne peux le nier : souvent cela m’épouvante, spécialement quand ma conscience me rappelle que j’ai détruit la situation en place de l’Eglise, si calme et si tranquille sous la papauté ».

1546 : Le dernier ouvrage s’intitule : Contre la Papauté fondée à Rome par le diable.

1546 : Trois semaines avant sa mort, prêchant, il réclame l’expulsion de tous les religieux : « Quand donc aurez-vous enfin le courage de chasser ces moines stupides ».

1546, dans son testament, il écrit : « Je vois s’amonceler hérésies sur hérésies, Satan ne met ni fin à sa rage, ni trêve à sa furie ».

 

02 janvier 2017

L'ABSTINENCE DE VIANDE LE VENDREDI

  En France, depuis la suppression de cette loi par l’Episcopat, en décembre 1966, la pratique semble avoir plus ou moins disparu. Pourtant, l’intention n’était pas de l’abandonner mais de la remplacer éventuellement par d’autres œuvres de pénitence (privation d’alcool, de friandises, …). Cette pratique garde-t-elle toute son importance ? Avons-nous raison de la laisser se perdre ? Quelle est la position exacte de l’Eglise ?

La pénitence, dans la Constitution apostolique Paenitemini du 17/02/1966

  Ce texte postconciliaire signé par Paul VI présente le sens et l’importance du précepte divin de la pénitence dont le terme ultime est d’aimer Dieu et de s’abandonner à lui. Voici quelques extraits : « La pénitence est une exigence de la vie intérieure. Sa nécessité est particulièrement urgente dans la société d’aujourd’hui. A aucune époque la vraie pénitence ne peut faire abstraction d’une ascèse également physique. Tout notre être, en effet, corps et âme, doit participer activement à l’acte religieux par lequel la créature reconnaît la sainteté et la majesté de Dieu. Le devoir de la pénitence est motivé surtout par la participation aux souffrances du Christ. Il y a trois façons principales de satisfaire au précepte divin de la pénitence : la prière, le jeûne, et les œuvres de charité. L’Eglise a toujours spécialement prôné l’abstinence de viande et le jeûne. »

Les jours de pénitence pour l'Eglise universelle dans le Code de droit canonique de 1983

  Canon 1249 : « Tous les fidèles sont tenus par la loi divine de faire pénitence chacun à sa façon ; mais pour que tous soient unis en quelque observance commune de la pénitence, sont prescrits des jours de pénitence durant lesquels les fidèles s’adonneront d’une manière spéciale à la prière et pratiqueront des œuvres de piété et de charité, se renonceront à eux-mêmes en remplissant plus fidèlement leurs obligations propres, et surtout en observant le jeûne et l’abstinence selon les canons suivants.

  Canon 1250 : « Les jours et temps de pénitence pour l’Eglise tout entière sont chaque vendredi de toute l’année et le temps de Carême. »

  Canon 1251 : « L’abstinence de viande ou d’une autre nourriture, selon les dispositions de la conférence des Evêques, sera observée chaque vendredi de l’année. »

Les dispositions de la Conférence épiscopale française de 1984 

  « Les catholiques doivent traduire en actes, d’une manière habituelle, leur volonté de se conformer à Jésus-Christ, notre Sauveur, d’approfondir la conversion baptismale, de rejoindre tous ceux qui, près de nous et à travers le monde, sont dans la souffrance ou le besoin : Tous les vendredis de l’année, en souvenir de la Passion du Christ, ils doivent manifester cet esprit de pénitence par des actes concrets, soit en s’abstenant de viande ou d’alcool ou de tabac … soit en s’imposant une pratique plus intense de la prière et du partage. »

Plusieurs conférences épiscopales ont décidé de rétablir la loi de l’abstinence du vendredi

  Les évêques d’Angleterre et du pays de Gales prennent cette décision en mai 2011, au terme de leur assemblée plénière. Ils invitent tous les fidèles, dès le 16/09/2011, jour anniversaire de la visite apostolique de Benoît XVI de l’année précédente au Royaume Uni, à s’abstenir de consommer de la viande. Et pour ceux qui ne consomment pas habituellement de viande à se priver d’une autre nourriture. Tous sont invités à ajouter à cette privation un acte particulier chaque vendredi en mémoire du jour où le Christ est mort. Il est « important », remarque la Conférence épiscopale, « que tous les fidèles soient unis dans une célébration commune de pénitence du vendredi » afin également, de donner un « signe clair et distinct de leur identité catholique. »

  Le cardinal Dolan, Président de la Conférence des évêques américains, le 12/11/2012, déclare lors de l’Assemblée plénière : « Le travail de notre Conférence dans les années qui viennent doit inclure une réflexion sur le retour du vendredi comme jour particulier de pénitence, ce qui comporte le rétablissement de l’abstinence tous les vendredis et pas seulement pendant le Carême. »

Récapitulons les principaux arguments qui plaident en faveur de la pratique de l’abstinence chaque vendredi

-  Elle maintient une volonté de pénitence régulière en mémoire de la Passion du Christ.

-  Elle associe le corps à la vie spirituelle.

-  Elle rend visible un témoignage d’union au Christ.

-  Elle rapproche les baptisés dans une observance commune.

-  Elle nous unit par cette tradition ancienne à tous ceux qui nous ont précédés et notamment aux saints qui ont été fidèles à cette discipline.

Il ne s’agit pas cependant de remplacer la viande par du poisson

  Aucune loi religieuse n’a jamais demandé cela. Simplement, il a été admis à l’époque médiévale que l’on pouvait consommer du poisson le vendredi car celui-ci est un aliment maigre qui n’était pas considéré comme un met de choix. Plus tard, l’habitude de manger du poisson est devenue un moyen d’affirmer une identité chrétienne. Il se trouve effectivement que le poisson était le symbole des chrétiens dans les premiers temps de l’Eglise. En effet, le mot grec ICHTHUS qui veut dire poisson correspond à l’acronyme de Jésus-Christ Fils de Dieu Sauveur (Iesous CHristos THéou Uios Soter). Cependant, le fait de manger du poisson le vendredi, plat finalement appréciable, ne nous rapproche pas vraiment de l’esprit de la pénitence qui est un esprit de sacrifice et de privation. Aux yeux des non-croyants, nous paraissons ridicules si nous expliquons que nous faisons pénitence le vendredi par amour du Christ pour nous unir à son sacrifice en remplaçant la viande par du poisson.

Conclusion

  Il n’est pas souhaitable d’abandonner un à un tous les signes extérieurs communs de la foi et toutes les exigences qui expriment l’union au Christ. L’intention des épiscopats qui ont supprimé la loi de l’abstinence était plutôt de renforcer l’esprit de pénitence en favorisant aussi d’autres expressions sans supprimer pour autant l’expression traditionnelle de l’abstinence de viande du vendredi qui reste une pratique juste et bonne. Certes, quelques fidèles vivent la loi de pénitence par des actes qui vont au-delà de ce minimum, mais dans la pratique, la très grande majorité n’a pas remplacé cet acte de pénitence du vendredi par d’autres actes. Le résultat est bel et bien un triste abandon à l’inverse de ce qui était espéré à l’origine. Si on veut être fidèle à l’esprit de la loi, nous devons nous encourager à vivre ensemble cette abstinence et apporter de cette manière un témoignage  communautaire visible d’union au Christ souffrant et de communion entre nous.

 

 

 

 

04 octobre 2015

LE SENS CHRETIEN DE LA SOUFFRANCE

A partir de la lettre apostolique de Jean-Paul II, Salvifici doloris du 11/02/1984

 

Quatre manières d’aborder le sujet :

 

1 La souffrance est quasiment inséparable de l’existence terrestre de l’homme. Tout homme expérimente la souffrance. Personne ne peut se targuer d’y avoir échappé. Tous, nous avons déjà souffert, tous, nous aurons encore à souffrir. Et cela quelque soit le lieu, l’époque, l’âge ou la situation sociale. 

  Maintenant, il y a plusieurs sortes de souffrances. On peut toutefois faire une distinction entre la souffrance physique qui concerne le corps et la souffrance morale qui est une « douleur de l’âme » (SD, 5). C’est le cas par exemple de la peur, de l’angoisse ou de la tristesse. 

2 Une autre remarque s’impose : « la Rédemption s’est accomplie par la Croix du Christ, c’est-à-dire par sa souffrance » (SD, 3). Pourquoi le Christ a-t-il choisi ce chemin ? Quel sens a-t-il voulu donner à la souffrance ? 

3 On reproche souvent aux chrétiens d’exalter la souffrance, de subir la souffrance. C’est tout juste si on ne les considère pas comme des masochistes. Qu’en est-il vraiment ? 

4 Enfin, il y a tous ceux qui ne comprennent pas, et ils ont raison, que la souffrance fasse partie de la condition humaine. Si Dieu est Amour, pensent-ils, pourquoi permet-Il cela ? Le christianisme ne proclame-t-il pas que « l’existence est fondamentalement un bien » (SD, 7) que le Créateur est bon et que les créatures sont bonnes ? 

  En fait, explique Jean-Paul II, ce n’est pas la création qui entraîne la souffrance, « l’homme souffre à cause du mal qui est un certain manque, une limitation ou une altération du bien. L’homme souffre, pourrait-on dire, en raison du bien auquel il ne participe pas, dont il est, en un sens, dépossédé ou dont il s’est privé lui-même » (SD, 7).

  

Premier sens de la souffrance : 

Dans l’ordre de la justice, la souffrance peut être une punition. 

 

  Le Dieu de la Révélation est Législateur et Juge. Et cela parce qu’il est le Créateur.

  En conséquence, la violation consciente et libre de ce bien qu’est la création, de la part de l’homme, est non seulement une transgression de la loi, mais en même temps une offense au Créateur qui est le premier Législateur. La punition est alors ce qui garantit l’ordre moral établi par la volonté de Dieu. Il ne s’agit pas d’une action directe de Dieu, mais plutôt d’une conséquence naturelle de nos actes comme les désordres provoqués par la pollution. « De là découle aussi l’une des vérités fondamentales de la foi religieuse fondée également sur la Révélation : Dieu est un juge juste qui récompense le bien  et punit le mal » (SD, 10). A ce point de vue, la souffrance apparaît comme un mal justifié.

  Mais on ne peut s’arrêter à ce premier sens, surtout lorsqu’on voit le drame quotidien de tant de souffrances sans qu’il y ait eu faute, et de tant de fautes sans peines adéquates en retour.

 

Second sens de la souffrance : 

Dans l’ordre de la conversion, la souffrance est une épreuve.

 

  Il s’agit de la souffrance vécue par Job. Celui-ci n’est pas coupable. Sa souffrance est celle d’un innocent. Si le Seigneur consent à éprouver Job par la souffrance, c’est pour montrer la justice de ce dernier. Après avoir souffert, Job est plus fort dans sa fidélité à Dieu. Cela ne signifie pas forcément  que nos épreuves sont envoyées par Dieu pour nous convertir. Non, mais Celui-ci peut transformer en positif ce qui est négatif.

 

Troisième sens de la souffrance : 

Dans l’ordre de la conversion, la souffrance a une valeur éducative

 

  La souffrance nous introduit dans la pénitence qui a pour but de triompher du mal. Jean-Paul II y voit ici l’œuvre de la miséricorde divine. La souffrance, nous ouvre les yeux, nous éduque, nous amène à nous corriger. Ainsi, dans les souffrances infligées par Dieu au peuple élu est contenue une invitation de sa miséricorde qui châtie pour amener à la conversion : « Ces persécutions ont eu lieu non pour la ruine, mais pour la correction de notre peuple. » 2 Matthieu 6,12.

 

Quatrième sens de la souffrance : 

Dans l’ordre de la Rédemption, la souffrance elle-même est rédemptrice.

 

 La Rédemption s’est faite par la Passion et par la Croix du Christ. Le Christ est venu s’unir à ce qu’il y a de plus répugnant dans la condition humaine : la souffrance et la mort.

  En faisant ce choix, le Christ a lié la souffrance à l’amour. Dès lors, la souffrance et la mort se trouvent revêtues d’une puissance surnaturelle. On peut dire qu’avec la Croix du Christ, toute souffrance humaine s’est trouvée dans une situation nouvelle. En opérant la Rédemption par la souffrance, le Christ a élevé en même temps la souffrance humaine jusqu’à lui donner valeur de Rédemption. Tout homme peut donc dans sa souffrance participer à la souffrance rédemptrice du Christ. La souffrance n’est plus quelque chose de vain, d’inutile. Nous pouvons l’offrir.

  Ce n’est pas que la Rédemption du Christ soit incomplète. Aucun homme ne peut lui ajouter quoi que ce soit. Mais cela signifie que le Christ a ouvert sa souffrance rédemptrice à toute souffrance de l’homme. Il a accompli la Rédemption totalement, mais Il l’ouvre constamment dans l’histoire de l’homme à toute souffrance humaine. D’où les paroles de l’apôtre : « Je trouve ma joie dans les souffrances que j’endure pour vous et je complète en ma chair ce qui manque aux épreuves du Christ pour son corps qui est l’Eglise » 1 Co 6, 13.

 

Cinquième sens de la souffrance :  

Dans l’ordre du Royaume de Dieu, la souffrance est glorificatrice.

 

  St Luc écrit : « Il nous faut passer par bien des tribulations pour entrer dans le Royaume de Dieu » Actes 14,88. Et St Paul : « Nous sommes cohéritiers du Christ, puisque nous souffrons avec lui pour être aussi glorifiés avec lui. J’estime en effet que les souffrances du temps présent ne sont pas à comparer à la gloire qui doit se révéler en nous. » Rm 8,17-18. Et dans une autre lettre : « Car la légère tribulation d’un instant nous prépare jusqu’à l’excès une masse éternelle de gloire. » 2 Co 4, 17-18. Enfin St Pierre : « Dans la mesure où vous participez aux souffrances du Christ, réjouissez-vous, afin que, lors de la révélation de sa gloire, vous soyez aussi dans la joie et l’allégresse. » 1 P 4, 13. 

  Ainsi, la communion aux souffrances du Christ par nos propres souffrances est en même temps souffrance pour le Royaume de Dieu. Le Christ a choisi pour nous unir à Lui ce qui nous était le plus insupportable. Avec lui, mystérieusement, l’insupportable devient source de joie.

  

Sixième sens de la souffrance : 

Dans l’ordre de notre sanctification, la souffrance nous revêt de la présence et de la puissance du Christ.

 

  Le Christ meurt cloué sur la croix. Mais si en même temps dans cette faiblesse s’accomplit son élévation, cela signifie que les faiblesses de toutes les souffrances humaines peuvent être pénétrées de la puissance de Dieu qui s’est manifestée dans la Croix du Christ. Dieu a confirmé qu’il veut agir spécialement au moyen de cette souffrance que sont en eux-mêmes la faiblesse et le dépouillement de l’homme, et que c’est précisément dans cette faiblesse et dans ce dépouillement qu’il veut manifester sa puissance. C’est pour cela que l’apôtre Paul peut dire : « Je me glorifierai surtout de mes faiblesses, afin que repose sur moi la puissance du Christ ». 2 Co 12,9 

  Notre faiblesse est ce qui nous amène à prendre conscience de nos limites et donc à renoncer à être seul à l’initiative de notre vie. 

  A travers les siècles et les générations humaines, on a constaté que dans la souffrance se cache une force particulière qui rapproche intérieurement l’homme du Christ, une grâce spéciale. C’est à elle que bien des saints doivent leur profonde conversion. Il faut aussi donner l’exemple des martyrs qui par leur sang ont bouleversé l’ordre du monde et des peuples qui ayant souffert témoignent d’une vitalité spirituelle particulière comme la Pologne ou l’Eglise de Corée. 

  Jean-Paul II le confirme ainsi : « le Christ, de par sa propre souffrance salvifique se trouve au plus profond de toute souffrance humaine et peut agir de l’intérieur par la puissance de son Esprit de Vérité, de son Esprit consolateur » (SD, 26). C’est pourquoi « la souffrance imprégnée de l’esprit de sacrifice du Christ est d’une manière irremplaçable la médiation et la source des bienfaits indispensables au salut du monde. Cette souffrance, plus que tout autre chose, ouvre le chemin à la grâce qui transforme les âmes. […] Les sources de la force divine jaillissent vraiment au cœur de la faiblesse humaine » (SD, 27). 

 

Conclusion  

  Si le chrétien ne craint pas la souffrance, s’il lui arrive d’être joyeux dans la souffrance, cela ne veut pas dire qu’il aime la souffrance. Sa joie vient seulement de ce qu’il sait que sa souffrance est communion à la Croix du Christ et qu’ainsi offerte, elle est source de bienfaits spirituels en ce monde et dans l’autre, pour lui-même et pour les autres, dans la communion des saints.