10 mars 2018

L'ANTICHRISTIANISME DE LA REVOLUTION FRANCAISE

 

Dans un premier temps, la monarchie et l’aristocratie ne sont pas menacées.

Les inspirateurs de la Révolution, philosophes et francs-maçons, étaient monarchistes et souhaitaient une évolution de la monarchie et non sa disparition. L’un des principaux acteurs des premiers troubles était le duc d’Orléans, cousin du roi. Membre du Grand Orient, il subventionne le Club Breton, futur Club Jacobin.

Jean Dumont : « Il y a tout au long de l’année 1790, de grandes manifestations au loyalisme monarchique dont la Fête de la Fédération, le 14 juillet où le roi a été vivement acclamé. On nous a fait oublier cela, la première fête du 14 juillet fût une fête monarchiste. Plus encore, le 7/07/1792, la Législative mit hors la loi, par un décret spécial, tout individu qui oserait parler de République. » (La Révolution Française ou les prodiges du sacrilège, p.191)

« En 1791, Beaumarchais prend la plume contre l’Eglise romaine. A ce moment, la noblesse vivait tranquillement chez elle. La grande majorité des châteaux était occupée par les familles de leurs propriétaires … C’est seulement après la chute de la monarchie en août 1792, et avec les débuts de la Terreur, qu’une partie des aristocrates abandonne ses châteaux soit pour aller vivre en ville, soit pour émigrer. » (Id. p.202)

« Il y avait donc bien un bonheur de vivre noble en Révolution très concret. Même l’historien marxiste Michel Vovelle le constate : En général la noblesse put continuer à sauver l’essentiel de sa fortune. » (Id. p.267)

« Ce ne sera que lorsque Louis XVI aura finalement choisi la fidélité au christianisme, à l’Eglise, qu’en 1792 la monarchie sera abattue. Jusque-là, infidèle, elle ne risquait rien, ou que d’acceptables modalités. » (Id. p.247)

 

La Révolution française a d’abord et surtout été antichrétienne

Pierre Gaxotte : « S’il fallait ramener à l’unité la pensée du XVIIIème siècle ou du moins ses écrivains, on pourrait avancer qu’elle a été antichrétienne ; on ne saurait prétendre qu’elle ait été antimonarchique. » (Le siècle de Louis XV)

Cardinal Poupard : « La Révolution a objectivement persécuté l’Eglise jusqu’au martyre. Les historiens sérieux reconnaissent aujourd’hui que la Révolution a persécuté l’Eglise non pour des raisons politiques mais pour des raisons spirituelles. Le nouveau pouvoir issu de la Révolution s’est voulu non seulement politique mais global, total. Et il n’y a qu’un pas, vite franchi hélas, du total au totalitarisme. »

Tocqueville : « Une des premières démarches de la Révolution française a été de s’attaquer à l’Eglise. »

Pourtant les cahiers de doléances se révèlent très favorables à la religion. On ne trouve que 6% des cahiers à requérir la suppression totale des dîmes. Il n’est que 2% des cahiers pour demander la suppression des vœux et des ordres religieux contemplatifs. Parmi ces 2%, la noblesse est la plus acharnée.

 

Tout au long de la période révolutionnaire les mesures les plus graves sont prises contre l’Eglise. Voici les faits dans leur ordre chronologique. Ils font apparaître une volonté d’anéantissement.

11/08/1789 : La dîme est supprimée. Par cet impôt, l’Eglise assurait sa mission sociale : écoles, hôpitaux, pauvreté.

28/10/1789 : L’Assemblée suspend autoritairement le recrutement monastique et les vœux.

2/11/1789 : Les biens ecclésiastiques sont saisis.

13/02/1790 : Les ordres contemplatifs sont supprimés.

17/03/1790 : Les biens ecclésiastiques sont mis en vente.

14/06/1790 : Massacre dans les rues de Nîmes de plus de 300 catholiques et fuite de 1200  familles pour avoir été des milliers à signer une pétition en faveur des droits de la religion et de la foi catholique.

12/07/1790 : Constitution Civile du Clergé. On édifie une religion d’Etat en rupture avec Rome. Prêtres et évêques deviennent fonctionnaires d’Etat. Curés et évêques sont élus. Les écoles religieuses sont fermées et les ordres hospitaliers démantelés. Cependant l’Eglise et le pays résistent et la loi reste presque partout lettre morte.

3/09/1790 : Abolition des vœux monastiques.

27/11/1790 : Vote pour obliger le clergé à un serment de fidélité envers la CCC.

10/03/1791 : Pie VI condamne le statut imposé au clergé par la Constituante par la lettre Quod aliquantum

4/04/1791 : Décision est prise de transformer l’église Sainte Geneviève en temple païen rebaptisé Panthéon.

16/11/1791 : Un décret déclare suspect tout prêtre non jureur et le prive de son traitement. 4/130 évêques et 30.000/130.000 prêtres font le serment.

29/11/1791 : Un décret permet l’arrestation des clercs non-jureurs sur simple dénonciation non vérifiée.

Janvier 1792 : Les prêtres sont encouragés à se marier.

Avril 1792 : Suppression de l’habit ecclésiastique.

27/05/1792 : Un décret de la Législative ordonne la déportation des prêtres réfractaires dès qu’ils sont dénoncés par 20 citoyens d’un même canton.

14/07/1792 : Plusieurs prêtres et religieux ayant vivement réagi sont massacrés par les « patriotes » et leurs têtes promenées au bout de piques.

10/08/1792 : Les prisons se remplissent de prêtres réfractaires.

17/08/1792 : Un décret ordonne l’évacuation des couvents.

18/08/1792 : Un décret proscrit toute vie religieuse commune.

26/08/1792 : La législative aggrave le décret sur les prêtres réfractaires. Bannis de leur patrie, 45.000 ecclésiastiques s’exilent, 30.000 entrent en clandestinité et 4.000 sont arrêtés et déportés aux Pontons de Rochefort ou en Guyane. Très peu reviendront.

Les massacres du 2 au 5 septembre 1792 : Suite à une accusation de complot contre la France révolutionnaire, les prisons sont visitées. Parmi les prisonniers massacrés, on dénombre 3 évêques et 223 prêtres.

14/09/1792 : Les carmélites de Compiègne sont expulsées puis guillotinées.

24/04/1793 : Tout prêtre ayant refusé le serment s’expose à être arrêté et exécuté dans les 24h sans recours possible.

17/09/1793 : Selon une loi, quiconque dénonce un proscrit reçoit 100 livres de récompense.

20/10/1793 : Selon une autre loi, quiconque donne l’asile à un proscrit est déporté.

10/11/1793 : Notre Dame de Paris devient le temple de la Raison.

23/11/1793 : Toutes les églises parisiennes sont fermées. Puis, c’est au tour des lieux de culte réformés ou juifs.

5/10/1793 : Entrée en vigueur du calendrier de Fabre d’Eglantine. Le décadi (tous les dix jours) remplace le dimanche. Il faut travailler le dimanche.

8/06/1794 : Robespierre institue le culte de l’Etre suprême et un rite laïc.

On force maintenant les prêtres qui ont prêtés serment à abdiquer et à se marier. Les mariages des prêtres sont quasi obligatoires, sous la menace de la prison et de l’échafaud. Les 2/3 des prêtres qui ont prêté serment, soit 20.000, renoncent à leur sacerdoce et doivent signer la déclaration suivante : « Je … faisant le métier de prêtre … convaincu des erreurs par moi trop longtemps professées, déclare y renoncer à jamais. »

En 1796, 1448 prêtres français et 8235 prêtres belges sont envoyés au bagne.

Jean de Viguerie : Au final, « la Révolution fit périr 8.000 prêtres, religieux et religieuses. » (Le Livre noir de la Révolution française p.213)

28/08/1799 : Le Pape Pie VI, prisonnier, meurt à Valence.

 

 


06 mars 2018

LE MYTHE DE LA TOUTE-PUISSANCE DE L'EGLISE AU MOYEN-AGE

  En s’appuyant sur l’idée que l’Eglise était autrefois toute-puissante, un certain nombre de personnes rendent volontiers celle-ci responsable de tout ce qui a été négatif dans le passé. Pourtant, l’Eglise n’était pas seule à l’œuvre. D’une part, il y avait les mœurs préchrétiennes toujours plus ou moins présentes. Ensuite, il faut prendre en compte la faiblesse de la nature humaine qui concerne les chrétiens comme les autres hommes. Egalement, ce n’est pas parce qu’une société est dite chrétienne que tous les baptisés se tournent en vérité vers le Christ pour se laisser transformer en profondeur par la grâce. Enfin, l’Eglise est en permanence confrontée à des puissances temporelles : seigneurs, rois, empereurs, chefs d’Etat, qui entravent son action, et s’immiscent dans ses affaires internes jusqu’à son plus haut sommet. Il faut savoir qu’un grand nombre  d’abbés, d’évêques ont été installés par les puissances temporelles  et non par l’Eglise. Il y a une multitude d’exemples à cet état de fait. En voici une liste très partielle. Nous espérons qu’elle aidera à prendre conscience que l’Eglise n’avait pas cette liberté et ce pouvoir absolu qu’on lui prête si souvent. 

  -  Au IVe s, les empereurs imposent des évêques ariens. L’empereur Constantin demande à Athanase, évêque d’Alexandrie, d’admettre à nouveau Arius dans l’Eglise. Athanase refuse. En 335, les partisans d’Arius réussissent à faire déposer Athanase au Synode de Tyr. Il part en exil à Trèves et ne pourra retrouver son siège épiscopal qu’après la mort de Constantin en 337.     

  -  En 404, l’empereur Arcadius chasse Jean Chrysostome, le plus célèbre prédicateur de l’Orient, de son siège de patriarche de Constantinople et l’envoie en exil.

  -  Les rois, à l’exemple des empereurs byzantins dirigent très tôt l’Eglise. Ainsi, en 511, Clovis réunit un concile à Orléans et se présente comme le chef de l’Eglise de Gaule. Ses successeurs continuent à réunir des conciles avec l’accord des évêques. Ces derniers ne peuvent qu’approuver car ils sont nommés par le roi. Ce sont souvent d’anciens fonctionnaires qui ont fait leurs preuves à la cour. (Hist. Christ. n°2, p.82)

  -  Justinien, empereur romain d’Occident (527-565), fait arrêter le Pape.

  -  Dès son élection au siège de Rome, Martin Ier s’oppose à l’empereur byzantin à propos du monothélisme (une seule volonté dans le Christ). Le 19 juillet 653, le pape est arrêté dans la basilique de Latran où il s’était réfugié. Après un voyage au cours duquel on le brutalise, puis un emprisonnement de trois mois, il est soumis à un procès politique pour rébellion contre l’empereur. Il est envoyé ensuite en exil en Crimée où il meurt en 655, brisé par les épreuves dues à sa résistance face à l’ingérence impériale dans les affaires de la foi.

  -  A Rome, le Xe s. est une période très troublée. Entre 896 et 904, huit papes sont assassinés ou emprisonnés. Dans les premières décennies du siècle, l‘aristocratie romaine prétend défendre ses prérogatives sur l’institution pontificale (HC n°3, p.8)

  -  Otton Ier, couronné empereur en 962, associe étroitement l’Eglise à son gouvernement en investissant les évêques qu’il choisit du pouvoir de commandement sur leurs terres. Il contrôle l’élection pontificale et dépose plusieurs papes qu’il juge indignes (HC n°2, p. 102)

  -  Otton III place sur le siège pontifical son ancien maître, Gerbert d’Aurillac, qui a pris le nom de Sylvestre II. Tous deux meurent en 1002.

  -  XIe s. Les princes investissent des évêques sans demander l’avis de Rome. Le pape Grégoire VI est exilé. L’empereur Henri IV veut déposer le nouveau pape Grégoire VII. Il est excommunié. L’empereur se soumet, puis se ravise. Il occupe Rome, fait élire un antipape. Grégoire VII meurt en exil en 1085 (Fam. Chrét. N°1146, p.8).

  -  XIe s. L’Eglise est de fait aux mains des laïcs nobles qui nomment curés, évêques et abbés sans souvent se soucier de leur valeur morale et spirituelle. Quant au pape, il tend à devenir le chapelain du Saint Empire Germanique (H.C. n°3, p.19).

   -  XIIe s. Rébellion contre le pape Alexandre III, de l’empereur allemand Frédéric Barberousse (1152-1190) qui rêve de dominer l’Europe. Il suscita contre l’Eglise des papes, des antipapes, chassa par les armes le Souverain Pontife de Rome et le força à vivre plusieurs années en exil. Il se moqua des excommunications, fomenta des schismes et tenta d’asservir entièrement le clergé au pouvoir civil. Six guerres successives. C’est au fil de cette querelle que la papauté a forgé son pouvoir partiellement temporel par nécessité politique. (Jean Guiraud, L’Inquisition médiévale, page 76)       

  -  L’évêque de Cracovie, Stanislas, est assassiné d’un violent coup d’épée en 1079 au cours d’une messe par le roi Boleslas II lui-même pour avoir osé pris position contre ses mœurs dissolues, notamment des rapts et des viols et pour l’avoir excommunié.

  -  Henri II, roi d’Angleterre, veut utiliser Thomas Becket pour asseoir sa politique et sa prédominance sur l’Eglise. Celui-ci s’oppose aux prétentions royales afin de maintenir les droits du pape. Il est assassiné en 1170 (H.C. n°3, p.12).

  -  Johannes Joergensen, l’un des premiers biographes de François d’Assise rappelle que « ni le siècle de la Réforme ni l’époque de la Révolution n’ont été plus hostiles au pape et à l’Eglise que les premières années du XIIIe siècle » : le pape est insulté, outragé, tantôt enfermé chez lui, tantôt expulsé de Rome ; à Assise même les habitants préfèrent incendier la citadelle impériale plutôt que d’y voir le pontife. Le calendrier chrétien a été remplacé, les sectes et les hérésies se répandent partout  (d’Orcival, Valeurs Actuelles du 21/03/13).

  -  Depuis longtemps, au XIIIème siècle, les papes évitaient de résider à Rome même à cause des menaces que les nobles romains faisaient peser sur eux.

  -  Frédéric II, empereur germanique de 1212 à 1250, est excommunié en 1227, puis en 1239.

  -  L’empereur tend à outrepasser son rôle traditionnel de protecteur de la papauté puisqu’il nomme quasiment seul le successeur de Pierre. La lutte de la papauté pour recouvrer son indépendance est longue, confuse et parfois violente. L’investiture laïque qui permet aux empereurs de nommer évêques et abbés et qui empêche les papes de choisir leurs représentants débouche sur la Querelle des Investitures. Il faut attendre 1254 pour que le pape Innocent IV soit considéré comme le véritable chef de la chrétienté (H.C. n°3, p.20).

  -  Le 7/09/1303, le chancelier de Philippe le Bel, Guillaume de Nogaret, fait gifler le pape Boniface VIII à Anagni. Moralement abattu et accablé, celui-ci trépasse quelques jours plus tard.

  -  Oct.1303, un nouveau pape est élu. Il est contraint de quitter Rome tombée aux mains des Colonna.

  -  Philippe le Bel impose un candidat français, Clément V, en 1305. De puissance rivale qu’elle était, la papauté devient alors l’alliée du roi de France (procès des Templiers, installation du pape en Avignon).

  -  Le pontificat de Jean XXII (1316-1334) est marqué par une reprise de la lutte contre l’Empire germanique. Louis de Bavière investit Rome les armes à la main et y impose un éphémère antipape à sa botte, Nicolas V.

  -  La diminution de puissance que subit la papauté pendant son séjour à Avignon, et bien plus encore pendant le grand schisme (1378-1417), accentua l’asservissement de l’Inquisition à la monarchie des Valois. (Jean Guiraud, L’Inquisition médiévale, page 229)

  -  Le procès de Jeanne d’Arc (1431) est un procès voulu par le pouvoir politique. Les religieux utilisés étaient à la solde des anglais et des bourguignons.

  -  XVe s. Les souverains européens cherchent à créer des églises nationales dont ils auraient naturellement pris la direction (H.C. n°3, p. 81)

  -  Louis XII lance en 1510 une violente campagne contre le pape dans une « Assemblée de l’Eglise gallicane », tenue à Tours. L’année suivante, il réunit un concile schismatique à Pise, puis à Milan, chargé de mettre au pas le Pontife légitime.

  -  En 1527, l’armée de Charles Quint envahit et pille Rome. 147 gardes suisses sont tués en protégeant Clément VII.

  -  En 1532, François Ier, menace le Pape d’un concile général, d’une intervention armée en Italie et d’un embrasement universel en Allemagne s’il ne décide pas en faveur du divorce d’Henri VIII.

  -  Henri II, en 1551, interdit aux évêques français de se rendre au Concile de Trente. Il appelle les flottes turques sur les côtes des Etats de l’Eglise pour qu’elles l’aident à obtenir la soumission du pape.

  -  Entre 1673 et 1693, conflit entre Louis XIV et Innocent XI au sujet de la régale, droit qu’avait le roi de France de toucher les bénéfices des évêchés vacants et d’y faire les nominations ecclésiastiques. Le roi étend arbitrairement ce droit à tous les évêchés du royaume. Le pape refuse de donner l’investiture aux évêques présentés par louis XIV.

  -  Thomas More est décapité en 1532 pour s’être opposé à Henri VIII, roi d’Angleterre, dans l’affaire de son divorce.

  -  Joseph II, empereur germanique (1741-1790) met l’Eglise sous tutelle sans tenir compte des droits du Saint-Siège. Les religieux et les moines sont jugés inutiles (= Joséphisme). Les ordres contemplatifs sont chassés de Bohême.

  -  En France, les dérives du gallicanisme font que la hiérarchie religieuse est associée et soumise au pouvoir politique.

  -  Sous le Directoire, la France envahit les Etats de l’Eglise (1797). En 1798, Pie VI est arrêté et exilé à Valence où il meurt l’année suivante.

  -  En 1801, Concordat entre Napoléon et Pie VII. Les évêques sont désignés par le gouvernement et nommés par le chef de l’Etat. Le pape leur accorde l’investiture canonique.

  -  Ne pouvant obtenir le droit de nommer les évêques sans recourir au pape, Napoléon envoie Pie VII en captivité de 1809 à 1814. En 1811, par un concile, il soumet les évêques français qui doivent alors entériner la désignation des évêques par l’Empereur.

  -  1905 : la loi de séparation des Eglises et de l’Etat, en mettant fin au Concordat de 1801, accorde au pape une liberté dans la nomination des évêques dont il n’avait jamais joui auparavant.

 

27 février 2018

L'EGLISE A-T-ELLE AUTORISE L'ESCLAVAGE ?

  C’est un combat occulté, mais l’Eglise est l’institution qui a le plus fait pour sortir l’humanité de l’esclavage

  L’esclavage a été un phénomène universel. Avant l’ère chrétienne, il est partout et massivement répandu.

 Face à cela, le christianisme a apporté un enseignement nouveau qui va avoir au cours des siècles un impact sur les cinq continents : l’homme est créé à l’image de Dieu et chaque être humain possède une dignité inaliénable. Saint Paul enseigne qu’ « il n’y a plus ni esclave ni homme libre, ni homme ni femme » 1Corinthiens 12,13 et Galates 3,27. Tout homme est appelé à être « fils de Dieu ». Le Concile de Nicée en 325 encourage l’abolition progressive de l’esclavage.

  Dès les débuts du christianisme, les baptisés pratiquent la libération des esclaves en masse. Sainte Mélanie la Jeune (385-439), héritière de l’une des plus grosses fortunes de l’Empire romain, libère d’un seul coup ses 8000 esclaves (Régine Pernoud, La Femme au temps des croisades, p.24). Sainte Bathilde (630-680), épouse de Clovis II, elle-même ancienne esclave, fait abolir l’esclavage (Yves Roucauste, Valeurs Actuelles du 29/09/2016). En 873, le Pape Jean VIII, par la bulle Unum Est, condamne leur commerce et parle d’un grand péché. Il commande aux esclavagistes de libérer les esclaves pour le salut de leur âme. Saint Henri II, empereur du Saint-Empire germanique, interdit en 1006 le dernier marché d’esclaves existant à Mecklembourg aux confins des pays slaves. Au Moyen-Age, l’Europe chrétienne est la seule civilisation à avoir fait disparaître cette forme barbare d’exploitation.

  Avec la Renaissance et le retour du Droit romain, un nouvel esclavage fait cependant son apparition. Il donnera au XVIème siècle la traite des noirs transatlantique par les européens. A cette époque,  l’Occident, à travers une partie de la noblesse et la bourgeoisie, commence à prendre ses distances avec le christianisme. L’Eglise intervient très tôt à propos de l’esclavage pratiqué en Afrique. Le pape Eugène IV, dans la bulle Sicut dudum de 1435, condamne sous peine d’excommunication l’esclavage pratiqué sur les indigènes des îles Canaries par les Portugais.

  Le 7/10/1492, au tout début de la traite négrière en Europe, Pie II dans la lettre Rubicensum adressée à l’évêque de Guinée portugaise condamne la traite des esclaves noirs et parle de l’esclavage comme d’un grand crime. Dans la bulle Pastor bonus, il menace d’excommunication ceux qui gardent prisonniers les esclaves qu’il s’agisse d’indigènes païens ou de convertis.

  Paul III, dans la bulle Sublimus Deus de 1537 proclamée de façon universelle, attribue à Satan la réduction à l’esclavage des peuples et affirme « que les dits Indiens et tous les autres peuples qui parviendraient à l’avenir à la connaissance des chrétiens, même s’ils vivent hors de la foi ou sont originaires d’autres contrées, peuvent librement et licitement user, posséder et jouir de la liberté et de la propriété de leurs biens et ne doivent pas être réduits en esclavage. »

  Signalons encore la bulle Commissum Nobis d’Urbain VIII en 1639 qui interdit strictement de priver les Indiens de leur liberté et de les garder comme esclaves, la lettre Immensa Pastorum de Benoît XIV en 1741 qui menace d’excommunication ceux qui réduisent les Indiens en esclavage, la lettre de Pie VII à Louis XVIII en 1814 : « La conscience religieuse condamne et réprouve le commerce ignoble des Noirs », une autre lettre de Pie VII au roi du Portugal en 1823 : « Le pape regrette que ce commerce des Noirs qu’il croyait avoir cessé soit encore exercé dans certaines régions », la bulle In supresso Apostolatus de Grégoire XVI en 1833 dénonce la traite des Noirs : « pratiques absolument indignes du nom de chrétien » et enfin la béatification par Pie IX en 1850 de Pierre Claver qui avait consacré sa vie à la défense des esclaves africains.

  Malgré tous ces textes, et la liste est loin d’être exhaustive, certaines personnes prétendent que l’Eglise a autorisé et même est responsable de l’esclavage des Noirs. Ils s’appuient pour cela sur les bulles du pape Nicolas V Dum diversas (1452) et Romanus pontifex (1455) adressées au roi du Portugal. En fait, il ne s’agit pas du tout d’une reconnaissance de l’esclavage, mais d’une réponse du pape à un problème de l’époque. Les bulles en question ne concernent pas les Noirs mais les Sarrazins qui combattent les chrétiens. En effet, l’Occident chrétien doit faire face à une formidable expansion de l’islam conquérant. A titre d’exemple, rappelons la prise de Constantinople en 1453. L’empire chrétien d’Orient s’écroule et c’est maintenant la partie occidentale qui est menacée. L’intention est de contenir l’expansion de l’islam qui se fait au détriment de la chrétienté. Ceux que le pape autorise à « réduire en servitude perpétuelle » face à leurs « excès sauvages » sont des ennemis militaires partis à la conquête de l’Europe. Il s’agit de prisonniers de guerre comme il y en a toujours eu dans l’histoire et non d’esclaves. A cela s’ajoute un problème de traduction du terme latin « ad dictum » qui signifie « aux ordres » et non « esclavage » ou « schiavitù » comme on le trouve dans certaines traductions françaises ou italiennes. Le mot « servitude » des traductions françaises transformé par certains en « esclavage » pourrait être une mauvaise traduction pour désigner le statut des prisonniers de guerre Sarrazins. En tout cas, il ne s’agit nullement de légitimer l’esclavage des Noirs.

    Par ailleurs, il est utile de savoir que ce sont les Noirs eux-mêmes qui ont institué la traite au sein de la société africaine, enrichissant les grands royaumes prédateurs d’Afrique de l’Ouest. Une seconde traite est apparue qui va s’étendre sur douze siècles, celle des négriers musulmans. Les Européens ne sont venus qu’en troisième. L’Occident est le dernier à s’y être mis et le premier aussi ensuite à l’avoir supprimée au bout de deux siècles.

  Les européens qui ont pratiqué l’esclavage ne l’ont pas fait pour des motifs chrétiens, mais pour des motifs de cupidité. En fait, ils ne sont pas chrétiens dans leur cœur. Tout au plus ce sont des chrétiens d’étiquette totalement en contradiction avec les enseignements du Christ et de l’Eglise. Il ne faut pas confondre l’humain et le chrétien. Ils agissent par une humanité dévoyée et non par la foi chrétienne. Certains les appellent chrétiens parce que ce sont des européens, mais, en fait, ils ont tournés le dos au christianisme. Peut-être se moquent-ils d’ailleurs de la foi chrétienne, peut-être sont-ils athées ?

  Dans une société chrétienne, tout le monde n’est pas réellement chrétien. Il y a forcément des chrétiens de façade. En ce sens, il y a des chrétiens tricheurs, des chrétiens infidèles à leur conjoint, des chrétiens voleurs, des chrétiens criminels, des « chrétiens » esclavagistes. Il y a eu des « chrétiens » communiste ou nazi. Mais tout cela n’a rien à voir avec le christianisme mais avec l’humanité, une humanité pécheresse et pour les deux derniers exemples avec des idéologies elles-mêmes condamnées par l’Eglise.

07 novembre 2017

L'EGLISE ET L'INSTRUCTION AU MOYEN-AGE

  Selon un stéréotype largement répandu l’Eglise a cherché à maintenir les hommes dans l’ignorance pour mieux asseoir une domination sur les esprits. L’école aurait été au mieux un privilège de la noblesse et des ecclésiastiques.

  L’idée a été répandue par l’historien Jules Michelet (1798-1874) pour qui « l’Eglise réservait jalousement pour ses moines des bribes de science ». Un ministre des universités, ancien instituteur, avouait avoir été convaincu que l’école avait commencé avec Jules Ferry (1832-1893) (Jean de Viguerie, L’Eglise et l’éducation, p.7).

  Voici également, ce que l’on peut lire dans une copie de terminale : « L’instruction est un acquis de 1789 ». Et dans une autre : « C’est en gardant le peuple ignare et en l’éloignant du savoir que l’Eglise avait un tel contrôle à l’époque du Moyen-Age ».

  Evidemment, tout cela est totalement inexact et c’est l’inverse qui est vrai : tout au long du Moyen Age, l’Eglise a progressivement développé l’école, et même l’école gratuite, pour tous, garçons, filles et enfants pauvres. C’est l’Eglise qui a scolarisé l’Europe.

Voici quelques faits qui témoignent de la volonté de l’Eglise de favoriser l’instruction :

  « Dès le IVème siècle, sont ouvertes des écoles chrétiennes de grammaire où on enseigne aussi les lettres, c’est-à-dire les auteurs classiques » (de Viguerie, id. p.70).

  A partir du VIIIème siècle, les écoles épiscopales et monastiques dispensent tout l’essentiel du savoir (La Nef, n°38). La plupart des moines n’étaient pas issus de la noblesse et les écoles étaient donc ouvertes à tous.

  Le Concile de Latran en 1179 ordonne à chaque église cathédrale d’entretenir « un maître chargé d’instruire gratuitement ses clercs et les écoliers pauvres » (de Viguerie, id. p.62). « Alors s’ouvrent des écoles nouvelles où sont enseignées avec la théologie toutes les disciplines de l’esprit. Honneur est ainsi rendu à l’intelligence » (Id. p.71).

  Alexandre III (Pape de 1159 à 1181) : « On ne doit pas vendre ce que l’on tient de la munificence du ciel, mais le dispenser à tous gratuitement » (de Viguerie, id. p.65).

  XIVème siècle : Des écoles paroissiales fleurissent dans de nombreux villages.

  XVème siècle : En Allemagne et en Pologne, presque toutes les paroisses possèdent leur école.

  Les maîtres d’écoles sont régulièrement rémunérés et patentés. Par exemple, en 1380, à Paris, une réunion rassemble 22 maîtresses, 41 maîtres, tous non clercs, d’écoles où on enseignait lecture, écriture et calcul (Jacques Hers, Le Moyen-Age, une imposture, p.218).

  L’Université est une création du Moyen-Age. « C’est un pape, Innocent III, qui fonda et protégea la première université, celle de Paris, à l’aube du XIIIème siècle. Ses successeurs immédiats ne cessèrent de la soutenir. L’Eglise a toujours été au cours des âges et dans tous les pays, une Eglise enseignante amoureuse du savoir sous toutes ses formes, en dépit de quelques bavures comme celle de l’affaire Galilée » (Pierre Gallay, DC n°2015 p.933, 11/1990).

  « Les universités médiévales dispensent avec la plus grande libéralité à leurs étudiants toutes les connaissances scientifiques acquises à leur époque » (de Viguerie, id. p.84). Elles se caractérisent par la liberté de financement, la liberté totale de pensée et de discussion, le droit de grève, de sécession, la liberté judiciaire des étudiants et des tribunaux. Les étudiants ont leurs propres tribunaux. (Congrès CMEC, Paris, 01/2001).

  Dans les universités médiévales, les « pauperes studentes » sont dispensés de la totalité ou d’une partie des droits d’inscription. Il existe des bourses (de Viguerie, id. p.64).

  Deux exemples témoignent que l’école pouvait être un ascenseur social. Jean Gerson (1363-1429), chancelier de l’Université de Paris est l’aîné d’une famille paysanne de douze enfants. Le cardinal de Cues (1401-1464) est fils d’un batelier de la Moselle.

  L’étudiant maître de l’Université : « Simples prestataires, les professeurs sont contrôlés par les étudiants, eux-mêmes organisés en confréries. Les recteurs sont élus, les honoraires des enseignants fixés par les auditeurs. Le pouvoir étudiant fait loi … L’espace de liberté que l’université médiévale avait largement ouvert aux étudiants, rendus coresponsables de leur propre formation se voit peu à peu restreint au profit d’un contrôle autoritaire des individus et des esprits. Les universités, avec l’âge moderne, entrent dans l’absolutisme » (Jacques Verger, Historia Thématique, mai-juin 2000).

  1750 : il existe 554 collèges jésuites dans toute l’Europe qui s’ajoutent aux collèges des autres congrégations religieuses.

  Avant 1789 : Il existe 124 universités catholiques.

   A titre de comparaison, voici un autre regard sur le peuple :

  Voltaire (1694-1778) : «  Il est à propos que le peuple soit guidé et non qu’il soit instruit, il n’est pas digne de l’être ».

  Rousseau (1712-1778) : « Le pauvre n’a pas besoin d’éducation ; celle de son état est forcée, il n’en saurait avoir d’autre ».

  Rousseau : « La recherche des vérités abstraites et spéculatives, des principes, des axiomes dans les sciences, tout ce qui tend à généraliser les idées, n’est point du ressort des femmes. Leurs études doivent se rapporter toutes à la pratique ».

  NB : Dans l’Antiquité, il n’y a pas d’éducation pour les femmes si ce n’est Sparte qui éduque la femme sur le modèle masculin.

09 septembre 2017

EVENEMENTS MARQUANTS DE L'HISTOIRE DE LA POLOGNE

966 : Naissance de la Pologne chrétienne par le baptême de Mieszko 1er, prince du peuple des Polanes, après avoir épousé en 965 la princesse Dobrava,  la sœur du duc de Bohême, elle-même catholique. Mieszko est à l’origine de la dynastie des Piast (960-1370).

956-997 : St Adalbert, évêque de Prague, mort martyr en Prusse païenne. Evangélisateur et Patron de la Pologne.

Début du XIème siècle : « Sous le règne de Boleslas, premier roi de Pologne en 1025, la femme était considérée comme un instrument, et ne jouissait guère des droits d’une personne humaine. Son rôle se ramenait fréquemment à celui d’esclave. Et les mauvais traitements, allant parfois jusqu’à la mort, n’étaient pas rares. Dans certains endroits, l’on pratiquait la mort rituelle de l’épouse, après le décès de son mari. Et voilà, que le christianisme, avec le culte particulier de Marie, élevait la femme à la dignité de l’homme. »  Léon Kolodziej, Il y a mille ans naissait la Pologne, 1965

1030-1079 : St Stanislas, évêque de Cracovie en 1072, est tué par le roi Boleslas II au cours d’une messe pour avoir dénoncé sa conduite et pour l’avoir excommunié. Patron de la Pologne.

1241 : Bataille de Legnica. « La Pologne arrête l’invasion des Mongols en Europe. L’entreprise eut un prix très élevé. La ville de Legnica fut totalement détruite par les Mongols, qui décidèrent toutefois ensuite de se retirer. »  Jean-Paul II, Mémoire et identité, p.166

1386 : La reine de Pologne, Hedwige d’Anjou et le grand-duc de Lituanie, Ladislas II Jagellon, signent un accord qui unit la Pologne et la Lituanie sous la dynastie des Jagellon jusqu’en 1572. L’ensemble constitue l’un des plus grands pays d’Europe jusqu’à plus d’1 million de km2 et une puissance politique, militaire et économique. Cette union facilita l’issue victorieuse des guerres avec l’Ordre des chevaliers teutoniques.

1572 : Passage de la monarchie héréditaire à la monarchie élective. Une partie des nobles qui constituent 15% de la population choisissent le roi parmi des candidats polonais ou étrangers. Le premier roi est Henri, futur Henri III, roi de France. Ensuite, le pouvoir des nobles prit une telle importance qu’aucune loi ne pouvait plus être acceptée si elle n’était pas votée à l’unanimité. Cette situation eut pour conséquence d’affaiblir de plus en plus la Pologne.

1655 : Invasion suédoise stoppée à Czestochowa devant le sanctuaire marial de Jasna Gora.

1656 : Le roi Jan Kazimierz consacre le royaume, l’Eglise et le peuple polonais à la Vierge de Czestochowa qui demeure depuis ce temps la Reine de la Pologne. Extrait : « Nous supplions Marie de nous vouloir inspirer une sainte conduite et défendre avec tant de soin ce royaume contre l’effort de tous ses ennemis, qu’il ne sorte point des voies de la grâce qui conduisent à celles de la gloire. »

1683 : Jean III Sobieski, à 1 contre 10, sauve l’Europe du danger ottoman à Vienne.

La Pologne est un pays de tolérance religieuse où il n’y a pas eu de guerres de religion. Fin XVIIème,  plus des ¾ des Juifs du monde entier vivent en Pologne.

1772, 1793, 1795 : Trois partages successifs de la Pologne entre la Prusse, l’Autriche et la Russie. Au terme, la Pologne disparaît entièrement de la carte de l’Europe. L’occupation dure jusqu’en 1918, soit 123 ans d’inexistence politique ! Les polonais maintiennent et transmettent cependant leur culture, leur langue, leurs valeurs traditionnelles, le sens de leur patrie, en un mot leur identité.

1830, 1863 : Deux grands soulèvements qui ne débouchent pas.

1848 : Julius Slowacki, poète polonais annonce un pape slave. « Au milieu des querelles le Seigneur frappe sur une cloche immense : Et voici qu’à un pape slave, Il a ouvert le trône … Son visage, irradié par la parole, sera la lampe des serviteurs. Les foules grossissantes le suivront vers la lumière où est Dieu … Sa puissance sera miracle … Il distribuera l’amour comme aujourd’hui les puissants les armes. Il montrera une force sacramentelle prenant le monde dans sa main …Il apportera la santé, attisera l’amour et sauvera le monde. Dans les églises, il nettoiera l’intérieur, balaiera le seuil. Et dans la créativité du monde révèlera Dieu aussi clair que le jour. »

A ce sujet, voici ce qu’écrivait André Frossard en 1988 : « De singuliers changements suivent toujours les déplacements du Saint Père : les Philippines, Haïti, Chili, Pologne … Ce Pape me fait l’effet d’une boule dans un jeu de quilles. »  Portrait de Jean-Paul II

1920 : La bataille de Varsovie ou « Le miracle de la Vistule », selon une expression très chère à Jean-Paul II. Le maréchal Pilsudski parvient à mettre en déroute une immense armée russe lancée par Lénine à la conquête de l’Europe.

1/09/1939 : Invasion par l’Allemagne et 1/17/1939 : Invasion par l’URSS. La Pologne disparaît de nouveau.

1939 : 2/3 des Juifs européens vivent en Pologne. 3000 polonais seront déclarés « justes parmi les Nations » par l’Etat d’Israël, soit plus d’1/3 du nombre total.

Pendant la guerre 1939-1945, les polonais luttent sur de nombreux fronts. Ils constituent, par leurs effectifs,  la 5ème armée alliée et même la 2ème (derrière la G.B.) après la défaite française de 1940 et avant l’entrée en guerre des américains.

Du 1/08/1944 au 2/10/1944 : Insurrection de Varsovie. Les soviétiques n’interviennent pas.

1953-1956 : Arrestation et emprisonnement du primat de Pologne, Mgr Wyszynski. Durant sa détention, il élabore un plan de renouveau et de conversion : La grande neuvaine de prière pour préparer la célébration du millénaire chrétien de la Pologne en 1966.

1956 : Plus d’un million de pèlerins à Czestochowa se consacrent à Notre-Dame par un texte que Mgr Wyszynski a réussi à leur faire parvenir de  sa prison. Les pèlerins font le serment que la Pologne devienne le royaume de Marie et de son Fils.

1956, 1970, 1976 : Manifestations des ouvriers, révoltes populaires.

1957-1966 : Neuvaine de prière. Année 1 : « Les Polonais feront cause commune pour conserver la foi, l’amour de la croix et de l’Evangile, et pour rester fidèles à la Sainte Eglise, à son Pasteur suprême et à la patrie chrétienne. » Année 3 : « Ils veilleront sur l’intégrité du foyer chrétien et sur la vie en formation. » Année 5 : « L’éducation de la jeunesse sera conforme à l’esprit de l’Evangile, aux mœurs chrétiennes et aux traditions séculaires. » Année 6 : « Un effort commun sera fait pour que tous les fils de la Pologne vivent unis dans un esprit de justice sociale et d’amour fraternel. » Année 9 : « On imitera les vertus de Marie en propageant la dévotion à la Mère de Dieu. »

1966 : Paul VI parlant de la Pologne : « la fille toujours fidèle de l’Eglise » ; « le rempart de la chrétienté ».

16/10/1978 : Karol Wojtila, évêque de Cracovie, est élu Pape.

2-10/06/1979 : Premier voyage de Jean-Paul II en Pologne.   

1979 : 589 ordinations.

1980 : Naissance de Solidarnosc et grèves.

12-13/12/1981 : La loi martiale est proclamée. Un millier de dirigeants dont Lech Walesa sont arrêtés et emprisonnés.

19/10/1984 : Martyr du Père Popiéluszko.

1988 : 1149 ordinations.

1989 : Chute du gouvernement communiste.

1990 : La Pologne devient un pays démocratique. Lech Walesa est élu Président.

1991 : JMJ à Czestochowa.     

2016 : JMJ à Cracovie.

19/11/2016 : Acte solennel de réception de Jésus-Christ comme Roi et Seigneur de Pologne en présence des évêques, du Président de la République, du premier ministre, des présidents de la Diète et du Sénat.

 

 


08 septembre 2017

LES VIOLENCES PROTESTANTES ANTERIEURES AU MASSACRE DE LA SAINT-BARTHELEMY (1572)

  Cet article a pour but de réparer une injustice. Dans les médias et à l’école, en France, on ne retient des guerres de « religion » que  le massacre de la Saint-Barthélemy. De cette manière, il est suggéré que la violence est venue du catholicisme et qu’elle a été essentiellement catholique bien que cela ne corresponde pas à la réalité historique. La mémoire entretenue de ce triste et sordide événement ne doit pas faire oublier les violences protestantes qui l’ont précédé et préparé. La liste des destructions et des exécutions qui suit est loin d’être exhaustive et certains chiffres concernant les victimes varient selon les sources.

1550 : Un tiers de la noblesse française est calviniste.

  Selon François Bluche, historien protestant : « Du côté protestant, on espérait au début, convertir la France par le fait du prince ou par les armes. A cette époque, quasiment personne, ne penchait vers la tolérance dans le sens moderne du terme ». (Famille Chrétienne du 9/04/1998).

  Dans les années 1550-1570, les protestants s’en prennent au patrimoine religieux spécialement en 1561, 1562, 1563, 1567, 1570. Les vagues iconoclastes se succèdent. Les huguenots s’acharnent à détruire tout ce qui témoigne de la foi des ancêtres : cathédrales, églises, chapelles, presbytères, objets de culte, autels, statues de Marie et des saints, fresques, vitraux, mobilier, reliques, croix, calvaires, tombes. Une autre vague aura lieu sous Louis XIII dans la décennie 1620-1630. Bilan : 20 000 églises et monastères fortement endommagés, brulés ou rasés. Des destructions supérieures à celles pratiquées par les révolutionnaires de 1792-1794.

1557 : Tentative d’assassinat sur Henri II par un protestant.

1560 : Tentative d’enlèvement du jeune roi François II à Amboise par Condé et Coligny.

1561 : Catherine de Médicis autorise cependant la construction des temples.

1561 : A La Rochelle, les protestants enferment les catholiques dans l’église Saint-Barthélemy et y mettent le feu.

1561 : A Saintes, les calvinistes bombardent la cathédrale.

1561 : A Orange, 1500 huguenots profanent les églises, égorgent les opposants et massacrent un millier de paysans. La cathédrale est pillée. (Vincent Beurtheret, Frères réformés, si vous saviez... p.35)

1561 : Massacre à Cahors par les protestants.

1562 : Edit de Saint-Germain qui accorde aux protestants la liberté de conscience, la liberté de réunion, la liberté de culte en dehors des villes.

1er mars 1562 : Rixe de Wassy. Des centaines de protestants se trouvent illégalement dans une grange à l’intérieur d’une ville à chanter des psaumes. Voulant constater l’infraction, le duc de Guise, accueilli à coups de pierres, est blessé. Son escorte riposte et prend d’assaut la grange où se tiennent les huguenots. Résultat : plus d’une vingtaine de morts. Cet épisode ressemble à une provocation et à une mise en scène car le duc de Guise avait fait savoir qu’il se rendrait à Wassy pour écouter la messe. Ainsi, dénonçant le massacre, les huguenots lancent ensuite un appel général à la vengeance et mettent rapidement en action des milices déjà préparées. (VB, p.37)

  A partir de cette date, les protestants passent ouvertement des accords avec les puissances étrangères dont ils reçoivent des subsides et des soldats. Ils engagent aussi des mercenaires.

1562 : Montgommery saccage la cathédrale et le palais épiscopal d’Avranches. En Guyenne, il gagne le surnom d’ « Attila huguenot ».

1562 : François de Guise est assassiné sur les ordres de l’amiral Coligny.

1562 : Les protestants conquièrent Tours, Rouen, Blois, Angers, Le Havre, Bourges. A Sens une centaine de catholiques est massacrée dans la cathédrale. A Bayeux, Colombières, lieutenant de Coligny, fait accrocher aux chapeaux de ses hommes les oreilles des moines et des prêtres qu’ils ont assassinés. Agen est mise à sac. Le capitaine Mathieu Merle terrorise l’Auvergne et le Gévaudan.

1562 : Le baron des Adrets enlève Valence, qui est ravagée, Grenoble, Vienne et Orange. A Lyon, les statues de la cathédrale sont décapitées et les cimetières catholiques saccagés. Le baron se signale par sa cruauté. A Mornas, en Provence, les femmes et les enfants sont massacrés et la garnison est précipitée du haut des remparts sur des poteaux hérissés en contrebas. A Montbrison, plus de 600 personnes sont massacrées. Les prisonniers catholiques sont jetés du haut d’une tour. «  Les réformés raffinent les supplices et les modes d’exécution : strangulation, lacération, crucifixion, empalement. » (Alain Decaux, Histoire de la France et des français au jour le jour, tome IV, p.140)

1562 : Aux environs du Mont Saint-Michel, «  des religieuses sont enfouies en terre jusqu’au cou, leur tête servant de cible à un jeu de boules, d’autres sont éventrées sur un chevalet. »

1562 : A Lauzerte, en fête, 567 catholiques sont tués dont 194 prêtres. (Alain Landurant, Montgommery le Régicide p.56 et 63). D’autres sources parlent de 200 morts.

1562 : Duras à Caylus tue 250 personnes dont une moitié de prêtres.

1563 : Jeanne d’Albret, convertie au calvinisme en 1559, proscrit le catholicisme et impose le culte réformé à ses sujets dans le  Bigorre, le Béarn et  à Foix.

1563 : Paix d’Amboise. Catherine de Médicis assure l’amnistie totale aux protestants  et leur laisse la liberté de conscience et la liberté de culte dans certaines limites territoriales.

1567 : Les protestants tentent d’enlever Charles IX et Catherine, sa mère, à Meaux.

1567 : Les protestants assiègent Paris. Siège particulièrement humiliant pour les parisiens.

1567 : Michelades de Nîmes. L’ordre est donné d’arrêter les principaux catholiques. Les portes de la ville sont fermées pour empêcher les fuites. A la cathédrale, les autels, les stalles, les croix, les ornements sont cassés et brûlés sur place ainsi que la bibliothèque. Les catholiques sont menés dans la cour de l’évêché pour y être égorgés en commençant par les prêtres. Les chiffres des exécutions varient entre 80 et plusieurs centaines.

1567 : Les calvinistes pillent l’abbaye de Cluny et emportent la bibliothèque.

1567 : A nouveau, Valence est mise à sac par les protestants qui détruisent par le feu et la poudre tous les édifices religieux de la ville. La plus grande partie du patrimoine artistique est anéantie.

1567 : Dans le Languedoc et le Roussillon, les massacres de prêtres et de religieuses se poursuivent. (Alain Decaux, Histoire de la France et des Français au Jour le Jour, tome IV, p.170) De nombreux jeunes catholiques fuient la sanglante domination huguenote et émigrent en Espagne jusqu’à constituer plus de la moitié de la population de la Catalogne. (Revue hispanique, 1909, p.29)

1568 : A Orléans, les protestants font sauter la cathédrale détruisant la façade occidentale.

1568 : Prise d’Angoulême.

1569 : Enorme massacre en Franche-Comté. 200 villages sont anéantis pas les mercenaires allemands du parti protestant. (Jean Dumont, La Croix et le Croissant, p.169)

1569 : A La Chapelle-Faucher, Coligny fait égorger un à un 260 paysans réfugiés au château.

1569 : A Orthez, terrible carnage. Habitants tués, maisons brûlées, moines et prêtre jetés du pont.

1569 : Après avoir mené le sac de Lourdes et incendié la cathédrale de Tarbes, Montgommery détruit 110 églises.

1570 : Interdiction du culte catholique dans le Béarn et en Basse-Navarre. Les prêtres doivent choisir entre apostasie ou exil. Tous les biens d’Eglise sont confisqués.

Tous ces faits et bien d'autres ont eu lieu dans les années qui ont précédé le massacre de la Saint-Barthélemy du 24/08/1572.

 

GUERRES DE RELIGION : LA CONDITION DES CATHOLIQUES DANS LES PAYS PROTESTANTS

Le fait pour les français de ne connaître des « guerres de religion » que le massacre de la Saint-Barthélemy et la Révocation de l’Edit de Nantes par Louis XIV, amène à penser qu’il y a eu d’un côté des « méchants », les catholiques et de l’autre, des victimes, les protestants. Cette idée est  fortement ancrée puisque les exemples historiques de violence et d’intolérance communiqués par les élèves de terminales dans leur copie de philosophie visent presque toujours le nazisme ou le catholicisme. Récemment, le 14/07/2017, Jean-Jacques Bourdin affirmait sur RMC : « Les catholiques pourchassaient la liberté de conscience ». Par quel enseignement de l’histoire en est-on arrivé là ?

 Des vérités ignorées ou occultées

Plusieurs vérités que les faits permettent d’établir doivent être rappelées : 1) L’agression en France et dans le reste de l’Europe est venue du protestantisme et les catholiques ont eu à se défendre. 2) Partout en Europe, ce sont les rois, les princes et les seigneurs qui imposent le protestantisme et qui s’approprient en même temps les biens de l’Eglise. 3) Le massacre de la Saint-Barthélemy a été provoqué par des hommes politiques pour des motifs politiques et non pour des motifs religieux. 4) Même observation pour la Révocation de l’Edit de Nantes. 5) Les pays catholiques comme la France ou l’Allemagne ont fait preuve d’une plus grande tolérance à l’égard des protestants que les pays protestants à l’égard des catholiques.

La France catholique plus tolérante

Précisément, même si cela peut paraître paradoxal, la Révocation de l’Edit de Nantes en 1685 prouve l’existence de cette tolérance catholique. En effet, l’Edit de Nantes de 1598 comme de nombreux autres qui l’ont précédé depuis 1562 (Saint-Germain, Amboise, Longjumeau, Boulogne, Beaulieu, Poitiers, Fleix …) accordait aux protestants l’amnistie totale après des périodes de guerre mais aussi la liberté de conscience, de réunion et de culte dans certaines limites territoriales. Ces territoires étaient proportionnellement importants et incluaient des villes et des places fortes, jusqu’ à 200, comme La Rochelle, Saumur, Montpellier, Montauban. Un quart du territoire français se trouvait sous contrôle huguenot alors qu’il représentait un million de fidèles dans un royaume de quinze millions d’habitants. (Jean Sévillia, Historiquement Correct, p.113 et 118)

Situation des catholiques dans les pays protestants

La situation des catholiques dans les pays protestants n’est pas du tout la même. Il n’y a pas eu d’Edit de paix pour leur assurer des territoires et la liberté de conscience et de culte comme en France. Ils sont bannis ou combattus et aucun prince protestant ne songe à les reconnaître. « Il n’y avait guère qu’en France qu’il y avait ce statut de tolérance civile. Cet Edit de Nantes est resté une exception à une époque où la religion des sujets est celle du prince. » (François Bluche, historien protestant, dans Famille Chrétienne du 9/04/1998) Dans les pays réformés allemands, nordiques, anglais ou en Suisse, les catholiques sont interdits de culte et d’enseignement, ils sont spoliés de leurs biens et de leurs églises et exclus de toutes fonctions publiques. Voici les faits pays par pays.

Pays germaniques

Dans un premier temps, dans les pays germaniques et en France, ce sont les réformés qui prennent les villes et les catholiques ne ripostent pas. Dans les localités qu’ils contrôlent, les bals, la musique, les déguisements du carnaval sont interdits. Très vite, la noblesse pauvre de haute Allemagne est attirée par la prédication de Luther. Elle voit dans sa Réforme la possibilité de s’enrichir à bon compte en s’emparant des biens d’Eglise. (Vincent Beurtheret, Frères réformés, si vous saviez …, p.11)

A la Pentecôte 1527 a lieu le sac de Rome par les lansquenets luthériens. Le massacre, le pillage et la destruction durent huit jours et font selon les auteurs de 20 à 40 000 tués parmi les catholiques. Les tombeaux des papes sont violés, leurs cadavres profanés, des écuries sont installées dans la basilique, des cardinaux, accoutrés en prostituées, doivent défiler dans les rues juchés sur des ânes, les couvents forcés et les religieuses violées. Ce crime est aujourd’hui  ignoré car passé sous silence dans les livres d’Histoire et les dictionnaires. Il n’entraînera aucune riposte catholique. Le sac est parfois attribué à tort à Charles-Quint. (VB, p.11-12)

1531 : Une première Ligue protestante dite de Smalkalde harcèle par ses armées celle de l’empereur.

1552 : La Diète de Passau donne droit aux princes allemands d’imposer leur religion à leurs sujets selon le principe « Cujus regio, ejus religio » qui signifie « Telle est la religion du roi, telle est la religion des sujets ». Suite à cela, les 2/3 de l’Allemagne passent au protestantisme.

Charles-Quint, catholique accepte que certains de ses vassaux soient réformés, alors que les seigneurs réformés n’admettent pas que certains de leurs sujets soient catholiques. (VB, p.29)

Prusse, 1821 : Le catholicisme reçoit enfin une existence légale. Néanmoins, les catholiques restent exclus de la fonction publique, du corps des officiers et des chaires de l’Université. Ils n’ont pas le droit de fonder des écoles. 1878 : Le Kulturkampf de Bismarck voue à l’exil ou à la prison évêques et prêtres. 1918 : Abolition très tardive des lois discriminatoires à l’égard des catholiques.

Suisse

1525 : Face à la montée de l’extrémisme, l’humaniste Erasme est obligé de quitter Bâle et se réfugie à Fribourg en terre catholique. (VB, p.9)

1529 : Les cantons luthériens déclarent la guerre aux paysans des cantons pauvres restés catholiques.

1531 : Une nouvelle guerre est menée contre les cantons catholiques par Zwingli.

1535 : Calvin à Genève : La messe est interdite, l’évêque est chassé, les catholiques sont bannis et les couvents rasés.

1536 : Calvin publie L’Institution de la religion chrétienne. Il y développe l’un des points forts de sa doctrine : la soumission nécessaire du politique au religieux.

1537 : A Genève, la législation imposée par Calvin condamne à mort tout « hérétique » au même titre que les fauteurs de blasphème ou d’adultère.

1541 : Les tavernes sont fermées ; les jeux interdits ; vêtements, coiffures, bijoux, banquets, noces : tout est réglementé.

1541 à 1546 à Genève : On compte 56 condamnations à mort et 78 bannissements pour une population de 13 000 âmes.

1547 : Gruet, un théologien qui niait la divinité du Christ est décapité.

1553 : Bolsec, un ancien carme qui refuse le la doctrine de Calvin sur la prédestination est brûlé.

1553 : Michel Servet, médecin espagnol, est brûlé pour avoir nié le dogme de la Trinité. Calvin assiste à son supplice.

1554 : Calvin publie un traité qui justifie la peine de mort pour les « hérétiques »

1797 : Genève passe sous influence française. Abolition de la législation qui punit de mort la participation à la célébration de la messe. 

Suède

1527 : La Diète soutenue par Gustave Ier instaure le luthérianisme en religion d’Etat et annexe les terres de l’Eglise qui ne réagit pas. Le catholicisme est exclu. Jusqu’en 1815, tout prêtre catholique pris sur le territoire risque la peine de mort. Jusqu’en 1860, tout suédois abjurant la religion protestante encourt l’exil et la confiscation de ses biens.

Danemark

1536 : L’autorité des évêques est abolie dans tout le royaume et dans les territoires de Norvège et d’Islande qui lui sont soumis. Christian III oblige tous ses sujets à se convertir au luthérianisme. Il leur ment en affirmant : « Ces changements viennent d’une disposition du Pape étendue à toute la terre ». Emprisonnant les évêques et les prêtres, il confisque les biens de l’Eglise.  

1624 : Un édit royal condamne à mort tout prêtre catholique.

1683 : Les biens des danois convertis au catholicisme sont confisqués. Le droit de tester leur est retiré. Ces mesures resteront en vigueur jusqu’en 1849. 

Norvège

1891 : Abolition des lois discriminatoires à l’égard des catholiques.

Islande 

1550 : Le Danemark impose le luthérianisme par la violence. Le dernier évêque est décapité par les norvégiens. Le catholicisme sera interdit jusqu’au XIXème siècle. 

Angleterre

1534 : L’anglicanisme devient religion d’Etat. Henri VIII impose sa réforme au prix de milliers de victimes pendues ou éventrées : cardinaux, évêques, moines, prêtres et laïcs. 370 monastères sont supprimés. Les biens des 430 monastères restants sont confisqués.

1535 : Exécution de John Fisher, puis de Thomas More.

1558 : Elisabeth Ière accède au trône. Tous les évêques sont déposés et onze d’entre eux meurent en prison.Les prêtres sont condamnés à la clandestinité et les fidèles obligés d’assister aux offices anglicans.

1649 : Cromwell proclame la république et mène une politique violemment anticatholique.

1699 : Une loi déclare les catholiques inaptes à hériter, à acheter des terres et à occuper des emplois publics.

1755 : 10 000 Acadiens catholiques sont déportés du Canada jusqu’à la Louisiane.

Marguerite Clitherow (canonisée), est condamnée à mort par écrasement le Vendredi saint 1586. Née en 1555 de parents protestants, elle épouse un protestant et se convertit au catholicisme en 1574. La nouvelle religion ne lui apporte « aucune substance, vérité ou réconfort chrétien ». Elle est fortement impressionnée par l’exemple de « tant de prêtres et de laïcs qui ont souffert pour la défense de l’ancienne foi catholique ». On découvre qu’elle cache un prêtre chez elle. On l’accuse alors d’avoir donné le vivre et le couvert à des jésuites et à des prêtres venus de l’étranger, « traîtres à sa Majesté la reine et à ses lois ». On l’accuse aussi d’avoir ouï la Messe.

1778 : Les catholiques obtiennent la liberté du culte et le droit d’hériter.

1793 : Les catholiques obtiennent la plénitude des droits civils et en 1829 les droits politiques.

1850 : La hiérarchie catholique est rétablie en Grande-Bretagne. Les catholiques peuvent accéder à l’Université.

1919 : Abolition des dernières lois discriminatoires à l’égard des catholiques.

Ecosse

1559 : John Knox interdit le culte catholique

1584 : Les presbytériens interdisent la célébration de la Nativité. 

Irlande

A partir de 1541, les catholiques irlandais subissent des provocations de la part des colons protestants puis une répression cruelle exterminatrice.

A partir de 1649, avec Cromwell, des dizaines de milliers d’irlandais sont tués ou vendus comme esclaves pour le Nouveau Monde. En quelques années, la population passe de 1.500 000 à 600 000 habitants.

En 1695, des lois anticatholiques les excluent de l’administration, de l’armée, de l’enseignement dans les écoles, les empêchent d’être propriétaires terriens et leur interdisent d’exercer des professions libérales (sauf la médecine). Les colons anglais et écossais s’approprient les terres. Suppression de tout droit de vote.

Défense est faite aux évêques, aux prêtres et aux religieux de paraître dans le pays sous peine de mort. La célébration de la messe est interdite.

La famine de 1846 à 1848, favorisée par l’attitude passive des anglais, fait un million de morts. Beaucoup y échappent par l’émigration. La population ne cesse alors de baisser. De 1845 à 1950, plus de six millions d’irlandais émigrent.

1872 : Les catholiques recouvrent le droit à la propriété. 

Provinces-Unies

Flandres, 1544 : Des bandes armées luthériennes, regroupées à Tournai, ravagent et incendient la région, pillent les églises.

1581 : Guillaume d’Orange interdit l’exercice public du culte catholique.

1700 : Le catholicisme est pratiquement éliminé. De 1610 à 1700, les calvinistes passent de 20 à 85%. 

Bohême

1619 : Les protestants déposent le roi Ferdinand II et mettent à sa place le réformé Frédéric V ce qui déclenchera la Guerre de Trente Ans. L’année suivante, il attaque le nouvel empereur Ferdinand II.

Conclusion

On lit et on entend dire que l’Angleterre, les Pays-Bas ou les pays scandinaves, parce qu’ils sont de culture protestante, ont été depuis l’origine des foyers de tolérance et de liberté de pensée, contrairement au trop catholique royaume de France. Les faits révélés ci-dessus montrent que la vérité de l’histoire est différente. Ce que confirme l’historien protestant François Bluche : « Si les protestants l’avaient emporté (en France), ils ne se seraient pas gênés pour convertir les catholiques de force ». (Famille Chrétienne, 9/04/1998) En ces temps troublés, de manière générale, il était préférable d’être protestant en France que catholique dans les pays sous domination protestante.

 

10 août 2017

LE MASSACRE DE LA SAINT-BARTHELEMY SIGNIFIE-T-IL L'INTOLERANCE DE LA RELIGION CATHOLIQUE ?

  Pourquoi une telle question ? Le massacre de la Saint-Barthélemy du 24/08/1572 semble en effet accréditer cette idée pour deux raisons. Tout d’abord, c’est le seul exemple toujours mis en avant en France de ce qu’on a appelé les « guerres de religion ». Les français ne connaissent que cela : des catholiques ont massacré des protestants en grand nombre. Ensuite, les catholiques étant largement majoritaires, les protestants apparaissent comme victimes de la domination catholique. Le schéma manichéen est alors clair : le catholicisme est synonyme de fanatisme et de violence et le protestantisme innocent a subi cette intolérance et cette brutalité.

  Un fait comme celui-ci ne doit cependant pas être présenté de façon isolée sinon il peut servir à toutes les manipulations. C’est pourtant bien ce qui se passe ici. Avant d’incriminer la religion catholique, il est impératif de s’interroger sur les causes lointaines et immédiates de cette frénésie meurtrière. Il y a tout un contexte oublié ou ignoré.

Les causes lointaines

  D’abord commençons par un rappel. L’agression est venue du protestantisme. Les violences protestantes ont précédé les violences catholiques. A l’origine de cela, signalons les discours haineux de Luther et de Calvin. Puis le concours des armées d’une partie de la noblesse en rébellion contre le pouvoir ou du pouvoir royal lui-même, selon les pays. Le protestantisme ne s’est pas propagé de manière pacifique, mais de manière violente. Il a été imposé. Sur le plan de la tolérance, les faits montrent que les pays protestants ont été plus répressifs que les pays catholiques.

  En France, l’attitude agressive et conquérante du protestantisme dans les années qui ont précédé le massacre de la Saint-Barthélemy a suscité l’exaspération des catholiques. Calvin qui inspire le protestantisme français est fanatique et cruel. Les protestants ont pratiqué une destruction du patrimoine religieux catholique supérieure à celle des révolutionnaires  de la fin du XVIIIème siècle. En tout, 20 000 églises ou monastères ont été endommagés ou détruits. Parallèlement, prêtres et moines notamment, ont subi massacres et atrocités. A Montbrison, puis à Morna, en 1562, les catholiques vaincus sont précipités du haut des murailles sur les piques des soldats. Le massacre de La Michelade à Nîmes en 1566, six ans avant la Saint-Barthélemy, fait près d'une centaine de victimes.

  Un véritable Etat se forme dans l’Etat. C’est un contre-pouvoir. Il est le fait de la noblesse passée au protestantisme (50%). Les huguenots négocient avec des Etats étrangers tel que l’Angleterre. L’Etat français est mis en péril. Les protestants apparaissent comme des comploteurs. Ce sont eux qui lancent la plupart des guerres dites « de religion » pour étendre leurs avantages acquis. Chaque conflit se termine par un traité leur garantissant la liberté de culte et plusieurs places fortes. A deux reprises, ils vont jusqu’à tenter l’enlèvement du roi : François II en 1560 et Charles IX en 1567. Cette même année 1567, Paris subit un siège humiliant de leur part. La Saint-Barthélemy est condamnable, bien sûr, mais elle trouve malheureusement un terreau dans la peur et l’exaspération du peuple catholique produites par des années de destructions et de massacres.

Les causes immédiates

  En 1571-1572, Coligny, amiral protestant, veut déclarer la guerre à l’Espagne. Il veut lancer les armées du roi de France contre les espagnols dans les Flandres. Charles IX est cependant opposé à toute intervention. Le 8/07/1572, Henri de Bourbon, futur Henri IV, fait son entrée à Paris accompagné par Coligny et 700 cavaliers protestants en vue de son mariage avec Marguerite de Valois. Le 10 août, une nouvelle fois, les protestants font pression pour que la France entre en guerre. Le 22 août, ils font comprendre qu’ils sont prêts à reprendre la guerre civile si on leur refuse la guerre des Flandres. (Alain Decaux, Histoire de la France et des Français au Jour le Jour, tome IV, p.195) Le même jour, Coligny est victime d’un attentat et blessé à la main. Charles IX est furieux et demande aussitôt une enquête. Le 23 août, les protestants organisent des émeutes dans Paris. Ils sont plus de 10 000 dans la capitale, armés et encadrés par les 700 cavaliers de l’escorte de Henri de Bourbon. Deux seigneurs protestants, viennent annoncer à la Reine Catherine que Coligny prépare un attentat contre elle, ses enfants et Henri, ce que confirment des dépêches d’ambassadeur. (AD, Ibid. p.197) Le 24 août, un groupe dirigé par le duc de Guise vient achever Coligny. Suite à ce signal, les protestants sont traqués dans toute la ville.

  L’attentat contre Coligny et le massacre de la Saint-Barthélemy restent un mystère. Qui a commandité l’attentat ? Plusieurs hypothèses existent. La reine Catherine ? Le duc Henri de Guise ? Selon Solnon, Henri III, Bourgeon, Charles IX et la Saint-Barthélemy ou Crouzet, La Nuit de la Saint-Barthélemy, la piste la plus probable est espagnole. Le roi d’Espagne, Philippe II, avait tout à craindre de la volonté de Coligny de venir en aide aux huguenots des Pays-Bas. Qui a ensuite provoqué le massacre ? Pour Solnon, c’est un « dérapage ». Selon Crouzet, l’ordre de tuer un nombre limité de chefs huguenots aurait été délibéré au Conseil du roi. D’après Bourgeon, devant le chantage espagnol et la volonté d’en découdre de la population parisienne, Charles IX aurait consenti à la tuerie afin de prévenir une émeute dont il aurait été la cible, les Guise risquant de s’octroyer la couronne de France. (Jean Sévillia, Historiquement Correct, p. 108-109) Ce qui est certain, c’est que Charles IX ne contrôle plus les événements. Le 25 août, il donne néanmoins des ordres précis pour protéger les protestants.

Combien de morts ?

 On admet aujourd’hui un chiffre aux environs de 2 à 3 000 pour Paris et, pour les jours qui ont suivi, de 8 à 10 000 pour la province. Un point demeure obscur : combien de catholiques parmi les personnes tuées ? Il est difficile d’imaginer en effet que les protestants qui étaient armés n’aient opposé aucune résistance. Et que dire des 700 cavaliers ? Les catholiques ont-ils été exclu du décompte des victimes ou font-ils partie des 1900 corps recensées  par les fossoyeurs au cimetière des Innocents près de Saint-Cloud ?

Conclusion

La Saint-Barthélemy n’a rien à voir avec une soi-disant intolérance de la religion catholique. Elle ne découle pas de sa foi, de sa spiritualité ou de sa morale. Elle ne découle pas plus de l’enseignement des papes ou des autorités ecclésiastiques. Elle est le résultat sur le long terme d’une exaspération humaine suite à de nombreuses provocations et agressions. Elle est la conséquence sur le court terme non du fanatisme religieux mais de peurs et de manœuvres  de nature politique. Les causes sont d’abord humaines et politiques. S’il y a une causalité religieuse lointaine à chercher, elle se trouve dans la volonté de Luther et de Calvin de s’attaquer au catholicisme pour y substituer le protestantisme, volonté qui a donné justification à une partie de la noblesse et à certains monarques d’utiliser les armes pour s’en prendre aux biens de l’Eglise, aux moines et aux prêtres à travers toute une partie de l’Europe.

13 mars 2017

LE TABLEAU GUERNICA DE PICASSO ET LA GUERRE D’ESPAGNE

  Ce tableau de Picasso est commandé dès le mois de janvier 1937 par le gouvernement espagnol pour représenter l’Espagne à l’exposition universelle de Paris de 1937. L’intention est politique : il s’agit de dénoncer le général Franco qui a pris les armes contre le gouvernement socialiste de Caballero, surnommé le « Lénine espagnol ».

  Il a servi à produire la légende selon laquelle le bombardement du 26 avril 1937 de la petite ville de Guernica était une opération programmée de destruction de la population civile réalisée par l’aviation allemande, probablement à l’instigation de Franco et dont le résultat aurait été  de 800 à 3000 morts pour une population totale de 5000 habitants.

  En réalité, le nombre de morts s’élève à 126 et le bombardement a été décidé par le chef allemand de la Légion Condor sans l’autorisation de Franco. Celui-ci, au contraire, avait expressément interdit les bombardements sur les objectifs civils.

  Ce tableau fut une œuvre de propagande, exposée à travers le monde, pour lever des fonds. Picasso était lui-même engagé auprès du parti communiste. 

  C’est Staline qui a fondé les Brigades internationales. Il est à l’origine de l’envoi d’argent, de matériel militaire et de milliers de cadres et conseillers militaires. C’est pour cela que Franco accepte une aide au demeurant modeste des allemands et des italiens. Plus tard, il refuse à Hitler l’accès à Gibraltar et permet que l’Espagne soit une terre de refuge pour les juifs. Les USA lui fournissent du pétrole à crédit. Churchill, déclare le 24/05/1944 sa reconnaissance au régime de Franco d’avoir prêté « un immense service … à la cause des nations alliées ». 

  Le vrai début de la guerre civile n’est pas l’intervention de Franco et le soulèvement à Melilla du 17 juillet 1936, mais les violences socialistes, communistes et anarchistes qui ont commencé bien avant.

  La persécution religieuse par le gouvernement de gauche commence dès 1931, par exemple par la dissolution des jésuites. En août 1933, le PSOE (socialiste) se déclare en faveur de la dictature du prolétariat. La gauche perd les élections en 1933 et tente une insurrection qui fait 1335 morts. En 1936, Sotelo est assassiné et un attentat échoue contre l’autre grand représentant de la droite, Gil Roblès. On compte 330 assassinats politiques, 160 églises et couvents incendiés. La Constitution est violée et le Président de la République, un centriste, est destitué car jugé trop conservateur.

  En août 1936, six mois après le déclenchement des violences anti religieuses, 10 évêques et 2000 prêtres sont déjà assassinés par le Front Populaire. Au total, ce sera presque 7000 ecclésiastiques       (13 évêques, 4200 prêtres, 2500 religieux, 280 religieuses et 240 séminaristes) soit plus de 20% du clergé !

  A Paracuellos, en novembre 1936, cinq mois avant le drame de Guernica, un drame d’une autre ampleur a eu lieu, certainement le plus grand massacre de civils de cette guerre. 5000 étudiants, avocats et médecins sont fusillés et enterrés dans de gigantesques fosses communes. Santiago Carillo, futur secrétaire du Parti Communiste Espagnol, en fut l’un des responsables. 

  Présenter par conséquent la Guerre d’Espagne de façon manichéenne comme une guerre civile entre, d’un côté, les bons, les « républicains » - en fait, la gauche marxiste et anarchiste - et, de l’autre, les méchants, les « fascistes » - en fait, les défenseurs d’une Espagne libre du marxisme, relève de la désinformation. 

 Voici deux déclarations significatives de l’époque. Celle du délégué espagnol au Congrès des Athées, à Moscou : « L’Espagne a surpassé de loin l’œuvre des soviets, parce que l’Eglise a été totalement annihilée ». Et celle du communiste Hernandez, ministre de l’Instruction Publique du gouvernement Caballero : « Votre lutte contre la religion est aussi la nôtre. Nous avons le devoir de faire de l’Espagne une terre d’athées militants. La lutte sera difficile, parce que dans ce pays il y a beaucoup de réactionnaires qui refusent la culture soviétique. Mais toutes les écoles d’Espagne seront transformées en écoles communistes. » 

  Bien plus tard, le général de Gaulle, rapporte ainsi ses propres paroles à Franco : «  Je lui ai dit ceci : en définitive, vous avez été positif pour l’Espagne. Et c’est vrai, je le pense. Et que serait devenue l’Espagne si elle avait été la proie du communisme. »

 

24 avril 2016

LA GUERRE QUI A OPPOSE PROTESTANTS ET CATHOLIQUES EN IRLANDE DU NORD EST-ELLE UNE GUERRE DE RELIGION ?

(Article modifié le 1/11/2017) 

  Ce n’est pas la religion elle-même qui est responsable le plus souvent des tensions qui existent entre les hommes. On peut bien sûr mettre en avant des conflits qui ont opposé des croyants de confession différente. Il faudrait aussi parler des valeurs de paix, de respect des autres que les religions ont développé au cours de l’histoire. Ainsi, le second commandement de la religion chrétienne est celui-ci : « Tu aimeras ton prochain comme toi-même » (St Marc, 12,13) et l’exigence va encore plus loin lorsque le Christ dit : « Aimez vos ennemis et priez pour vos persécuteurs » (St Matthieu 5,44). N’oublions pas également la rencontre qui a eu lieu à Assise à la demande du pape Jean-Paul II, entre les représentants d’un grand nombre de religions.

   Les causes des guerres et des violences sont d’abord dans le cœur de l’homme, dans son orgueil, sa jalousie, sa cupidité et ses convoitises. Les causes sont ensuite ethniques ou nationalistes lorsqu’un peuple, un Etat veut s’imposer à d’autres. Signalons aussi ces hommes qui, sans aucun sentiment religieux de leur part, ont su au cours de l’histoire et encore aujourd’hui utiliser la religion à des fins personnelles et politiques. Ainsi lorsqu’on parle de guerre de religions, on déforme bien souvent la réalité, car les causes sont d’abord politiques ou sociales. Si les hommes se battent si souvent, ce n’est pas à cause de leurs différences religieuses, mais à cause de différences de nationalités et d’intérêt économique.

  A titre d’exemple, la guerre  qui opposa protestants et catholiques en Irlande du Nord n’est pas d’abord une guerre de religion. Tout a commencé de 1171 à 1175, lorsque l’Irlande tomba sous le pouvoir du roi d’Angleterre Henri II. Au départ, l’Angleterre et l’Irlande étaient deux nations catholiques. Le conflit fut donc d’ordre national. En 1250, les 3/4 du pays sont aux mains des conquérants. L’île entière est sous domination anglaise en 1494.

  Un nouveau pas est franchi avec Henri VIII qui semble parvenir à une assimilation complète de l’Irlande à l’Angleterre puisqu’en 1541 le premier parlement national d’Irlande proclame Henri VIII roi d’Irlande. Cependant, suite à des provocations de la part des protestants anglais, car entre temps l’Angleterre est passé sous influence protestante, les catholiques irlandais se révoltent. La répression est d’une cruauté inouïe. Les autochtones subissent extermination, confiscation de biens et implantation de colons protestants sur une grande échelle, notamment des presbytériens venus d’Ecosse.

  Dans ces conditions, la guerre entre les nouveaux colons et les anciens habitants, celtes et anglo-normands, n’est plus seulement politique mais aussi religieuse. Cependant, et cela est vrai aussi pour le reste de l’Europe, il n’est pas juste de parler de guerre de religions au sens où deux religions se feraient la guerre pour s’imposer l’une à l’autre. En effet, il s’agit de la guerre d’une religion, le protestantisme (ou l’anglicanisme si on préfère), contre une autre religion, le catholicisme.

  Plus tard, en 1641, une grande révolte a lieu et Cromwell, protestant ayant en haine les catholiques, mène à partir de 1649, une répression implacable. Selon les sources, entre le tiers et la moitié de la population est massacré ou conduit comme esclave dans le Nouveau Monde. De 1641 à 1652, la population passe de 1.500 000 à 600 000 habitants. Les terres du nord du pays sont confisquées et attribuées à des colons venus d’Ecosse et d’Angleterre. Les discriminations se multiplient et la pratique de la religion catholique est interdite.

  Pourtant, c’est un protestant, Wolfe Tone (1763-1798) qui génère les premières insurrections favorables à l’indépendance de l’île qui déboucheront sur l’Armée Républicaine Irlandaise (IRA). Ce que l’IRA combattait, en effet, ce n’était pas la religion protestante, mais la présence britannique et les injustices sociales que subissaient les irlandais d’origine qui se trouvaient être des catholiques ! Il y a guerre de religion lorsque le but est religieux et qu’il s’agit d’imposer une religion à une autre. Les catholiques irlandais ne luttaient pas contre le protestantisme, mais contre des colonisateurs devenus protestants. Dans ces conditions, il n’est pas juste de les accuser de mener une guerre de religion.

  Cette situation d’injustice subie par les catholiques ne justifie évidemment pas les attentats, que les autorités religieuses ont d’ailleurs toujours formellement condamnés comme le souligne cette déclaration de Mgr Daly : « Conscient de mon devoir, en tant qu’évêque catholique, d’enseigner la foi catholique au nom du Christ, je déclare que l’appartenance à l’IRA et la participation volontaire ou la coopération avec ses soi-disant opérations militaires, sont un péché très grave. Toute personne qui souhaite être  ou rester catholique est liée par cet enseignement. »