28 août 2018

DE L'IMPORTANCE DE FAIRE SILENCE ET DE SE RECUEILLIR AVANT LE DEBUT DE LA MESSE

L’Eucharistie est « la source et le sommet de la vie chrétienne » (Vatican II, LG n°11). Pour le croyant, c’est un moment extraordinaire, « un coin du ciel qui s’ouvre sur la terre » dit Jean-Paul II (EE n°19). Aller à la messe, c’est aller à la rencontre de Dieu. Il s’agit d’une rencontre où Celui-ci parle à l’homme, d’une rencontre où Il le visite, d’une rencontre où chacun est appelé à vivre une union intime, un cœur à cœur. Tout au long de la messe, Dieu est à l’œuvre pour nous éclairer, nous élever, nous purifier, nous réchauffer, nous donner sa vie, nous transformer en son amour.

Un tel événement justifie une attention et une préparation toute particulière. C’est avec un cœur brûlant d’amour tout orienté vers Dieu que nous devrions entrer dans l’église. N’est-ce pas l’Amour qui nous attend ?

Le désir de nous préparer à cette rencontre peut nous amener à nous rendre à l’église un peu avant le début de la messe. Nous avons besoin, en effet, d’un peu de temps pour chercher le Seigneur et nous présenter à Lui. Il est utile de faire le ménage dans son imagination et parfois nous arrivons aussi avec notre fardeau ou notre péché qu’il est bon de déposer. L’église et son architecture nous aide à nous tourner vers Dieu avec tout ce qu’elle expose à notre regard et qui nous parle de Lui : la croix, l’autel, les vitraux, les saints, un tableau … Par contre, l’écran, cet objet technique géant, situé au-dessus du chœur dans certaines églises, en s’imposant et en captant le regard devient mécaniquement écran, rival et obstacle pour celui qui cherche Dieu en s’aidant de ses yeux.

Au cours de la messe, nous avons à nous tourner vers Dieu de tout notre coeur et de toute notre âme. Successivement nous sommes appelés à louer Dieu, à nous reconnaître pécheur, à glorifier Dieu, à écouter Sa parole, à nous offrir, à nous unir, à rendre grâces.

La préparation à ce grand moment de rencontre demande que l’on prenne les moyens d’ouvrir son cœur. Pour y parvenir, nous avons besoin d’un silence intérieur qui lui-même n’est possible que par le silence extérieur. Or, aujourd’hui, cela est malheureusement devenu impossible car l’habitude s’est développée depuis pas mal d’années de parler dans les églises avant le commencement de la messe et de parler à voix haute comme on le fait avant un spectacle ou sur la place du marché. Les bavardages et les déplacements pour se saluer et échanger produisent un brouhaha bruyant qui rend impossible le recueillement nécessaire à la prière. Même si on prend une attitude de recueillement, même si on s’agenouille, rien n’y fait. Le bavardage est tellement banalisé qu’il est devenu la normalité et c’est celui qui essaye en vain de prier qui paraît anormal. L’habitude est tellement ancrée et tellement répandue que personne ne fait attention à celui qui prie. Comment expliquez cela : ignorance, indifférence, sans gêne ? On a oublié qu’il y a un temps et un lieu pour chaque chose. L’église n’est pas le lieu des bavardages et des mondanités, mais le lieu de la prière et de la rencontre avec Dieu et cela encore plus lorsqu’une messe va avoir lieu.

Le Pape François s’est exprimé sur ce sujet au cours de l’Audience Générale du 15/11/2017 : « Quand nous allons à la messe, peut-être arrivons-nous cinq minutes à l’avance et commençons-nous à bavarder avec celui qui est à côté de nous. Mais ce n’est pas le moment de bavarder : c’est le moment du silence pour nous préparer au dialogue. C’est le moment de se recueillir dans son cœur pour se préparer à la rencontre avec Jésus. Le silence est très important ! Nous n’allons pas à un spectacle, nous allons à la rencontre du Seigneur et le silence nous prépare et nous accompagne. Rester en silence avec Jésus. Et du mystérieux silence de Dieu jaillit sa Parole qui résonne dans notre cœur. » Dans la Présentation Générale du Missel Romain on peut lire la demande suivante : « Déjà avant la célébration elle-même, il est bon de garder le silence dans l’église, à la sacristie et dans les lieux avoisinants, pour que tous se disposent à célébrer les saints mystères avec cœur » (PGMR n°45).

Peut-être avons-nous perdu le sens de ce que nous célébrons ? François nous rappelle alors l’essentiel : « La messe est le mémorial du mystère pascal du Christ. Elle nous rend participants de sa victoire sur le péché et la mort et donne sa pleine signification à notre vie … L’Eucharistie nous conduit toujours au sommet de l’action du salut de Dieu. Le Concile Vatican II affirme : Chaque fois que le sacrifice de la croix, par lequel le Christ, notre agneau pascal, a été immolé, est célébré sur l’autel, l’œuvre de notre rédemption s’effectue … Chaque célébration de l’Eucharistie est un rayon de ce soleil sans couchant qu’est Jésus ressuscité. Participer à la messe, en particulier le dimanche, signifie entrer dans la victoire du Ressuscité, être éclairés par sa lumière, réchauffés par sa chaleur. À travers la célébration eucharistique, l’Esprit Saint nous rend participants de la vie divine qui est capable de transfigurer tout notre être mortel. À la messe, nous sommes avec Jésus, mort et ressuscité, et il nous entraîne vers la vie éternelle. À la messe, nous nous unissons à lui. Ou plutôt, le Christ vit en nous et nous vivons en lui … Si nous le recevons avec foi, nous aussi nous pouvons vraiment aimer Dieu et notre prochain, nous pouvons aimer comme il nous a aimés, en donnant sa vie. Si l’amour du Christ est en moi, je peux me donner pleinement à l’autre … Quand nous allons à la messe, c’est la même chose que si nous allions au calvaire. Quand nous entrons dans une église pour célébrer la messe, pensons à cela : j’entre au calvaire où Jésus donne sa vie pour moi. Et ainsi, le spectacle disparaît, les bavardages disparaissent, les commentaires et ce genre de choses qui nous éloignent de cette chose si belle qu’est la messe, le triomphe de Jésus. La messe, c’est revivre le calvaire, ce n’est pas un spectacle. » (AG du 22/11/2017)

Ces dernières décennies, dans nos assemblées, l’humain a pris le dessus sur le divin et cela est préjudiciable spirituellement. Certes, nous allons aussi à l’église pour rencontrer des amis, des frères et la charité doit s’exercer à l’égard du prochain. Mais, il ne faut pas inverser l’ordre des choses. Personne n’est la Source de l’Amour. Et c’est en buvant de toute son âme à la Source qu’est Jésus que nous progresserons dans l’amour. Il est donc clair que nous devons donner la priorité à Dieu. Plus notre cœur sera saisi et purifié mieux nous aimerons. Nous avons ensuite toute la semaine pour nous retrouver et échanger et cela peut commencer sur le parvis de l’église à la sortie de la messe.

Nous devons penser à nos prêtres. Eux aussi ont besoin de demeurer dans un certain silence pour rester uni au Christ et se préparer à célébrer dignement, à nous enseigner, à être instrument docile de l’Esprit-Saint et témoin de son Amour miséricordieux. Le brouhaha qui règne dans les églises avant le commencement de la messe ne les aide pas dans leur propre recueillement.

Nous devons penser tout autant à ceux qui sont de passage, à ceux qui sont en recherche. Il y a peut-être des personnes éloignées de l’Eglise dans nos assemblées et qui ressentent comme un appel de Dieu à l’intérieur d’elles-mêmes. Nous devons alors nous interroger sur le contre-témoignage que peut constituer notre désinvolture face à ce qui est sacré et face aux mystères de notre foi. N’oublions pas également les enfants qui observent. Par notre attitude, nous leur suggérons des pensées qui peuvent les éloigner ou les rapprocher de Dieu. Je me souviens avoir été impressionné au cours d’une messe lorsque j’étais enfant par un homme d’une grande taille qui priait debout en gardant les yeux fermés. J’avais été profondément édifié par ce signe visible d’une personne qui priait et qui apportait ainsi un témoignage de foi. Dans l’assemblée, Il peut y avoir aussi des esprits sincèrement critiques et sceptiques qui se posent légitimement des questions  sur ce qu’ils perçoivent de notre foi et de notre spiritualité. Il y a les personnes d’origine musulmane de plus en plus nombreuses dans notre pays. Elles ont un sens du sacré et de la transcendance souvent plus développé que nous. Parmi elles, certaines éprouvent un attrait pour Jésus-Christ et pour un Dieu plus proche et plus intime. Il y a tous les incroyants. Quel spectacle leur donnons-nous lorsque nous nous agitons ainsi avant de célébrer la gloire de Dieu et les plus grands mystères de notre foi ? De quoi témoignons-nous ? Est-ce Dieu ou l’humain qu’ils voient dans nos églises ?


07 septembre 2017

POUR QUE LE BENEDICITE SOIT VRAIMENT UNE PRIERE

  Un certain nombre de patrouilles dans le scoutisme ont pris l’habitude de dire le bénédicité à toute vitesse sans aucun recueillement. Tout d’abord, le signe de croix avant et après est tracé très rapidement. Ensuite, le chant fait penser à une cavalcade. Enfin, le signe de croix à peine achevé, c’est déjà la nourriture qui est en ligne de mire comme s’il fallait exécuter le plus vite possible la prière pour servir le premier plat sans perdre un instant.

  Pourtant, les scouts et les guides connaissent la devise de Jeanne d’Arc : « Messire Dieu, premier servi » et aussi celle-là : « A tout Seigneur, tout honneur ». Si c’est vraiment le Seigneur à qui on s’adresse, alors cela mérite que l’on prenne son temps.

  Il s’agit d’être cohérent avec le véritable sens du bénédicité : se mettre en présence du Seigneur pour que celui-ci soit présent parmi nous tout au long du repas et spécialement dans nos échanges. Le bénédicité ne doit pas être réduit à un simple rituel que l’on pratique mécaniquement. Nous devons y mettre tout notre cœur. Sinon à quoi bon … ?

  Pensons également au témoignage que l’on apporte s’il y a un invité à notre table. Prendre du temps pour dire un bénédicité est un signe de notre foi. Mais que va penser l’invité s’il nous voit expédier ce petit temps sans aucune intériorité ? S’il n’est pas croyant, il trouvera cela peut-être bien superficiel et il y a peu de chance que cela le touche. S’il est croyant et qu’il s’apprête à le vivre comme une prière, il sera brusqué par la rapidité et peut-être même un peu meurtri dans son cœur de ne pas avoir pu prier.

  Comment y parvenir ? Tout d’abord se recueillir  quelques secondes pour permettre à chacun de faire le vide en lui afin de se tourner réellement vers le Seigneur. Ensuite, prendre le temps de faire un beau signe de croix comme la Vierge l’a demandé aux enfants à l’île Bouchard. Le signe de croix est lui-même déjà une prière et non un simple geste mécanique. Chanter alors paisiblement et non au galop. Faire le deuxième signe de croix comme le premier. Enfin, ne pas se précipiter sur la nourriture, mais demeurer dans le Seigneur et ouvert aux frères et sœurs qui nous entourent. Un bénédicité digne de ce nom peut modifier l’esprit et le cours d’un repas. Essayons, cela en vaut la peine !

  Bien évidemment, tout cela concerne aussi les grâces à la fin du repas.

  Et maintenant bon appétit !

28 décembre 2016

PEUT-ON IMPOSER LA COMMUNION DANS LA MAIN ?

 

J’aurais préféré ne pas avoir à aborder ce sujet, mais j’ai été confronté plusieurs fois, au cours de célébrations, à des incitations, voire des contraintes, pour communier dans la main. Bien sûr, la contrainte n’est pas brutale. Elle se fait indirectement, subrepticement, par divers artifices, mais il est manifeste qu’il existe une volonté chez certains pasteurs d’amener les fidèles à la seule communion dans la main. 

Voici quelques exemples : 

1)    Utilisation de l’autorité de St Cyrille de Jérusalem pour nous dire que ce père de l’Eglise nous commande de communier dans la main. En réalité, l’intention de St Cyrille était d’inviter au respect : «  Fais de ta main un trône pour recevoir le Roi. »

2)    Utilisation d’un pain fabriqué par le boulanger avec levain et découpage de  ce pain en grosses bouchées, obligeant à se servir de ses doigts pour enfoncer le morceau dans sa bouche. Après l’Eucharistie, je pus observer qu’une grande quantité de miettes était éparpillée sur la table. Cependant, dans la Présentation générale du Missel romain, au n°282, il est dit que le pain destiné à la célébration de l’Eucharistie doit être de froment et, selon l’usage séculaire de l’Eglise latine, sans levain.

3)    Consigne demandant d’attendre que chaque communiant ait l’hostie dans sa main pour que tous communient en même temps.

4)    Distribution de l’hostie dans la main, au cours d'une retraite, à tous les couples, mariés ou fiancés, pour qu’au signal l’homme donne lui-même la communion à la femme et réciproquement.

5)    Après avoir rassemblé les fidèles en cercle autour de l’autel, le prêtre fait circuler la patène, puis le calice, chacun se servant lui-même au passage et faisant ensuite passer à son voisin. Pourtant, dans l’Instruction Inaestimable donum, au n°9, il est rappelé qu’ « il n’est pas permis aux fidèles de prendre eux-mêmes le pain consacré et le calice, et encore moins de se les transmettre les uns aux autres. »

6)    Retraites de communion où on ne présente pas aux enfants la possibilité de la communion dans la bouche.

7)    Communion par intinction, où il est imposé au fidèle de tremper lui-même l’hostie dans le calice. Cependant, selon Pierre-Marie Delfieu, fondateur des fraternités monastiques de Jérusalem, les textes sont on ne peut plus nets à ce sujet : « Le prêtre trempe dans le calice une partie de l’hostie et, en élevant celle-ci, dit : le corps et le sang du Christ. Le communiant répond : Amen, reçoit du prêtre la communion et se retire ». En aucun cas, nulle part, il n’est dit que ce sont les fidèles eux-mêmes qui font le geste de tremper l’hostie dans le calice. Souvent, dans cette façon de faire, la personne qui veut communier dans la bouche, se trouve exclue de la communion sous les deux espèces, parce qu’on n’envisage pas de boire à la coupe sans avoir à tremper l’hostie. C’est pourtant la manière normale et recommandée de communier au Sang du Christ. Le Christ n’a pas dit : « prenez et trempez », mais « prenez et mangez », puis « prenez et buvez ».

8)    Utilisation de chants comme « Entre nos mains » qui, malgré leur beauté, mettent plus ou moins en porte-à-faux celui qui veut communier dans la bouche.

9)    Insistance de certains prêtres à vouloir mettre l’hostie dans la main, alors qu’on avance vers eux en indiquant clairement que l’on a l’intention de communier dans la bouche.

10)  Maladresse visiblement volontaire de tel prêtre au moment de mettre l’hostie dans la bouche, comme pour faire comprendre que cette façon de communier est problématique. 

Cette question n’est pas anodine. 

Ces exemples ne sont pas rien, car la communion est un moment de grande intensité, où chacun est appelé à vivre un cœur à cœur avec Dieu. L’officiant doit s’effacer et s’en tenir aux règles de l’Eglise. Il ne doit pas intervenir dans cet acte d’amour qui est personnel et libre. Il doit favoriser la paix, l’unité et l’esprit de communion et éviter au contraire ce qui est source de trouble, de division et même de blessure. Les exemples cités précédemment sont très inégaux, mais certains mettent douloureusement mal à l’aise et introduisent une souffrance là où on attendait la joie. 

Le Pape nous invite à l’unité 

« Il me tient surtout à cœur de souligner que les problèmes de la liturgie, et en particulier de la liturgie eucharistique, ne peuvent pas être une occasion de division pour les catholiques et de menace pour l’unité de l’Eglise. C’est exigé par la compréhension élémentaire de ce sacrement, que le Christ nous a laissé comme source d’unité spirituelle. Et comment l’Eucharistie, qui est justement dans l’Eglise « sacramentum pietatis, signum unitatis, vinculum caritatis » (sacrement de la piété, signe de l’unité, lien de la charité), pourrait-elle constituer en ce moment, entre nous, un point de division et une source de divergences de pensées et de comportements, au lieu d’être le centre focal et constitutif, qu’elle est vraiment par essence, de l’unité de l’Eglise elle-même ?

Nous sommes tous pareillement débiteurs envers notre Rédempteur.Tous ensemble, nous devons prêter l’oreille à l’Esprit de vérité et d’amour qu’Il a promis à l’Eglise, et qui agit en elle. « Au nom de cette vérité et de cet amour, au nom du Christ crucifié lui-même et de sa Mère, je vous prie et je vous adjure d’abandonner toute opposition et toute division : soyons tous unis pour cette grande mission salvifique, qui est en même temps le prix et le fruit de notre rédemption. » Le Siège Apostolique fera tout son possible pour rechercher, même à l'avenir, les moyens susceptibles d'assurer l'unité dont nous parlons. Que chacun évite, par sa manière propre d'agir, de contrister l'Esprit Saint ! »

Jean-Paul II (Lettre à tous les évêques sur le mystère et le culte de la Sainte Eucharistie du 24/02/1980, DC n°1783 p.310-311) 

Un principe doit nous guider 

« Le gouvernement de la liturgie dépend uniquement de l’autorité de l’Eglise […] C’est pourquoi absolument personne, pas même le prêtre, ne peut de son propre chef ajouter, enlever ou changer quoi que ce soit dans la liturgie ». (Concile Vatican II, Sacrasanctum concilium, n°22).

Les documents où l’autorité de l’Eglise s’est exprimée : 

-   Concile Vatican II : constitution Sacrasanctum concilium 

-   Congrégation pour le Culte divin : Instruction  Memoriale Domini  du 29/05/1969.

-   Lettre du cardinal Gut, préfet de la congrégation pour le culte divin aux évêques de France, du 06/06/1969, D.C. n°1551, p. 1048.

-   Instruction de la congrégation pour le culte divin Sacramentali communione  sur une plus large faculté d’administrer la communion sous les deux espèces, du 29/06/1970.

-   Congrégation pour le Culte divin : IIIe instruction pour l’application exacte de la constitution pour la liturgie, Liturgicae instaurationes  du 05/09/1970.

« On n’admettra pas que les communiants se passent le calice pour y prendre le Sang du Christ. Dans ce cas, on préfèrera la communion par mode d’intinction » : « En ce cas, celui qui communie doit recevoir le Sacrement de la part du prêtre uniquement dans la bouche ».  Redemptionis Sacramentum  de mars 2004 

-   Congrégation pour la discipline des Sacrements : Instruction Immensae caritatis pour rendre plus faciles les possibilités d’accès à la communion sacramentelle dans certaines circonstances, du 29/01/1972.

-   Jean-Paul II : Lettre aux évêques sur le mystère et le culte de la Sainte Eucharistie, Dominicae Cenae du 24/02/1980, D.C. n°1783, p. 308

-   Congrégation pour les Sacrements et le Culte divin : Instruction Inaestimabile donum sur les quelques normes relatives au culte du mystère eucharistique, du 03/04/1980. 

La communion dans la bouche reste la règle pour l’Eglise universelle 

On ignore que ce n’est pas l’Eglise elle-même qui a voulu la communion dans la main. Elle a été mise devant le fait accompli dans certains pays, dont la France. Pour éviter des tensions supplémentaires, dans la tourmente de l’après-concile, elle a permis cette pratique sans en faire pour autant un droit au niveau de l’Eglise universelle. Le cardinal Gut écrivait dans sa lettre au Président de la conférence épiscopale française : « beaucoup de prêtres ont fait ce qui leur plaisait en matière liturgique. Ils se sont imposés. Ces initiatives prises sans autorisation, on ne pouvait plus, bien souvent, les arrêter. Dans sa grande bonté et sa sagesse, le Saint Père a alors cédé souvent contre son gré. » 06/06/1969, D.C. n°1551, p.1048. Le cardinal explique ensuite qu’il s’agit d’une « possibilité » (n°3) et d’une « concession » (n°7) et non d’une règle nouvelle. 

Il est donc faux de dire que l’Eglise universelle est revenue à la pratique de la communion dans la main. Elle garde une préférence pour la communion dans la bouche, qui reste la loi et un droit pour tout baptisé, alors que la communion dans la main est seulement une permission accordée aux Eglises particulières, notamment là où le nouvel usage a été imposé. 

Pour connaître plus précisément la position du Magistère sur ce sujet, on se réfèrera à la consultation des évêques par le pape Paul VI et à l’Instruction Memoriale Domini qui donne les raisons de cette préférence (voir l'article :  Pourquoi en 1978, je suis revenu à la communion dans la bouche ? ). 

La communion dans la main ne peut être imposée 

Le pape Jean-Paul II a abordé ce problème dans la lettre aux évêques pour le Jeudi Saint, Dominicae cenae du 24/02/1980 : « En certains pays est entrée en usage la communion dans la main. Cette pratique a été demandée par des Conférences épiscopales particulière, et elle a obtenu l’approbation du Siège apostolique. Il m’arrive cependant d’entendre parler de cas de regrettables manques de respect à l’égard des espèces eucharistiques, manquements qui pèsent non seulement sur les personnes coupables d’un tel comportement, mais aussi sur les pasteurs de l’Eglise [...] Il advient même parfois que l’on ne tienne pas compte du libre choix et de la libre volonté de ceux qui, là où a été autorisée aussi la distribution de la communion dans la main, préfèrent s’en tenir à l’usage de la recevoir dans la bouche. » (n°11)

La Congrégation pour le Culte divin, en 1999, précise : « Il ressort clairement des documents du Saint-Siège que, dans les diocèses où le pain eucharistique est déposé dans les mains des fidèles, le droit reste entier pour ceux-ci de le recevoir sur la langue. Ceux qui obligent les communiants à recevoir la sainte communion dans les mains dans les diocèses  qui ont cet indult agissent donc contre le règle ... Que tout le monde se rappelle, en tout cas, que la tradition séculaire est de recevoir l'hostie sur la langue.» Notitiae n°392-393-1999

 

 

12 décembre 2016

POURQUOI SUIS-JE REVENU A L'AGE DE 22 ANS A LA COMMUNION DANS LA BOUCHE ?

 

Il ne s’agit pas de pharisianisme

Le pharisianisme consiste à mettre exagérément l’accent sur la conduite extérieure tout en négligeant l’attitude intérieure. Le pharisien juge les pratiques et ne prend pas en compte le cœur. Il agit conformément à des prescriptions, mais il ne se convertit pas vraiment. Il se fixe sur des attitudes qu’il est prompt d’ailleurs à vouloir imposer. Il peut être conservateur ou progressiste, comme ce prêtre qui refusait de me confesser si je restais à genoux. Le pharisianisme se coupe de l’essentiel.

Qu’est-ce qui est essentiel dans la communion ?

La messe est la rencontre la plus bouleversante qui soit. L’homme rencontre Dieu. C’est un acte sacré marqué par le sacrifice eucharistique et la présence réelle du Corps et du Sang du Christ, et donc du Christ lui-même dans l’Eucharistie.

Le moment de la communion est particulièrement privilégié, car c’est celui où chacun peut recevoir durant quelques minutes cette présence de Dieu pour un temps de cœur à cœur et d’intimité. Les gestes ont leur importance, mais l’essentiel n’est pas de communier dans la bouche ou dans la main. L’essentiel est dans l’attitude de l’âme et de tout le corps. L’hôte divin doit être accueilli de façon digne et humble, avec respect et amour. Cette attitude porte le nom de piété eucharistique. Il s’agit d’un culte d’adoration. Elle se prolonge après la communion par l’action de grâces.

On a trop réduit l’Eucharistie à un repas et évacué ou perdu de vue la dimension du sacrifice et du sacré. Telle est cependant la foi de l’Eglise : « l’Eucharistie est surtout un sacrifice. » (Jean-Paul II, lettre Dominicae Cenae  à tous les évêques sur le mystère et le culte de la Sainte Eucharistie, 24/02/1980).

Valeur de la communion dans la main

Mon propos n’est nullement de prendre position contre la communion dans la main. D’ailleurs, je reconnais volontiers que le geste de la main tendue, posée sur l’autre main comme sur un trône – lorsque cela est bien fait -  peut être beau à contempler. La main symbolise également beaucoup de choses de portée hautement spirituelle : ouverture du cœur, travail des hommes, relation avec les autres … Je pense aussi aux prêtres qui trouvent plus facile et plus agréable de déposer l’hostie dans la main plutôt que dans la bouche.

Pourquoi j’ai changé ma façon de communier ?

Enfant, j’avais d’abord communié dans la bouche. En 1964, c’était l’usage. Puis je suis passé, comme tous les paroissiens de mon village, à la communion dans la main, comme on nous y encourageait. Plus tard, comme la plupart des jeunes, j’ai connu une période de difficulté par rapport à la foi. Je croyais en Dieu, mais j’avais du mal à le trouver. C’était de 1972 à 1976. Le prêtre que j’interrogeais ne voulait pas satisfaire ma soif de vérité et m’expliquait que tout dépendait de l’angle par lequel je regardais les choses. Tout était question de perspective. Il me proposait une vision de la vérité relativiste et subjectiviste. J’étais renvoyé à moi-même. Les réponses que je recevais avaient pour caractéristique de remettre en cause l’Eglise d’hier et incitaient à rompre avec le passé. J’ai crié vers le ciel pour retrouver le chemin de la foi.

C’est auprès d’étudiants et d’enseignants à la Faculté Libre de Philosophie Comparée que ma prière a été exaucée. J’ai été frappé par la foi, la charité, l’espérance et la joie qui se dégageaient de cette communauté de travail. Ils avaient un sens très développé du sacré. A leur contact, je redécouvrais la présence de Dieu et l’amour de l’Eglise. Au début, j’étais étonné de voir qu’un nombre important de ces jeunes communiaient dans la bouche. Plus ma foi s’approfondissait, plus je comprenais l’immensité de ce don qu’est l’Eucharistie. Cette prise de conscience m’amena à une attitude plus humble. Il m’apparu plus conforme au saint mystère de recevoir l’hostie des mains du prêtre qui est comme un autre Christ, que de la prendre moi-même. Cette façon de communier exprimait mieux, à mon avis, la réalité d’un don que l’on reçoit comme un enfant et manifestait plus parfaitement le respect que l’on doit à l’Eucharistie.

La position du Magistère

Ce sujet du mode de réception était souvent l’objet de discussions. J’ai voulu connaître la pensée authentique de l’Eglise. J’ai appris que le Magistère s’était prononcé. D’abord, contrairement à ce que dit Théo, la communion dans la main n’a pas été remise en vigueur au concile Vatican II. Le concile n’a rien décidé du tout à cet égard. Cette pratique s’est développée en dehors de toute autorisation.

En 1969, les évêques du monde entier, « ceux que l’Esprit Saint a constitués intendants pour gouverner les Eglises » (M.D.), ont été consultés par le pape Paul VI. Le résultat fut « Une forte majorité d’évêques – 1233 pour, 882 contre, dont 315 avec réserves – estiment que rien ne doit être changé à la discipline actuelle » (M.D). Le Pape fit alors publier l’Instruction Memoriale Domini  (29 mai 1969) par la Congrégation pour le Culte divin.

Voici quelques extraits :

« Compte tenu de la situation actuelle de l’Eglise dans le monde entier, cette façon de distribuer la sainte communion doit être conservée, non seulement parce qu’elle a derrière elle une tradition multiséculaire, mais surtout parce qu’elle exprime le respect des fidèles envers l’Eucharistie […]

Ce respect exprime bien qu’il s’agit non pas d’un pain et d’une boisson ordinaires, mais du Corps et du Sang du Seigneur par lesquels le peuple de Dieu participe aux biens du Sacrifice pascal […] De plus, cette façon de faire qui doit déjà être considérée comme traditionnelle, assure plus efficacement que la sainte communion soit distribuée avec le respect, le décorum et la dignité qui lui conviennent, que soit écarté tout danger de profanation des espèces eucharistiques […] et qu’enfin soit attentivement respecté le soin que l’Eglise a toujours recommandé à l’égard des fragments de pain consacré […]

Le souverain pontife n’a pas pensé devoir changer la façon traditionnelle de distribuer la sainte communion aux fidèles. Aussi, le Saint Siège exhorte-t-il vivement les évêques, les prêtres et les fidèles à respecter attentivement la loi toujours en vigueur et qui se trouve confirmée de nouveau, en prenant en considération tant le jugement émis par la majorité de l’épiscopat catholique que la forme utilisée actuellement dans la sainte liturgie, et enfin le bien commun de l’Eglise. »

Une pratique qui s’est imposée par la désobéissance

Je compris alors que la communion dans la main avait été introduite en France et en d’autres pays dans un esprit de rupture avec le passé. Les fidèles avaient été manipulés au nom du concile Vatican II, au nom du changement.

Le document déjà cité précisait que « dans certains endroits et dans certaines communautés, cette façon de faire est pratiquée bien que le Saint Siège n’ait pas encore donné l’autorisation demandée. » Il existe malheureusement d’autres exemples de ce type. Je n’avais aucune envie de participer à cette désobéissance organisée et cela me conforta dans mon choix.

Autres problèmes posés par la communion dans la main

Enfin, d’autres motifs me persuadèrent par la suite que cette façon de communier présentait des risques non négligeables : mains sales, maladresse personnelle, mauvaise vue ne permettant pas de recueillir avec soin et exactitude les moindres parcelles, risque plus grand que des fragments se détachent, fléchissement du respect, notamment chez les enfants (combien de fois ai-je été témoin d’enfants embarrassés avec l’hostie dans leur main, la regardant amusé, refermant leur main dessus, jetant des regards au copain d’à côté, discutant, repartant avec), attitudes déplacées de certains adultes, emmenant par exemple l’hostie avec eux tout en la couvrant de baisers …

L’Eglise permet mais n’encourage pas la communion dans la main

L’Eglise a accordé la communion dans la main, parce qu’elle a été mise devant un fait accompli dans certains pays. Son intention n’est pas que la communion dans la main se substitue à la communion dans la bouche.

Dans l’Instruction Memoriale Domini, on peut lire : «  Mais là où s’est déjà introduit un usage différent […] le Saint Siège, afin d’aider les Conférences épiscopales à accomplir leur tâche pastorale devenue souvent plus difficile dans les circonstances actuelles, confie à ces mêmes Conférences épiscopales la charge et le devoir de peser avec soin les circonstances particulières. » La semaine suivante, le 06/06/1969, la Congrégation pour le Culte divin adressait une lettre aux évêques de France pour dire que la communion dans la main était une permission sous certaines conditions, entre autres qu’il n’y ait jamais obligation de communier ainsi, là où cet usage est autorisé.

Réponse à l’argument de l’ancienneté

La communion dans la main est souvent présentée comme un retour aux sources, à la pratique des premières communautés chrétiennes. Pourtant, ce n’est pas parce qu’une pratique est la plus ancienne qu’elle est la meilleure et la plus adaptée. Si cela était vrai, toute nouveauté serait une régression et tout approfondissement, toute évolution seraient condamnés d’avance. Si les chrétiens sont passés de la communion dans la main à la communion dans la bouche, c’est que l’Eglise y a vu un progrès, progrès que les évêques de l’après-concile ont confirmé.

La pratique de la communion dans la main a été l’étape intermédiaire entre le repas du début, la Cène, et la liturgie codifiée de la suite. D’ailleurs, dès les premiers temps de l’Eglise primitive, par respect pour le Corps du Christ, l’habitude était établie de placer un linge précieux sur la main pour recevoir la sainte eucharistie.

08 janvier 2016

LE RITE DE LA PAIX

  Dans la messe de Paul VI, les fidèles peuvent être invités à transmettre la paix par un geste particulier à la personne la plus proche. Ce geste peut être celui de tendre ses deux mains ou de donner une accolade en inclinant la tête. En l’absence de consignes bien définies, ce geste a pris la forme d’une poignée de main. Ensuite, au fil des années, l’habitude s’est prise de le multiplier avec toutes les personnes qui nous entourent et même davantage. Ce qui ne devait être qu’un moment, intense, mais bref, a pris de l’ampleur. Il est même assez souvent accompagné d’un chant. Le résultat, c’est que ce geste a perdu de son contenu spirituel et de sa véritable saveur. Il arrive fréquemment qu’on le donne à une personne qui ne vous regarde déjà plus parce qu’elle cherche un peu plus loin quelqu’un avec qui elle reproduira le même geste rapide. Cette attitude peut être source d’une vraie blessure dans le cœur dans la mesure où vous vivez profondément ce que vous faites et que c’est bien la Paix du Christ que vous vous apprêtez à donner. Il n’est pas possible, en effet, de transmettre la Paix du Christ si on ne donne que sa main et si le cœur et le regard sont absents. Si je veux  vraiment donner et recevoir la Paix du Christ, alors je prends le temps de le faire avec foi et amour. Le Christ ne se donne pas à moitié. Si je veux être cohérent avec le sens profond de ce rite, je vais l'accomplir de tout mon cœur, de toute mon âme en regardant l’autre, en l’accueillant et en réalisant un beau geste d’amour avec mes mains.

  Au cours du synode sur l’Eucharistie (Oct. 2005), les évêques se sont penchés sur cette question. La proposition 23 dit : « Le salut de paix, dans certains cas, prend un poids qui peut devenir problématique, lorsqu’il se prolonge trop ou suscite même de la confusion précisément avant de recevoir la communion. » La Congrégation pour le Culte Divin et la Discipline des Sacrements a publié  en juin 2014 une circulaire approuvée par le Pape François pour clarifier la signification et la pratique de ce rite. En voici les principaux éléments :

Sens théologique

  « Le signe de la paix se réfère à la contemplation eucharistique du mystère pascal. C’est le baiser pascal du Christ présent sur l’autel. Il est l’expression de l’Eucharistie, sacrement de la paix ». C’est la Paix du Seigneur lui-même qui se communique.

Recommandation

  Benoît XVI, dans l’exhortation post-synodale Sacramentum caritatis, de février 2007 au n°49 : « Il a paru opportun -aux évêques- de modérer ce geste, qui peut prendre des expressions excessives, suscitant un peu de confusion dans l’assemblée juste avant la communion. Une sobriété est nécessaire pour maintenir un climat adapté à la célébration, par exemple en limitant l’échange de la paix avec la personne la plus proche. »

Importance de cette question

  Selon la circulaire, « il s’agit d’un point très important ». Nous sommes invités « à prendre soin de ce rite et à accomplir ce geste liturgique en faisant preuve de sens religieux et avec sobriété ». L’intention est de « mieux exprimer la signification du signe de la paix et à réglementer les expressions excessives qui provoquent la confusion dans l’assemblée liturgique avant la communion ». « Lorsque l’échange de la paix est accompli de la manière qui convient entre les personnes, le sens et l’expression du rite lui-même en sont enrichis ».

   Le document insiste sur la « nécessité de proscrire définitivement certains abus » :

- 1 « L’introduction d’un chant pour la paix ».

- 2 « Pour les fidèles, le fait de se déplacer pour échanger entre eux le signe de la paix ».

- 3 « Pour le prêtre, le fait de quitter l’autel pour donner la paix à quelques fidèles ».

- 4 « Le fait que le geste de la paix soit l’occasion d’exprimer des congratulations, des vœux de bonheur ou des condoléances aux personnes présentes, dans certaines circonstances ».

  Pourquoi une telle sobriété est-elle demandée ?

  Afin de mieux comprendre, replaçons-nous dans le déroulement de la célébration. Nous venons de vivre la prière eucharistique. Celle-ci est offrande, sacrifice, louange, résurrection, rédemption, glorification du Christ. Jésus est là, présent. C’est le sommet et la source de notre vie chrétienne. Cela requiert tout notre cœur et toute notre attention. Vivre en vérité ce moment, c’est être orienté avec tout son être vers la Présence qui est à l’autel. C’est déjà le cœur à cœur de la communion qui se prépare. Chacun va recevoir l’hôte divin. Le sentiment qui s’impose est celui de l’amour et de l’adoration. « Je voudrais raviver cette admiration eucharistique » s’écriait Jean-Paul II dans l’encyclique Ecclesia de Eucharistia de 2003.

  Voilà pourquoi le rite de la paix ne doit pas prendre trop d’ampleur ni dans le temps ni dans l’espace. Il s’agit d’éviter une rupture dans cette démarche du cœur en profonde communion déjà avec la Présence du Christ à l’autel. Il ne doit pas, par son ampleur, nous détourner de la Présence qui est là.

  Pourquoi limiter l’échange de la paix avec la ou les personnes les plus proches ?

  La phrase que l’on est invité à dire est « la Paix du Christ soit avec vous ». Si j’ai vraiment reçu la Paix du Christ par mon voisin, je n’ai pas besoin de la recevoir plusieurs fois. Vouloir multiplier les échanges, c’est faire comme si le premier n’avait pas suffi. Il est préférable de donner la Paix du Christ à une ou deux personnes seulement, avec tout son cœur, en prenant le temps de se regarder, plutôt que de se dépêcher et de bâcler ce geste « sacré » pour passer à une autre personne puis encore à une autre et ainsi de suite. C’est bien la Paix du Christ que nous donnons et non notre propre paix. Le but n’est pas de donner une poignée de main, de se saluer ou d’en rester au témoignage de sa propre affection. A Rimini, en 1990, le cardinal Ratzinger avait dit : « Ce n’est pas d’une Eglise plus humaine dont nous avons besoin mais d’une Eglise plus divine ». Normalement, après avoir partagé avec une ou deux personnes la Paix, le cœur rempli d’amour pour le Christ se tourne alors vers l’autel et ne le quitte plus des yeux jusqu’au moment de la communion.

  Pourquoi le prêtre doit-il demeurer à l’autel ?

  Un commentaire de la Conférence épiscopale américaine (2000) précise qu’il s’agit « de ne pas rompre l’harmonie et l’élan du rite eucharistique ». Les explications précédentes s’appliquent donc autant sinon plus au prêtre lui-même. En outre, il n’est pas convenable et cohérent que la proximité visible, à ce moment-là, entre le Christ et le prêtre soit ainsi brutalement interrompue lorsque celui-ci quitte l’autel et semble ainsi « abandonner » la Présence réelle c’est-à-dire le Christ Lui-même pour échanger à son tour quelques signes de paix dans la nef avec des fidèles. Il est important que l’attention des fidèles ne soit pas détournée de la Présence à l’autel de Celui qui vient si humblement s’offrir à nous. Même si le Prêtre représente le Christ, même s’il est « un autre Christ », en quittant l’autel pour descendre la nef, il attire vers lui les regards et les détourne de la direction où se trouve le Christ. Il y a là comme une contradiction avec ce que la liturgie nous fait vivre en ce moment précis : être tout entier tourné vers le Christ pour se préparer à le recevoir. "Tous, dans la synagogue, tenaient les yeux fixés sur Lui." Luc, 4,20 " Les regards fixés sur Jésus qui est le commencement et le terme de notre foi." Hébreux, 12,2

   Pourquoi ne pas ajouter un chant pour la paix ?

  Toujours pour la même raison. Cela donne de l’ampleur à un moment de la liturgie qui doit demeurer orienté vers la communion. Notre attention ne doit pas être détournée de l’essentiel, c’est-à-dire du Christ Lui-même. Prendre quelques secondes pour se pencher vers son voisin le plus proche et échanger profondément avec lui la Paix du Christ qui nous habite ne provoque pas de rupture dans cette relation privilégiée au Christ si on revient aussitôt vers Lui. Par contre, la multiplication des échanges, peut produire une confusion et nuire à ce moment de grâce en remplaçant finalement ce qui est divin par ce qui est humain. En outre, le chant pour la paix qui ne fait pas partie de la liturgie prend alors la place de l’Agneau de Dieu qui, lui, en fait partie. Or, l’Agneau de Dieu est une prière de miséricorde, belle et simple, qui est faite pour nous préparer à recevoir le don immense de l’Eucharistie en nous aidant à poser un acte d’humilité et de pauvreté. C’est un préjudice spirituel que d’en être privé.

  Une précision à propos de l’usage de ce rite : il s’agit d’un geste optionnel. « On peut l’omettre et, parfois, il doit être omis. »

  Des efforts devront tôt ou tard être entrepris indique la circulaire : « Il serait bon dans l’avenir de changer la manière de donner la paix, de remplacer les gestes familiers et les salutations profanes par des gestes appropriés », « de préparer des catéchèses liturgiques sur la signification du rite de la paix et sur la manière adéquate de l’accomplir ».

  Le document conclut en parlant d’ « un geste humain élevé jusqu’à la sphère du sacré ».