09 décembre 2017

LES REMERCIEMENTS DES JUIFS ENVERS PIE XII

1  En décembre 1940, Einstein rend hommage à Pie XII : « Seule l’Eglise s’est dressée sur le chemin d’Hitler qui voulait supprimer la vérité. Auparavant l’Eglise ne m’avait jamais passionné. Aujourd’hui je ressens beaucoup d’affection et d’admiration car elle seule a eu le courage et la ténacité de se battre pour la vérité intellectuelle et la liberté morale. Je suis donc forcé d’admettre qu’à présent je loue sans réserve ce qu’avant je méprisais » (Time Magazine).

2  En octobre 1943, le grand rabbin de Jérusalem Herzog, remercie Pie XII pour avoir empêché la déportation des Juifs d’Italie en septembre.

3  A la date du 5/06/1944, la brigade juive intégrée au 8ème corps d’armée britannique, au lendemain de la libération de Rome, porte la phrase suivante dans son bulletin d’information : « Il restera pour toujours à l’honneur de la population de Rome et de l’Eglise catholique romaine que le sort des Juifs ait été adouci grâce à l’Europe vraiment chrétienne » (Le Livre des Merveilles).

4  Après la guerre, le Congrès juif mondial, « au nom de toute la communauté juive, exprime une fois de plus sa profonde gratitude pour la main protectrice tendue par Sa Sainteté aux Juifs persécutés pendant ces temps terriblement éprouvants » (Jean Sévillia, Historiquement correct, p.389)

Le grand rabbin de Rome, Israël Zolli et sa femme se convertissent au catholicisme. Ils choisissent tous les deux pour prénoms de baptême, celui du pape : Eugenio et Eugenia, en hommage à l’action de Pie XII en faveur des Juifs. « La rayonnante charité du Pape, penchée sur toutes les misères engendrées par la guerre, sa bonté pour mes coreligionnaires traqués, furent pour moi l’ouragan qui balaya mes scrupules à me faire catholique ».

6  En 1958, à la mort de Pie XII, Golda Meir (future chef d’Etat) à l’ONU, déclare : « Pendant les dix années de la terreur nazie, quand notre peuple a souffert un martyre effroyable, la voix du pape s’est élevée pour condamner les bourreaux et pour exprimer sa compassion envers les victimes ».

7  Pinchas Lapide, consul d’Israël à Milan, après une enquête dans toute l’Europe, écrit dans Rome et les Juifs (Seuil, 1967) : « L’Eglise catholique, sous le pontificat de Pie XII, fut l’instrument qui sauva au moins 700 000 mais probablement jusqu’à 860 000 Juifs d’une mort certaine de la main des nazis ». « Jean XXIII, alors Mgr Roncalli, m’interrompit à plusieurs reprises pour me rappeler qu’il avait chaque fois agi sur ordre précis de Pie XII ».

Le rabbin Elio Toaff, qui accueillera Jean-Paul II à la synagogue de Rome en 1986, proclame que « les Juifs se souviendront toujours de ce que l’Eglise a fait pour eux, sur ordre du Pape, au moment des persécutions raciales » (Historiquement correct, p.390).

Le rabbin Dalin, historien, déclare en février 2001 : « Le Pape Pacelli a été le plus grand soutien des Juifs. Aucun autre pape n’a été autant loué par les Juifs avant lui. Pie XII fut véritablement et profondément un Juste parmi les Nations » (The Weekly Standard Magazine, février 2001 et Documentation Catholique n°2066).

 

  Tous ces faits malheureusement ignorés n’empêchent pas il y a quelques mois quatre de nos brillants intellectuels, les journalistes Vanessa Burggraf et Yann Moix, l’animateur Laurent Ruquier et le philosophe Michel Onfray de convenir le 11/02/2017 au cours de l’émission On n’est pas couché sur France 2, que « Le christianisme est lié au nazisme. Le Vatican a collaboré avec le régime nazi ».

 


26 novembre 2017

L'ACTION DE L'EGLISE CONTRE LE NAZISME AVANT LA GUERRE

  Dans cette petite page, nous voulons rassembler un certain nombre de faits majeurs qui indiquent que l’Eglise a pris position très tôt et sans ambiguïté contre la montée du nazisme :

Pie XI dénonce le « nationalisme immodéré » dès 1922 dans Ubi Arcano Dei.

Le Saint Office, par un décret du 25/09/1928 « condamne tout particulièrement la haine contre le peuple jadis élu de Dieu et notamment cette haine qu’on a l’habitude de désigner par le mot antisémitisme » (Histoire du Christianisme Magazine, n°7 p.46).

3  Les déclarations des évêques allemands se succèdent dans les années 1930 (HCM 7,47).

L’Osservatore Romano du 11/10/1930 écrit : « L’adhésion au Parti National Socialiste de Hitler est inadmissible pour une conscience catholique » (HCM 7,48).

5  En 1931, les évêques allemands par la voix de leur chef, le cardinal Bertram (Breslau), prennent position contre le « christianisme positif » et interdisent aux catholiques d’adhérer au Parti. Le « christianisme positif » est une Eglise nationale allemande destinée à attirer les protestants dans ses rangs.(L’Homme Nouveau Hors-série n° 4, p.40-41).

6  Un autre décret du Saint Office du 10/03/1934 condamne Le Mythe du XXème siècle de Rosenberg en tant qu’il promeut « une nouvelle religion » reposant sur « la foi mythique du sang » (HCM 7,49).

Elections du 31/07/1932. La moyenne nationale du vote national-socialiste est de 37,4%. Partout où les catholiques sont majoritaires dans les arrondissements, le vote national-socialiste est faible. Inversement, et quasiment sans exception, Hitler l’emporte partout où les protestants sont majoritaires. C’est le vote protestant qui a installé Hitler au pouvoir. C’est le vote catholique qui a résisté.

L’Encyclique Mit Brennender Sorge du 1/03/1937 dénonce le nazisme comme raciste. C’est la première fois qu’une encyclique est d’abord publiée dans la langue vernaculaire. Introduite clandestinement dans le pays, elle est lue en chaire le 21 mars et déclenche la fureur des autorités qui arrêtent aussitôt 1100 prêtres (HN n° 4, p.42). La persécution contre l’Eglise s’accélère durement. Ecrite par Pie XI, elle est en fait inspirée par Pie XII.

9 La Sacrée Congrégation des Séminaires dénonce le 13/04/1938 le racisme et ses prétentions scientifiques.

10 En mai 1938, Lorsque Hitler se rend à Rome pour y rencontrer Mussolini, le Pape Pie XI quitte ostensiblement la ville sainte pour protester.

11 Le 22/03/1942, la conférence des évêques allemands condamne sans appel le nazisme, faisant dire au New York Times du 8 juin : « Les chefs de l’Eglise catholique sont quasiment les seuls Allemands à encore oser s’élever contre le régime nazi ». Mais la répression les fit taire aussitôt. (Olivier Hanne, Le génie historique du christianisme, p.68)

 

18 avril 2017

LA REVOLUTION DE 1789 ET LE PEUPLE

 

La révolution de 1789 a-t-elle été un mouvement populaire? Est-elle venue du peuple ? A-t-elle été menée pour le peuple ?

Ce qu’on inculque aux élèves.

Voici quelques extraits de copies d’élèves de terminales : « Lors de la Révolution française, le peuple a agi en peuple libre. Il a renversé le tyran ». « Au XVIIIème siècle, l’Etat ne respectait pas le peuple ce qui a fini par causer la Révolution ». « Tout un peuple s’est battu contre une tyrannie. La parole lui a été donnée. Grâce aux combats, on est parvenu à un résultat ». Voici également ce que l’on peut lire dans un fichier du CNED : « Il y a plus de 200 ans, le peuple français, qui vivait dans la misère, s’est révolté contre les gens très riches (le roi, les nobles, les religieux). Le 14 juillet 1789, les révolutionnaires s’emparent de la prison de la Bastille, libèrent les prisonniers et refusent de continuer à obéir au roi » -Instruction civique et morale de cycle 2-. L’idée générale, c’est que le peuple s’est soulevé pour secouer le joug de la tyrannie du roi.

La Révolution a été l’instrument d’une élite.

La Révolution de 1789 n’a jamais été la révolte du peuple, mais une révolution bourgeoise, libérale et individualiste, idée notamment développée par Karl Marx. La Révolution est soutenue également par une partie de la noblesse qui gardait une grande rancune de sa mise à l’écart du pouvoir à partir de Louis XIII et surtout sous Louis XIV.

 Il est utile de rappeler que, dans les cahiers de Doléances, le peuple n’a dit nulle part qu’il voulait la suppression des corporations, du roi, de l’Eglise, institutions combattues cependant violemment par la Révolution.

Contrairement à la légende des manuels, la Bastille n’a pas été prise héroïquement par le peuple de Paris. L’opération qui mobilise quelques centaines d’individus est menée par une bande d’agitateurs à la recherche de fusils et de munitions. La porte leur est ouverte par le gouverneur Launay. En guise de remerciement, celui-ci est assassiné et sa tête découpée et installée au sommet d’une pique. Les « masses » révolutionnaires qui vont œuvrer les mois suivants, estimées à 10.000, ne constituaient qu’une petite partie de la population de Paris qui comptait plus de 500.000 habitants.

Le roi n’a pas fait usage de la force. C’était un homme doux. De même, il n’y a pas eu de résistance militaire du côté de la noblesse. Celle-ci, soit a fui, soit est du côté de la Révolution.

Le peuple a été combattu.

La résistance contre la Révolution est venue du côté du peuple. C’est le pouvoir révolutionnaire qui a voulu, par le décret de la conscription, faire de chaque paysan un soldat. Et lorsque le peuple s’est soulevé, il a été massacré. Le soulèvement contre certaines décisions révolutionnaires a été un soulèvement populaire. C’est donc bien contre le peuple que les dirigeants révolutionnaires issus de la bourgeoisie et de la noblesse ont combattu. C’est ce nouveau pouvoir qui interdit les associations ouvrières par la loi Le Chapelier en 1791.

Par ailleurs, le mépris du peuple est fréquent sous la plume des philosophes « éclairés » qui ont préparé intellectuellement la Révolution. Ainsi, selon Voltaire, « Il est à propos que le peuple soit guidé et non qu’il soit instruit, il n’est pas digne de l’être ». A lui ne sont nécessaires qu’ « un joug, un aiguillon et du foin ». Rousseau : « Le pauvre n’a pas besoin d’éducation, celle de son état est forcée, il n’en saurait avoir d’autre ». La Chalotais : « Le bien de la société demande que les connaissances du peuple ne s’étendent pas plus loin que ses occupations ». Philippon de la Madeleine exprime le vœu que l’usage de l’écriture soit interdit aux enfants du peuple. Gabriel-François Coyer propose de renvoyer les enfants du peuple des collèges de Paris à leurs parents et Le Chapelier refuse d’admettre ce qu’il appelle « les prétendus intérêts des ouvriers ».

Le peuple a été exclu des élections.

Lors de l’élection des députés aux Etats généraux de 1789, les 573 représentants du tiers état se répartissent ainsi : 216 marchands et propriétaires fonciers, 212 avocats, 102 officiers de baillage, 18 magistrats municipaux, 16 médecins, 12 gentilshommes, 2 prêtres et un laboureur. Un peu plus tard, l’Assemblée Constituante décide que le suffrage est restreint à ceux qui peuvent payer le « marc d’argent » c’est-à-dire les propriétaires. Puis, on décide que ne pourront élire les députés que ceux qui ont un certain niveau d’enrichissement. Le corps électoral de 1791 est plus restreint que celui de 1789. Les paysans correspondant à 90% de la population française n’ont plus le droit de vote. En septembre 1792, pour l’élection de la Convention, les femmes, les domestiques sont exclus du scrutin. Celui-ci a lieu à voix haute dans un climat de terreur. Résultat : 630.000 électeurs seulement sur un corps électoral de 7,5 millions participent au suffrage. Selon Patrice Gueniffey, « il n’y a jamais eu d’élections libres sous la Révolution Française. »

Le peuple a été exclu du partage des richesses.

La persécution religieuse menée par la Révolution a nui au peuple car c’est l’Eglise qui assurait les œuvres sociales. La confiscation des biens de l’Eglise et leur vente aux enchères a profité aux spéculateurs, aux bourgeois, aux hommes de loi, aux négociants, aux architectes, aux entrepreneurs, mais rien n’a été prévu pour les pauvres. La Révolution a permis à une minorité de s’enrichir et c’est elle évidemment qui sera l’un des principaux soutiens du nouveau régime.

La suite historique c’est aussi le développement du capitalisme libéral au XIX ème siècle et l’exploitation ouvrière qui va l’accompagner. Il est juste de rappeler à ce sujet que bon nombre des lois sociales entre 1815 et 1944 ne viennent pas des libéraux ou des socialistes mais des catholiques sociaux et des vieilles élites monarchistes comme la limitation du travail des enfants en 1840. 

 

27 février 2017

LA REVOLUTION FRANÇAISE ET LES DROITS DE L’HOMME

 

  Les français reçoivent par l’opinion dominante, l’école et les médias, une vision très caricaturale de leur histoire. Celle-ci évidemment a été écrite par les vainqueurs. Avant 1789, tout est noir, c’est l’obscurantisme, la tyrannie et le fanatisme qui dominent. Il n’y a pas de droits, pas de liberté. Le peuple est malheureux. Et puis, magiquement, tout change à partir de 1789 avec la Déclaration des droits de l’Homme et du Citoyen. Article 1 : « Les hommes naissent et demeurent libres et égaux en droits ». Article 2 : « Les droits naturels et imprescriptibles de l’homme sont la liberté, la propriété, la sûreté et la résistance à l’oppression ». Article 4 : « La liberté consiste à pouvoir faire tout ce qui ne nuit pas à autrui ».

  Copies d’élèves de terminales : « Avant 1789, l’homme n’avait aucun droit et ne pouvait en aucun cas se défendre ». « Tous les citoyens ont des droits et des devoirs depuis 1789 ». « Les libertés existent depuis la Révolution française». « L’histoire a connu des périodes de dures censures parfois excessives où la liberté d’expression était difficilement concevable. Par exemple, sous les monarchies où une simple parole en l’air valait la guillotine ». « La liberté est un droit acquis par des hommes qui nous ont précédés et qui se sont battus pour l’obtenir ». « En France, nous sommes tous égaux depuis la Révolution de 1789. Nous sommes égaux en droits et donc en liberté ».

  Deux erreurs. Les textes de la Déclaration, sans oublier la devise « Liberté, égalité, fraternité », peuvent entraîner deux erreurs majeures. Premièrement ils font croire que la liberté et les droits ont commencé en 1789 et qu’ils n’existaient pas auparavant. Cette idée est aujourd’hui fortement ancrée et un grand nombre d’élèves semble ignorer qu’il y avait un état de droit avant 1789 et que les juristes, par exemple, représentaient une population importante. Ce dont témoignent le démocrate Alexis de Tocqueville (1805-1859) : « On aurait bien tort de croire que l’Ancien Régime fut un temps de servilité et de dépendance : Il y régnait plus de liberté que de nos jours ». Et l’historien protestant Bluche (1993) : « Le monarque absolu n’est ni un tyran ni un despote ». Ou encore, Funck-Brentano (1926) : « La France était hérissée de libertés. Elles grouillent, innombrables, actives, variées, enchevêtrées et souvent confuses, en un remuant fouillis ».

  La seconde erreur concerne la Révolution française elle-même qui a fait tout le contraire de ce qu’elle a proclamé. On ne peut oublier la Terreur. Ce n’est pas un hasard si la Révolution française  a inspiré les totalitarismes modernes comme le souligne Hannah Arendt. Plusieurs dictateurs s’y sont référés comme Pol Pot et Castro. Lénine est venu en Vendée pour étudier de plus près les méthodes de la Terreur. La liberté, l’égalité, la fraternité et les droits ont été bafoués dans des proportions considérables à tel point que l’on peut affirmer que la Révolution a plus exécuté de français en trois ans que la monarchie en trois siècles. Les droits et les libertés ont été bien plus respectés sous le règne de Louis XVI que durant toute la période révolutionnaire.

Voici plusieurs exemples d’atteintes aux droits de l’homme dont certains seraient qualifiés aujourd’hui de crimes contre l’humanité :

  Le plus abominable concerne la Vendée. Les vendéens, en 1789, sont favorables aux premières réformes, mais ils ne supportent pas que l’on s’en prenne à la liberté religieuse. La conscription obligatoire met le feu aux poudres et entraîne leur révolte. C’étaient des paysans, des gens du peuple. La guerre civile va durer cinq mois, de mars à juillet 1793. En décembre de la même année, ce qui reste de l’armée vendéenne, est massacré au Mans avec femmes et enfants. Cependant, les membres du Comité du Salut Public et de la Convention ne vont pas en rester là. Ils vont concevoir, organiser et planifier l’anéantissement et l’extermination de la Vendée. Une première loi du 1/08/1793 prévoit la déportation des femmes, des enfants et des vieillards et une seconde, plus radicale, du 1/10/1793 commande l’extermination de tous les habitants de la Vendée sans distinction d’âge ou de sexe. Il s’agit du génocide d’un groupe déterminé, le premier de l’histoire moderne. Entre août 1793 et juillet 1794, des dizaines de milliers de vendéens sont tués dans des conditions d’extrême barbarie. Les colonnes infernales du général Turreau ratissent et détruisent tout sur leur passage. Le général Grignon se vante de tuer chaque jour « 2000 vieillards, hommes, femmes et enfants ». Les habitants sont violés, torturés, brûlés, dépecés. Tout dans ce crime de masse est essayé, y compris l’horreur absolue comme l’utilisation de gaz, de fours crématoires. Parfois, les corps sont fondus pour récupérer la graisse ou envoyés dans des tanneries pour transformer les peaux en cuir. Ce sont des dizaines d’Oradour-sur-Glane qui ont lieu à travers toute la Vendée. Dans le village de Lucs, 564 personnes sont égorgées ou brûlées vives à l’intérieur de l’église dont 107 enfants de moins de sept ans. Le général Westermann, en décembre 1793,  s’adresse à la Convention dans les termes suivants : « Il n’y a plus de Vendée. Suivant les ordres que vous m’avez donnés, j’ai écrasé les enfants sous les pieds des chevaux, massacré les femmes. Je n’ai pas un prisonnier à me reprocher. J’ai tout exterminé ». A Nantes, pour économiser la  poudre des fusils, Carrier pratique les mariages républicains qui consistent à enchaîner ensemble un homme et une femme nus, mais aussi des religieux ou des enfants et à les noyer dans la Loire. Des milliers de personnes périront de cette manière. Cette entreprise d’extermination est un sujet tabou en France. Elle a cependant été mise en lumière par Reynald Secher, un historien courageux, qui s’est vu attribuer pour ses travaux le Prix littéraire des droits de l’Homme en 2012. D’après ses calculs, 117.000 vendéens sur 815.000 ont péri. Alain Gérard parle, lui, de 165.000 victimes. Le général Hoche avait écrit en 1796 que plus de 600.000 français avaient péri en Vendée.

  D’autres villes et provinces se révoltent. Lyon se révolte en mai 1793. La convention décrète sa destruction partielle. Elle sera matée six mois plus tard. Le tribunal révolutionnaire envoie 1667 accusés à l’échafaud. Les insurgés sont si nombreux que certains sont mitraillés et exécutés au canon dans la plaine des Brotteaux. Des massacres de grande ampleur ont lieu dans d’autres villes comme Toulon avec plus de 1000 fusillés ou guillotinés sur une population de 29.000 habitants et Bordeaux.

  Le massacre des Tuileries. Le 10/08/1792, les Tuileries sont prises d’assaut. Répugnant à faire couler le sang, le roi ordonne aux gardes suisses de n’opposer aucune résistance. Ces derniers vont cependant faire face. S’ensuit alors un horrible carnage : 800 personnes sont massacrées.

  Les massacres de septembre 1792. Suite à une accusation de complot contre la France révolutionnaire, les prisons sont visitées les unes après les autres. 1400 détenus dont 223 prêtres et 3 évêques sont massacrés. Danton avouera plus tard qu’il voulait frapper Paris de terreur et réduire les modérés au silence. Sur son ordre, la tuerie s’étendra aux provinces.

  Les comités de surveillance. Le 21/03/1793, sont institués 20.000 comités de surveillance à travers toute la France. Ils sont chargés d’établir la liste des suspects et de les faire interner.

  L’Eglise est persécutée. On compte 600 prêtres martyrs déportés dans les îles de la Charente pour la seule année 1794. Au cours de l’année 1796, 1448 prêtres français et 8235 prêtres belges sont envoyés au bagne de Cayenne.

  Le calvaire du petit Louis XVII. A huit ans, il est arraché à sa famille pour être soumis à ce qu’il faut bien appeler une œuvre de destruction de sa personnalité. On commence par le mettre à jeun quelques jours. Puis, on lui sert un repas fortement épicé sans mettre d’eau sur la table, mais seulement du vin. Le but est de le saouler. Par ce moyen, on parvient à lui faire chanter à tue-tête des chants révolutionnaires, puis à crier contre sa famille et enfin à accuser sa mère d’inceste alors qu’il l’adorait. Quotidiennement, l’enfant subit brutalités et humiliations. Ses vêtements et son lit sont trempés. Il doit laver les pieds de ses gardiens. En janvier 1794, Robespierre le fait enfermer seul dans une petite pièce non chauffée. La porte est verrouillée et cadenassée en permanence. Il est plongé dans l’obscurité jour et nuit. Seul contact avec l’extérieur, un petit guichet à travers lequel on lui passe irrégulièrement un peu de nourriture et aussi à travers lequel on l’accable d’insultes. Après la mort de Robespierre, huit mois plus tard, il est « désemmuré ». Dans la pièce règne une odeur insupportable. Le sol est jonché d’ordures, de restes de nourriture, d’excréments au milieu desquels grouillent des vers et des fourmis, des araignées et des souris, des puces et des poux. Il est trop tard. L’enfant est déjà mortellement frappé. Il expirera au bout de quelques mois.

  Statistiques. L’oppression de Robespierre c’est 500.000 personnes emprisonnées, 300.000 autres consignées et 16.594 guillotinées. Les études statistiques montrent que les personnes guillotinées étaient à 31% des ouvriers, à 28% des paysans, à 20% des marchands ou des spéculateurs et à seulement 9% des nobles et 7% des ecclésiastiques. Le bilan total de la Terreur s’établit, selon l’historien marxiste Vovelle, à plus de 200.000 victimes. Si on ajoute les guerres d’exportation de la Révolution à travers le reste de l’Europe et les guerres  napoléoniennes, le bilan total des morts dépasse largement un million de personnes pour une population de 28 millions d’habitants. En 1789, la France était le troisième pays le plus peuplé du monde après la Chine et l’Inde et le plus peuplé d’Europe devant la Russie et l’Allemagne. Le décrochage démographique date de cette période. Entre 1800 et 1900, la population de la France passe de 27 à 38 millions, celle du Royaume-Uni de 15 à 41 millions et celle de l'Allemagne de 23 à 56 millions.

  A propos des élections. L’Assemblée constituante décide que le suffrage est restreint à ceux qui peuvent payer le « marc d’argent » c’est-à-dire les propriétaires. Puis, on décide que ne pourront élire les députés que ceux qui ont un certain niveau d’enrichissement. En septembre 1792, pour l’élection de la Convention, les femmes, les domestiques et tous les citoyens soupçonnés d’incivisme sont exclus du scrutin qui a lieu à voix haute dans un climat de terreur. 630.000 électeurs seulement sur un corps électoral de 7,5 millions participent au suffrage. En avril 1797, les conventionnels sortants sont battus aux élections. Dans les conseils, les royalistes remportent la majorité. Cinq mois plus tard, l’élection est annulée. Le Directoire fait appel à l’armée. C’est un coup d’Etat. 65 députés et journalistes sont déportés en Guyane.

  Paroles de révolutionnaires. Voici maintenant quelques paroles de révolutionnaires qui permettent de comprendre comment on a pu justifier un tel degré de fanatisme et de cruauté.  Saint-Just : « Les nations se régénèrent sur des monceaux de cadavres ». « Ce qui constitue une Révolution, c’est la destruction totale de ce qui lui est opposé ». « La Révolution dévorera jusqu’au dernier ennemi de la tyrannie ». « La terreur n’est autre chose que la justice prompte, sévère, inflexible, elle est donc une émanation de la vertu ». Carrier : « Nous ferons de la France un cimetière, plutôt que de ne pas la régénérer à notre manière ».

  L’avis des historiens. Selon Furet, historien spécialiste de cette période et ancien communiste : « Le dérapage de la Révolution vient de ce que les révolutions veulent changer l’homme et, comme il s’y refuse, ils veulent le contraindre par la violence ou le supprimer par le massacre ». La liberté d’expression est exclue : « Le répertoire politique de la Révolution n’a jamais ouvert la moindre place à l’expression légale du désaccord ». A tout cela, fait écho l’exclamation de Mme Roland montant à l’échafaud : « O liberté, que de crimes on commet en ton nom ». Toujours, selon Furet (1978) : « La culture politique qui conduit à la Terreur est présente dans la Révolution française dès l’été 1789 ». Idée partagée par Gueniffey, autre spécialiste reconnu (2000) : « L’Histoire de la Terreur commence avec celle de la Révolution et finit avec elle ».

  Conclusion : La Déclaration des droits de l’Homme ne doit donc pas nous tromper sur la réalité des évènements des années 1789-1799. Ces dix années ont été une période de tyrannie et d’atteinte aux libertés, à commencer par la liberté d’expression, sans équivalent dans toute l’histoire de France.

Bibliographie

Reynald SECHER, Vendée : du génocide au mémoricide (2011)  440 p. 24€

Une cinquantaine d’auteurs : Le Livre noir de la Révolution Française (2008) 878 p. 44€

Jean SEVILLIA, Historiquement correct (2003) ch.6, 7 et 8  450p. 10€

28 janvier 2017

MONARCHIE ABSOLUE NE VEUT PAS DIRE POUVOIR ABSOLU

  Le terme « absolutisme » a été inventé en 1796 dans un but de propagande contre l’Ancien Régime. L’usage qui en est fait dans les manuels scolaires revient à inculquer aux élèves l’idée d’un pouvoir tyrannique et arbitraire. Tel enseignant, par exempls, explique à ses élèves qu'il existe cinq formes d’absolutisme : la monarchie absolue, le fascisme, le nazisme, la théocratie et le communisme à la manière de Staline. Point commun, selon lui, le pouvoir est concentré entre les mains d’un seul et il implique la suppression des libertés individuelles. Pas étonnant après cela de lire dans des copies d’élèves de terminales les affirmations suivantes : « Avant 1789, l’homme n’avait aucun droit et ne pouvait en aucun cas se défendre». A propos du rapport dominant-dominé : « on peut prendre l’exemple du roi qui utilise les paysans autour du royaume en leur prenant tous leurs biens ». Ou encore : « Sous les monarchies, une simple parole en l’air valait la guillotine ». «Les philosophes des Lumières se sont battus pour faire vivre la liberté et l'imposer à tous les niveaux ».

  Le mot absolu est trompeur car la monarchie est bien autre chose que l’absolutisme. Elle ne consiste pas du tout en une suppression des libertés individuelles. Un trait saillant de la conception médiévale est justement la distinction du pouvoir monarchique d’avec la tyrannie. Ce dont témoignent le démocrate Alexis de Tocqueville (1805-1859) : « On aurait bien tort de croire que l’Ancien Régime fut un temps de servilité et de dépendance : il y régnait plus de liberté que de nos jours » et l’historien François Bluche (1993) : « Le monarque absolu n’est ni un tyran ni un despote ». La monarchie absolue, en son temps, n’est pas contestée. L’étude des Mémoires, des journaux intimes, des lettres privées ne révèle pas d’atteinte à la liberté ou de sentiment d’oppression. Jamais la personne du roi ni le principe de sa fonction ne sont remis en cause.

  Le roi n’est pas roi pour lui-même. C’est ce que dit Louis XIV : « Nous devons considérer le bien de nos sujets bien plus que le nôtre puisque nous sommes la tête d’un corps dont ils sont les membres ». La devise d’Hughes Capet (941-996) était « Servir ». Parmi les conseils donnés par saint Louis à son fils, on peut lire : « Cher fils, s’il advient que tu viennes à régner, vois à avoir ce qui appartient à un roi, c’est à dire à être si juste que tu ne déclines et ne dévies de la justice en rien qui puisse advenir ». Jean de Salisbury (1159) écrit que le roi est le serviteur de la loi, au service de son peuple et du bien commun.

  La monarchie absolue n’est pas une création de Louis XIV. Cela remonte au Moyen-Age. La nouveauté au XVIIème siècle c’est la théorie du droit divin. Le roi n’est plus responsable « devant les hommes » mais seulement devant Dieu. Au Moyen-Age, on disait que le roi tenait son pouvoir de Dieu mais par l’intermédiaire du peuple. Le droit divin supprime la formule « per populum ». Le droit divin signifie alors que le roi reçoit son pouvoir de Dieu seul au sens où tout pouvoir vient de Dieu. Cela signifie aussi que le roi doit régner de manière juste en observant la volonté de Dieu. Il a  des comptes à rendre mais à  Dieu seul. De plus, la politique centralisatrice de Richelieu et de Louis XIV au XVIIème siècle aura pour effet de renforcer le pouvoir du roi au détriment des pouvoirs féodaux.

  Que faut-il donc comprendre par l’expression « monarchie absolue » ? Cela signifie deux choses. Premièrement que le pouvoir royal est souverain, c’est-à-dire qu’il n’est soumis à aucune autorité humaine, ni à l’Empereur ni au Pape. Deuxièmement qu’il est impartagé, c’est-à-dire qu’il est seul à commander et à détenir l’autorité suprême. Il ne partage son autorité avec personne. Néanmoins, le roi est loin d’avoir tous les droits comme on se l’imagine. En pratique, son champ d’action est limité. Il existe d’innombrables barrières qu’il doit respecter. En voici un aperçu : Il doit obéissance aux commandements de Dieu, à la loi naturelle (ex. le droit de propriété), aux lois fondamentales du royaume, aux lois coutumières. Il doit respecter les privilèges (ou droits) des parlements, des cours de justice, des chambres de compte, des assemblées provinciales, de tous les corps provinciaux, municipaux, professionnels, de savants : universités, académies, corps de marchands, d’arts et de métiers, chambres de commerce, corps des auxiliaires de justice, etc… Les magistrats sont inamovibles. Le Conseil d’Etat est présidé par un chancelier inamovible lui aussi. L’Eglise a ses tribunaux, son administration. Dans le Royaume de France, tout est corporatif. Il existe des droits, des privilèges et des coutumes à tous les niveaux. Le roi ne peut les empiéter. On peut dire que la liberté publique est partout. Funck-Brentano (1926) écrit : « La France était hérissée de libertés. Elles grouillent, innombrables, actives, variées, enchevêtrées et souvent confuses, en un remuant fouillis ».

  Dans leur vie privée, les sujets sont libres et propriétaires. Le roi ne peut intervenir que si la raison d’Etat l’exige. De toute façon, comme l’explique Michel Antoine (1989), et de façon tout à fait opposée à la société actuelle, « dans certaines provinces, les sujets du roi pouvaient naître, vivre et mourir sans avoir directement affaire à l’Etat ».

  L’expression « car tel est notre plaisir » utilisée par les rois depuis Charles VII pour achever leurs lettres patentes ne signifie aucunement que le roi suivait son plaisir personnel. En effet, le mot plaisir, issu du verbe latin « placere » traduit non un caprice, mais une volonté réfléchie, une décision délibérée au service du royaume et du peuple de France. Ajoutons que le roi ne gouverne pas seul. Louis XIV, par exemple, a six ministres et un Conseil du Roi de 130 personnes.

  L’Ancien Régime est une société de privilèges. Ce mot a cependant un tout autre sens que celui que nous lui donnons aujourd’hui. Il vient du latin « lex privata » ce qui signifie « loi privée ». Un privilège, c’est la jouissance d’un régime juridique particulier. En clair, il s’agit d’un droit ! Un droit en lien avec une situation particulière.

  C’est un paradoxe, mais la conclusion de Jean-Louis Harouel (1987) nous semble forte à propos : « La plus libérale des démocraties actuelles est bien plus absolue que la monarchie dite absolue ». L’Etat moderne intervient énormément dans la vie des citoyens et son contrôle ne cesse de s’étendre.

  Cet article doit beaucoup à l’ouvrage de Jean Sévillia : Historiquement correct.

 

 

11 octobre 2015

L'encyclique CARITAS IN VERITATE de BENOIT XVI

 

Synthèse de Caritas in veritate  (La charité dans la vérité) :

 La troisième encyclique de Benoît XVI, une encyclique sociale, est parue le 29 juin 2009. Son objet principal, comme l’indique le sous-titre, est le DEVELOPPEMENT HUMAIN INTEGRAL. L’idée directrice du Saint-Père est que ce développement est fondé à la fois sur la CHARITE et sur la VERITE sur l’homme. Ce sont des exigences qui doivent être prises en compte sur le plan politique et sur le plan économique. La MONDIALISATION étant devenue un fait, c’est aussi sur ce plan que veut se situer le Pape. Elle est une opportunité pour corriger les dysfonctionnements de l’économie et certains déséquilibres sociaux. Les problèmes de notre temps créent une occasion favorable pour entreprendre une réflexion approfondie sur le sens de l’économie et sur ses finalités.

   Ainsi qu’il le rappelle, à la suite du Concile Vatican II, l’Eglise « n’a pas de solution technique à offrir » mais « elle a une mission de vérité à remplir en faveur d’une société à la mesure de l’homme, de sa dignité et de sa vocation » (n°9). Cela justifie pour elle, d’une part l’élaboration d’une DOCTRINE SOCIALE pour orienter l’action et, d’autre part, une réelle liberté pour exercer un rôle public au-delà de ses activités caritatives et éducatives. Le Pape insiste sur le caractère permanent de cette doctrine qui intègre aussi au cours du temps des éléments nouveaux. Il se réfère particulièrement à la lettre encyclique de Paul VI, POPULORUM PROGRESSIO (1967) dont il célèbre par sa propre encyclique le quarantième anniversaire, certes avec deux années de retard, puisqu’il a tenu à en reporter la publication notamment pour prendre en compte la situation nouvelle produite par la crise financière et ses différents prolongements.

   « La charité est la voie maîtresse de la Doctrine sociale de l’Eglise. » (n°2) énonce t-il d’emblée. « Cependant, ce n’est que dans la vérité que l’amour resplendit. Dépourvu de vérité, l’amour bascule dans le sentimentalisme » et devient ainsi « la proie des émotions et de l’opinion. » (n°3). L’amour dans la vérité demande d’abord et avant tout de connaître et de comprendre l’homme dans toutes ses dimensions, corporelle et spirituelle, naturelle et culturelle, personnelle et sociale. L’encyclique éclaire ainsi peu à peu toutes les dimensions de l’homme pour établir des liens avec le développement authentique et plénier de la personne humaine.

   Le lien le plus fondamental est celui qui relie l’homme à Dieu : Amour et Vérité. La connaissance de ce lien apporte une vision TRANSCENDANTE de la personne. Elle permet de reconnaître en lui « l’image de Dieu. » et fonde ainsi sa DIGNITE inviolable. Dieu est le garant du véritable développement de l’homme. Il suscite en lui la soif d’être plus (n°29).

   La reconnaissance de Dieu créateur conduit l’homme à recevoir la NATURE et sa propre nature comme un don dont il importe de respecter les exigences propres. « La VOCATION elle-même des personnes et des peuples au développement est inscrite dans un dessein qui nous précède et qui constitue pour chacun de nous un devoir à accueillir librement. Ce qui nous précède et nous constitue, l’Amour et la Vérité, nous indique ce qu’est le bien et en quoi consiste notre bonheur. Il nous montre donc la route qui conduit au véritable développement. » (n°52).

   A l’opposé, l’idéologie technocratique qui  absolutise le progrès technique en lui confiant la totalité du processus du développement créé une séparation entre le progrès et son évaluation morale et donc la responsabilité de l’homme lui-même (n°14). « L’humanisme qui exclut Dieu est un humanisme inhumain. » (n°78) car il éloigne l’homme de sa nature et de sa vocation. Les questions suscitées en bioéthique manifestent bien que la « question fondamentale est de savoir si l’homme s’est produit lui-même ou s’il dépend de Dieu. » (n°74).

   La majeure partie de l’encyclique est consacrée à l’impact de la réalité économique sur le progrès humain. Benoît XVI aborde les difficultés des pays pauvres mais aussi certaines évolutions contestables des pays riches. « La conviction de l’exigence d’autonomie de l’ECONOMIE qui ne doit pas tolérer d’influences de caractère moral a conduit l’homme à abuser de l’instrument économique y compris de façon destructrice. » (n°34). « La sphère économique doit être structurée et organisée institutionnellement de façon ETHIQUE. » (n°36). Cette exigence s’applique aussi au « système financier tout entier » qui « doit être orienté vers le soutien d’un développement véritable » et « aux opérateurs financiers » qui « doivent redécouvrir le fondement éthique de leur activité. » (n°65).

   La visée exclusive du profit peut avoir des effets délétères sur les hommes et les peuples. Divers problèmes sont évoqués. La baisse de la souveraineté et du pouvoir politique des Etats en raison du nouveau contexte commercial et financier (n°24). L’affaiblissement des réseaux de protection sociale en contrepartie de la recherche de compétitivité sur le marché mondial (n°25). La mobilité du travail lorsqu’elle créé des difficultés à construire un parcours personnel cohérent dans l’existence (n°25). L’uniformisation des comportements et des styles de vie au détriment des cultures et des identités (n°26). Les nouvelles formes de colonialisme et de dépendance (n°33). La faim (n°27) La question du respect de la vie (n°28). La baisse préoccupante de la natalité dans un nombre grandissant de pays (n°44). La maîtrise responsable de la nature (n°50). Les problématiques énergétiques et la redistribution planétaire (n°49)…Bien d’autres sujets sont encore abordés.

   Face à tous ces constats, l’encyclique rappelle que « c’est l’homme qui est l’auteur, le centre et la fin de toute la vie économique et sociale » (n°25,47) et demande « une nouvelle réflexion globale sur le développement » (n°23) ainsi que l’adoption de « nouveaux styles de vie » (n°51).

    Sans remettre en cause l’économie de marché, Benoît XVI montre qu’il y a grand avantage pour la société humaine à la purifier et à la compléter par l’idée de SOLIDARITE et plus encore par l’idée de FRATERNITE. Il est possible et souhaitable de favoriser à côté de l’entreprise privée tournée vers le profit et des divers types d’entreprises publiques une économie à objectif social reposant sur les responsabilités individuelles (n°38). La solidarité, en effet, ne peut être déléguée seulement à l’Etat (n°38). « L’être humain est fait pour le DON. » (n°34). « Si le développement économique, social et politique veut être authentiquement humain, il doit prendre en considération le principe de GRATUITE comme expression de fraternité (n°34). Ainsi l’homme accomplit sa nature profonde et humanise la société.

   Le Saint Père appelle à une « réforme urgente de l’ONU et de l’architecture économique et financière internationale » (n°67) et à  la mise en place d’une véritable « autorité politique mondiale » (n°67). « Que soit institué un degré supérieur d’organisation à l’échelle internationale de type SUBSIDIAIRE pour la gouvernance de la mondialisation et que soit finalement mis en place un ordre social conforme à l’ordre moral » (n°67). Cela est possible car « de multiples et singulières convergences éthiques se trouvent dans toutes les cultures ». « Elles sont l’expression de la même nature humaine ». « LA LOI MORALE UNIVERSELLE qui en découle est le fondement solide de tout dialogue culturel » (n°59).

   Deux grandes idées peuvent finalement résumer l’encyclique. « Il n’y a pas d’humanisme vrai, s’il n’est pas ouvert à l’absolu. » (n°16) et « A l’origine du sous-développement, il y a un manque de fraternité » (n°19).

    Pour conclure, laissons encore la parole au Saint-Père : « Le développement suppose une attention à la vie spirituelle, une sérieuse considération des expériences de confiance en Dieu, de fraternité spirituelle dans le Christ, de remise de soi à la Providence et à la Miséricorde divine, d’amour et de pardon, de renoncement à soi-même, d’accueil du prochain, de justice et de paix. Tout cela est indispensable pour transformer les « cœurs de pierre » en « cœurs de chair » (Ez. 36,26), au point de rendre la vie sur terre « divine » et, par conséquent, «  plus digne de l’homme. » (n°79).