29 mars 2018

ELI, ELI, LAMA SABACHTHANI !

« Mon Dieu ! Mon Dieu ! Pourquoi m’as-tu abandonné ? » (Matthieu 27,46 et Marc 15,34).

  Cette phrase veut-elle dire que Dieu le Père a abandonné Jésus-Christ ?

  La foi, reçue des Evangiles, nous dit que Jésus-Christ est Dieu. Il est Fils de Dieu : « Il est Dieu, né de Dieu ; Lumière née de la Lumière ; Vrai Dieu, né du vrai Dieu ».

  L’amour, l’intimité et l’unité entre le Père et le Fils sont parfaits. Cela nous est enseigné tout au long de l’Evangile : « Celui qui m’a envoyé est avec moi et Il ne m’a pas laissé seul, parce que je fais toujours les œuvres qui lui sont agréables » (Jean 8,29). « Moi et le Père, nous sommes Un » (Jean 10,30). « Le Père est en moi et je suis dans le Père » (Jean 10,38). « Père Juste ! Le monde ne vous a point connu ! Mais moi, je vous ai connu, et ceux-ci ont compris que vous m’avez envoyé. Je leur ai manifesté votre Nom. Je le leur ferai connaître encore, afin que l’amour dont vous m’avez aimé soit en eux, et que moi-même je sois en eux » (Jean 17,25-26).

  Dieu s’est fait homme en Jésus-Christ pour nous apporte le salut. La vie et la mission du Christ ont été annoncées par les prophètes. Le christ vient donc parmi nous et réalise ce qui a été annoncé plusieurs siècles avant sa naissance. De nombreux passages de l’Ancien Testament font allusion au Christ. Le Christ accomplit les Ecritures. Ainsi, les dernières paroles qu’Il prononce sur la croix sont des paroles que nous trouvons dans les Psaumes. Par exemple, peu avant sa mort, Il dit : « J’ai soif » (Jean 19,28) et les soldats lui donnent à boire. Or, le Psaume 69,22 dit : « Ils m’ont donné du vinaigre pour apaiser ma soif ». De même, avant d’expirer, Il dit : « Père, je remets mon esprit entre tes mains » (Luc 23,46). C’est précisément ce que dit le Psaume 31,6 : « Entre tes mains, je remets mon esprit ».

  Nous arrivons maintenant à cette phrase du crucifié qui surprend tellement. Nous la retrouvons, elle aussi, intégralement au Psaume 21. C’est une nouvelle fois l’accomplissement des Ecritures. D’ailleurs, aussitôt après, il dira : « Tout est consommé » (Jean 19,30). Cette phrase ne signifie pas que le Christ soit abandonné du Père. Nous pouvons confirmer cela en reprenant le Psaume 21 et en lisant l’un de ses versets, le verset 25 : « … car Il n’a point (le Père) méprisé, ni dédaigné la pauvreté du Pauvre (il s’agit du Christ), ni caché de Lui sa face, mais invoqué par Lui, Il écouta ». Il ne faut pas croire non plus que l’unité entre le Père et le Fils ait été brisée, ni que le Fils ait pu douter du Père. En effet, sa toute dernière parole est celle-ci : « Entre tes mains, je remets mon esprit ». Remet-on son esprit à quelqu’un qu’on estime nous avoir abandonné ?

  Il n’en reste pas moins que le Christ parle d’abandon. Quel sens devons-nous donner à ce mot ? Le Christ est Vrai Dieu. Il est aussi Vrai Homme. Il assume notre condition humaine dans sa totalité, hormis le péché. Sur la croix, il est humainement brisé, anéanti, délaissé. Il est abandonné aux hommes, à ses bourreaux. Il voit la mort approcher. Il éprouve l’abandon que peut éprouver tout homme à ce moment-là. Le Christ accepte cette dernière épreuve pour être encore plus solidaire de notre humanité.

  Saint Hilaire explique que : « La plainte de l’abandonné vient de cette infirmité qui va à la mort. Vous avez dans cette plainte d’être abandonné, la preuve qu’Il est un homme ». Il ajoute : « Et vous avez en ce que en mourant, Il proclame qu’Il règne dans le Ciel, la preuve qu’Il est Dieu ». Saint Hilaire fait allusion à cette phrase du Christ au bon larron : « En vérité, je te le déclare, aujourd’hui même, tu seras avec moi dans le Paradis » (Luc 23,43).

  Sur la croix, le Christ porte aussi tous nos péchés. Or le péché est ce qui sépare l’homme de Dieu. Notre propre péché peut nous faire croire que nous sommes abandonnés de Dieu. Le Christ accepte de vivre cet abandon par amour pour nous et par obéissance envers le Père. Son cri vers le Père doit nous ouvrir les yeux sur notre propre péché et nous en faire ressentir toute la misère.


28 mars 2018

A QUOI CELA SERT-IL DE CROIRE ?

Croire, au sens chrétien, c’est avoir la foi. Mais qu’est-ce que la foi ?

1 La foi est d’abord un don de Dieu. C’est Dieu qui vient toucher notre cœur et éclairer notre intelligence pour que nous puissions prendre conscience qu’Il est là et qu’Il nous aime. Ce n’est pas l’homme qui se donne la foi. Celle-ci est d’abord une initiative de Dieu. On emploie le mot grâce pour désigner cette initiative. La foi est le fruit d’une action progressive, patiente et aimante de Dieu dans notre âme. « Votre foi repose non pas sur la sagesse des hommes, mais sur la puissance de Dieu » dit saint Paul (1Co 2,5). « La foi est un don de Dieu à demander dans une prière ardente » dit également Jean-Paul II (Bénin, 1982).

2 La foi n’est pas une simple opinion que je me fais au sujet de Dieu. C’est une certitude qui s’impose à moi suite à une expérience intérieure. Lorsque j’ai fait l’expérience de la présence et de l’amour de Dieu, je ne doute plus de son existence.

3 Croire au sens chrétien, ce n’est pas simplement croire en l’existence de Dieu. C’est croire aussi que Dieu est Père, qu’Il est créateur du ciel et de la terre, qu’Il a envoyé son Fils, Jésus-Christ, parmi nous, pour prendre notre condition humaine et pour nous sauver du péché et de la mort éternelle. C’est croire qu’Il nous donne son Esprit par sa Parole dans l’Ecriture Sainte et par les sacrements, notamment celui de l’Eucharistie. C’est croire qu’Il peut changer notre vie pour la rendre plus belle. C’est croire qu’Il a fondé l’Eglise pour nous rassembler en une grande famille et pour nous guider vers la Vérité. C’est croire que nous sommes appelés à ressusciter avec notre propre corps et à vivre éternellement en intimité avec Lui.

4 La foi nous ouvre ainsi au don de Dieu. Ce don est infini. Il dépasse tous les biens matériels que nous pouvons acquérir au cours de notre vie terrestre. La foi nous ouvre sur une vie d’une grande intensité et d’une grande richesse qui nous saisit tout entier : « Nous savons et nous soulignons que, lorsqu’on reçoit le Christ par la foi, lorsqu’on fait l’expérience de sa présence dans la communauté et dans la vie personnelle, des fruits sont produits dans tous les domaines de l’existence humaine, écrit Jean-Paul II dans Euntes in mundum (1988).

5 La foi authentique est active et transforme notre vie quotidienne en nous communiquant une vie nouvelle qui engendre l’amour, le don de soi, le sens du pardon, la paix, la joie et le témoignage. La foi ne se sépare pas de la charité, comme le dit saint Paul : « Ce qui importe, c’est la foi agissant par la charité » (Galates 5,6). Saint Jacques (2,17) est encore plus précis en disant : « Ainsi en est-il de la foi : si elle n’a pas les œuvres, elle est morte ».

6 La foi nous engage donc à servir ardemment notre prochain et à nous tourner vers Dieu : « La vie de foi se manifeste surtout par la participation à la vie sacramentelle et liturgique, ainsi que par une vie de prière constante » (Jean-Paul II aux évêques hollandais, 1983). Il faut en effet être nourri de Dieu pour pouvoir aimer à la manière de Dieu. Il faut boire à la source.

7 Pour mieux comprendre le sens de la foi, nous devons saisir le sens de la création. Pourquoi Dieu nous a-t-il crée ? Dieu est Amour. Il a créé l’homme par amour. Il a créé l’homme « à son image et à sa ressemblance » (Genèse 1,27), c’est-à-dire avec un esprit d’intelligence et de liberté, capable de le connaître, de recevoir son amour, de l’aimer et d’être uni à Lui. Plus encore, Il veut faire de nous ses fils. Il veut nous communiquer le bien le plus grand qui soit, sa propre vie divine, vie éternelle d’amour, de joie, de lumière, de sagesse. Ce don dépasse ce que nous pouvons imaginer. « Si tu savais le don de Dieu » (Jean 4,10) dit Jésus à la Samaritaine. En fait, nous avons été créés pour ce qu’il y a de plus grand pour une créature : vivre éternellement en intimité avec le Créateur.

8 Il y a cependant un obstacle à cette vocation : le péché. Il est entré dans le monde par la désobéissance et la prétention de l’homme. Le péché a instauré une séparation et une coupure entre l’homme et Dieu. Il empêche la réalisation du projet d’amour de Dieu sur les hommes. Pourtant, Dieu n’abandonne pas l’humanité à son péché. Il envoie un sauveur, Jésus-Christ, son Fils unique.  En souffrant et en mourant sur la croix, Jésus a voulu nous faire comprendre qu’il n’y avait pas de limites à l’amour de Dieu, qu’il prenait sur Lui le poids de nos fautes et qu’il venait pour réparer le mal de l’humanité toute entière.

9 Ainsi, grâce au sacrifice d’amour de Jésus-Christ, l’homme peut retrouver le chemin de la justice et de la sainteté. Par Jésus-Christ, l’homme est libéré du péché et retrouve sa véritable relation avec Dieu.

10 La foi nous permet de découvrir et d’accueillir tous ces mystères. En ce sens, elle nous permet de recevoir le salut qui vient ce Dieu. Dans l’Evangile, Jésus-Christ nous montre très souvent le lien qu’il y a entre le salut et la foi par cette petite phrase : « Ta foi t’a sauvé » (Luc 18,42 ; Marc 5,34 et 10,52). Les apôtres ont enseigné la même chose : « Il n’y a aucun salut ailleurs qu’en Lui (Jésus-Christ), car il n’y a pas sous le ciel d’autre nom donné aux hommes par lequel nous devons tous être sauvés ». (Actes des Apôtres 4,12). Et Jean-Paul II montre bien l’importance de ce qui est en jeu, en disant : « Ne pas croire veut dire exactement : refuser le salut offert à l’homme par le Christ ». Il ne s’agit pas d’une menace, ni d’un chantage, mais bien plutôt d’un cri d’amour, le cri d’un père qui veut donner le bonheur, un bonheur sans fin, à ses enfants.

11 Voilà à quoi sert la foi ! Cela dépasse infiniment l’aspect utilitaire à court terme. C’est notre bonheur éternel qui est en jeu, c’est notre bien le plus élevé. C’est aussi notre attitude par rapport à Dieu. La foi est un juste retour à notre Créateur et Père. Imaginons que nous refusions de reconnaître que notre père soit notre père et que notre mère soit notre mère. Quelle injustice ! Quelle violence faite au cœur de ceux qui nous ont aimé et nous ont donné la vie !

12 L’homme peut-il vraiment se passer de Dieu ? Ne peut-il pas découvrir au fond de lui-même une présence et dire comme saint Augustin : « Tu nous as faits pour Toi, Seigneur, et notre cœur est inquiet jusqu’à ce qu’il repose en Toi » (Les Confessions, Livre I, Ch. 1)

 

10 mars 2018

L'ANTICHRISTIANISME DE LA REVOLUTION FRANCAISE

 

Dans un premier temps, la monarchie et l’aristocratie ne sont pas menacées.

Les inspirateurs de la Révolution, philosophes et francs-maçons, étaient monarchistes et souhaitaient une évolution de la monarchie et non sa disparition. L’un des principaux acteurs des premiers troubles était le duc d’Orléans, cousin du roi. Membre du Grand Orient, il subventionne le Club Breton, futur Club Jacobin.

Jean Dumont : « Il y a tout au long de l’année 1790, de grandes manifestations au loyalisme monarchique dont la Fête de la Fédération, le 14 juillet où le roi a été vivement acclamé. On nous a fait oublier cela, la première fête du 14 juillet fût une fête monarchiste. Plus encore, le 7/07/1792, la Législative mit hors la loi, par un décret spécial, tout individu qui oserait parler de République. » (La Révolution Française ou les prodiges du sacrilège, p.191)

« En 1791, Beaumarchais prend la plume contre l’Eglise romaine. A ce moment, la noblesse vivait tranquillement chez elle. La grande majorité des châteaux était occupée par les familles de leurs propriétaires … C’est seulement après la chute de la monarchie en août 1792, et avec les débuts de la Terreur, qu’une partie des aristocrates abandonne ses châteaux soit pour aller vivre en ville, soit pour émigrer. » (Id. p.202)

« Il y avait donc bien un bonheur de vivre noble en Révolution très concret. Même l’historien marxiste Michel Vovelle le constate : En général la noblesse put continuer à sauver l’essentiel de sa fortune. » (Id. p.267)

« Ce ne sera que lorsque Louis XVI aura finalement choisi la fidélité au christianisme, à l’Eglise, qu’en 1792 la monarchie sera abattue. Jusque-là, infidèle, elle ne risquait rien, ou que d’acceptables modalités. » (Id. p.247)

 

La Révolution française a d’abord et surtout été antichrétienne

Pierre Gaxotte : « S’il fallait ramener à l’unité la pensée du XVIIIème siècle ou du moins ses écrivains, on pourrait avancer qu’elle a été antichrétienne ; on ne saurait prétendre qu’elle ait été antimonarchique. » (Le siècle de Louis XV)

Cardinal Poupard : « La Révolution a objectivement persécuté l’Eglise jusqu’au martyre. Les historiens sérieux reconnaissent aujourd’hui que la Révolution a persécuté l’Eglise non pour des raisons politiques mais pour des raisons spirituelles. Le nouveau pouvoir issu de la Révolution s’est voulu non seulement politique mais global, total. Et il n’y a qu’un pas, vite franchi hélas, du total au totalitarisme. »

Tocqueville : « Une des premières démarches de la Révolution française a été de s’attaquer à l’Eglise. »

Pourtant les cahiers de doléances se révèlent très favorables à la religion. On ne trouve que 6% des cahiers à requérir la suppression totale des dîmes. Il n’est que 2% des cahiers pour demander la suppression des vœux et des ordres religieux contemplatifs. Parmi ces 2%, la noblesse est la plus acharnée.

 

Tout au long de la période révolutionnaire les mesures les plus graves sont prises contre l’Eglise. Voici les faits dans leur ordre chronologique. Ils font apparaître une volonté d’anéantissement.

11/08/1789 : La dîme est supprimée. Par cet impôt, l’Eglise assurait sa mission sociale : écoles, hôpitaux, pauvreté.

28/10/1789 : L’Assemblée suspend autoritairement le recrutement monastique et les vœux.

2/11/1789 : Les biens ecclésiastiques sont saisis.

13/02/1790 : Les ordres contemplatifs sont supprimés.

17/03/1790 : Les biens ecclésiastiques sont mis en vente.

14/06/1790 : Massacre dans les rues de Nîmes de plus de 300 catholiques et fuite de 1200  familles pour avoir été des milliers à signer une pétition en faveur des droits de la religion et de la foi catholique.

12/07/1790 : Constitution Civile du Clergé. On édifie une religion d’Etat en rupture avec Rome. Prêtres et évêques deviennent fonctionnaires d’Etat. Curés et évêques sont élus. Les écoles religieuses sont fermées et les ordres hospitaliers démantelés. Cependant l’Eglise et le pays résistent et la loi reste presque partout lettre morte.

3/09/1790 : Abolition des vœux monastiques.

27/11/1790 : Vote pour obliger le clergé à un serment de fidélité envers la CCC.

10/03/1791 : Pie VI condamne le statut imposé au clergé par la Constituante par la lettre Quod aliquantum

4/04/1791 : Décision est prise de transformer l’église Sainte Geneviève en temple païen rebaptisé Panthéon.

16/11/1791 : Un décret déclare suspect tout prêtre non jureur et le prive de son traitement. 4/130 évêques et 30.000/130.000 prêtres font le serment.

29/11/1791 : Un décret permet l’arrestation des clercs non-jureurs sur simple dénonciation non vérifiée.

Janvier 1792 : Les prêtres sont encouragés à se marier.

Avril 1792 : Suppression de l’habit ecclésiastique.

27/05/1792 : Un décret de la Législative ordonne la déportation des prêtres réfractaires dès qu’ils sont dénoncés par 20 citoyens d’un même canton.

14/07/1792 : Plusieurs prêtres et religieux ayant vivement réagi sont massacrés par les « patriotes » et leurs têtes promenées au bout de piques.

10/08/1792 : Les prisons se remplissent de prêtres réfractaires.

17/08/1792 : Un décret ordonne l’évacuation des couvents.

18/08/1792 : Un décret proscrit toute vie religieuse commune.

26/08/1792 : La législative aggrave le décret sur les prêtres réfractaires. Bannis de leur patrie, 45.000 ecclésiastiques s’exilent, 30.000 entrent en clandestinité et 4.000 sont arrêtés et déportés aux Pontons de Rochefort ou en Guyane. Très peu reviendront.

Les massacres du 2 au 5 septembre 1792 : Suite à une accusation de complot contre la France révolutionnaire, les prisons sont visitées. Parmi les prisonniers massacrés, on dénombre 3 évêques et 223 prêtres.

14/09/1792 : Les carmélites de Compiègne sont expulsées puis guillotinées.

24/04/1793 : Tout prêtre ayant refusé le serment s’expose à être arrêté et exécuté dans les 24h sans recours possible.

17/09/1793 : Selon une loi, quiconque dénonce un proscrit reçoit 100 livres de récompense.

20/10/1793 : Selon une autre loi, quiconque donne l’asile à un proscrit est déporté.

10/11/1793 : Notre Dame de Paris devient le temple de la Raison.

23/11/1793 : Toutes les églises parisiennes sont fermées. Puis, c’est au tour des lieux de culte réformés ou juifs.

5/10/1793 : Entrée en vigueur du calendrier de Fabre d’Eglantine. Le décadi (tous les dix jours) remplace le dimanche. Il faut travailler le dimanche.

8/06/1794 : Robespierre institue le culte de l’Etre suprême et un rite laïc.

On force maintenant les prêtres qui ont prêtés serment à abdiquer et à se marier. Les mariages des prêtres sont quasi obligatoires, sous la menace de la prison et de l’échafaud. Les 2/3 des prêtres qui ont prêté serment, soit 20.000, renoncent à leur sacerdoce et doivent signer la déclaration suivante : « Je … faisant le métier de prêtre … convaincu des erreurs par moi trop longtemps professées, déclare y renoncer à jamais. »

En 1796, 1448 prêtres français et 8235 prêtres belges sont envoyés au bagne.

Jean de Viguerie : Au final, « la Révolution fit périr 8.000 prêtres, religieux et religieuses. » (Le Livre noir de la Révolution française p.213)

28/08/1799 : Le Pape Pie VI, prisonnier, meurt à Valence.

 

 

06 mars 2018

LE MYTHE DE LA TOUTE-PUISSANCE DE L'EGLISE AU MOYEN-AGE

  En s’appuyant sur l’idée que l’Eglise était autrefois toute-puissante, un certain nombre de personnes rendent volontiers celle-ci responsable de tout ce qui a été négatif dans le passé. Pourtant, l’Eglise n’était pas seule à l’œuvre. D’une part, il y avait les mœurs préchrétiennes toujours plus ou moins présentes. Ensuite, il faut prendre en compte la faiblesse de la nature humaine qui concerne les chrétiens comme les autres hommes. Egalement, ce n’est pas parce qu’une société est dite chrétienne que tous les baptisés se tournent en vérité vers le Christ pour se laisser transformer en profondeur par la grâce. Enfin, l’Eglise est en permanence confrontée à des puissances temporelles : seigneurs, rois, empereurs, chefs d’Etat, qui entravent son action, et s’immiscent dans ses affaires internes jusqu’à son plus haut sommet. Il faut savoir qu’un grand nombre  d’abbés, d’évêques ont été installés par les puissances temporelles  et non par l’Eglise. Il y a une multitude d’exemples à cet état de fait. En voici une liste très partielle. Nous espérons qu’elle aidera à prendre conscience que l’Eglise n’avait pas cette liberté et ce pouvoir absolu qu’on lui prête si souvent. 

  -  Au IVe s, les empereurs imposent des évêques ariens. L’empereur Constantin demande à Athanase, évêque d’Alexandrie, d’admettre à nouveau Arius dans l’Eglise. Athanase refuse. En 335, les partisans d’Arius réussissent à faire déposer Athanase au Synode de Tyr. Il part en exil à Trèves et ne pourra retrouver son siège épiscopal qu’après la mort de Constantin en 337.     

  -  En 404, l’empereur Arcadius chasse Jean Chrysostome, le plus célèbre prédicateur de l’Orient, de son siège de patriarche de Constantinople et l’envoie en exil.

  -  Les rois, à l’exemple des empereurs byzantins dirigent très tôt l’Eglise. Ainsi, en 511, Clovis réunit un concile à Orléans et se présente comme le chef de l’Eglise de Gaule. Ses successeurs continuent à réunir des conciles avec l’accord des évêques. Ces derniers ne peuvent qu’approuver car ils sont nommés par le roi. Ce sont souvent d’anciens fonctionnaires qui ont fait leurs preuves à la cour. (Hist. Christ. n°2, p.82)

  -  Justinien, empereur romain d’Occident (527-565), fait arrêter le Pape.

  -  Dès son élection au siège de Rome, Martin Ier s’oppose à l’empereur byzantin à propos du monothélisme (une seule volonté dans le Christ). Le 19 juillet 653, le pape est arrêté dans la basilique de Latran où il s’était réfugié. Après un voyage au cours duquel on le brutalise, puis un emprisonnement de trois mois, il est soumis à un procès politique pour rébellion contre l’empereur. Il est envoyé ensuite en exil en Crimée où il meurt en 655, brisé par les épreuves dues à sa résistance face à l’ingérence impériale dans les affaires de la foi.

  -  A Rome, le Xe s. est une période très troublée. Entre 896 et 904, huit papes sont assassinés ou emprisonnés. Dans les premières décennies du siècle, l‘aristocratie romaine prétend défendre ses prérogatives sur l’institution pontificale (HC n°3, p.8)

  -  Otton Ier, couronné empereur en 962, associe étroitement l’Eglise à son gouvernement en investissant les évêques qu’il choisit du pouvoir de commandement sur leurs terres. Il contrôle l’élection pontificale et dépose plusieurs papes qu’il juge indignes (HC n°2, p. 102)

  -  Otton III place sur le siège pontifical son ancien maître, Gerbert d’Aurillac, qui a pris le nom de Sylvestre II. Tous deux meurent en 1002.

  -  XIe s. Les princes investissent des évêques sans demander l’avis de Rome. Le pape Grégoire VI est exilé. L’empereur Henri IV veut déposer le nouveau pape Grégoire VII. Il est excommunié. L’empereur se soumet, puis se ravise. Il occupe Rome, fait élire un antipape. Grégoire VII meurt en exil en 1085 (Fam. Chrét. N°1146, p.8).

  -  XIe s. L’Eglise est de fait aux mains des laïcs nobles qui nomment curés, évêques et abbés sans souvent se soucier de leur valeur morale et spirituelle. Quant au pape, il tend à devenir le chapelain du Saint Empire Germanique (H.C. n°3, p.19).

   -  XIIe s. Rébellion contre le pape Alexandre III, de l’empereur allemand Frédéric Barberousse (1152-1190) qui rêve de dominer l’Europe. Il suscita contre l’Eglise des papes, des antipapes, chassa par les armes le Souverain Pontife de Rome et le força à vivre plusieurs années en exil. Il se moqua des excommunications, fomenta des schismes et tenta d’asservir entièrement le clergé au pouvoir civil. Six guerres successives. C’est au fil de cette querelle que la papauté a forgé son pouvoir partiellement temporel par nécessité politique. (Jean Guiraud, L’Inquisition médiévale, page 76)       

  -  L’évêque de Cracovie, Stanislas, est assassiné d’un violent coup d’épée en 1079 au cours d’une messe par le roi Boleslas II lui-même pour avoir osé pris position contre ses mœurs dissolues, notamment des rapts et des viols et pour l’avoir excommunié.

  -  Henri II, roi d’Angleterre, veut utiliser Thomas Becket pour asseoir sa politique et sa prédominance sur l’Eglise. Celui-ci s’oppose aux prétentions royales afin de maintenir les droits du pape. Il est assassiné en 1170 (H.C. n°3, p.12).

  -  Johannes Joergensen, l’un des premiers biographes de François d’Assise rappelle que « ni le siècle de la Réforme ni l’époque de la Révolution n’ont été plus hostiles au pape et à l’Eglise que les premières années du XIIIe siècle » : le pape est insulté, outragé, tantôt enfermé chez lui, tantôt expulsé de Rome ; à Assise même les habitants préfèrent incendier la citadelle impériale plutôt que d’y voir le pontife. Le calendrier chrétien a été remplacé, les sectes et les hérésies se répandent partout  (d’Orcival, Valeurs Actuelles du 21/03/13).

  -  Depuis longtemps, au XIIIème siècle, les papes évitaient de résider à Rome même à cause des menaces que les nobles romains faisaient peser sur eux.

  -  Frédéric II, empereur germanique de 1212 à 1250, est excommunié en 1227, puis en 1239.

  -  L’empereur tend à outrepasser son rôle traditionnel de protecteur de la papauté puisqu’il nomme quasiment seul le successeur de Pierre. La lutte de la papauté pour recouvrer son indépendance est longue, confuse et parfois violente. L’investiture laïque qui permet aux empereurs de nommer évêques et abbés et qui empêche les papes de choisir leurs représentants débouche sur la Querelle des Investitures. Il faut attendre 1254 pour que le pape Innocent IV soit considéré comme le véritable chef de la chrétienté (H.C. n°3, p.20).

  -  Le 7/09/1303, le chancelier de Philippe le Bel, Guillaume de Nogaret, fait gifler le pape Boniface VIII à Anagni. Moralement abattu et accablé, celui-ci trépasse quelques jours plus tard.

  -  Oct.1303, un nouveau pape est élu. Il est contraint de quitter Rome tombée aux mains des Colonna.

  -  Philippe le Bel impose un candidat français, Clément V, en 1305. De puissance rivale qu’elle était, la papauté devient alors l’alliée du roi de France (procès des Templiers, installation du pape en Avignon).

  -  Le pontificat de Jean XXII (1316-1334) est marqué par une reprise de la lutte contre l’Empire germanique. Louis de Bavière investit Rome les armes à la main et y impose un éphémère antipape à sa botte, Nicolas V.

  -  La diminution de puissance que subit la papauté pendant son séjour à Avignon, et bien plus encore pendant le grand schisme (1378-1417), accentua l’asservissement de l’Inquisition à la monarchie des Valois. (Jean Guiraud, L’Inquisition médiévale, page 229)

  -  Le procès de Jeanne d’Arc (1431) est un procès voulu par le pouvoir politique. Les religieux utilisés étaient à la solde des anglais et des bourguignons.

  -  XVe s. Les souverains européens cherchent à créer des églises nationales dont ils auraient naturellement pris la direction (H.C. n°3, p. 81)

  -  Louis XII lance en 1510 une violente campagne contre le pape dans une « Assemblée de l’Eglise gallicane », tenue à Tours. L’année suivante, il réunit un concile schismatique à Pise, puis à Milan, chargé de mettre au pas le Pontife légitime.

  -  En 1527, l’armée de Charles Quint envahit et pille Rome. 147 gardes suisses sont tués en protégeant Clément VII.

  -  En 1532, François Ier, menace le Pape d’un concile général, d’une intervention armée en Italie et d’un embrasement universel en Allemagne s’il ne décide pas en faveur du divorce d’Henri VIII.

  -  Henri II, en 1551, interdit aux évêques français de se rendre au Concile de Trente. Il appelle les flottes turques sur les côtes des Etats de l’Eglise pour qu’elles l’aident à obtenir la soumission du pape.

  -  Entre 1673 et 1693, conflit entre Louis XIV et Innocent XI au sujet de la régale, droit qu’avait le roi de France de toucher les bénéfices des évêchés vacants et d’y faire les nominations ecclésiastiques. Le roi étend arbitrairement ce droit à tous les évêchés du royaume. Le pape refuse de donner l’investiture aux évêques présentés par louis XIV.

  -  Thomas More est décapité en 1532 pour s’être opposé à Henri VIII, roi d’Angleterre, dans l’affaire de son divorce.

  -  Joseph II, empereur germanique (1741-1790) met l’Eglise sous tutelle sans tenir compte des droits du Saint-Siège. Les religieux et les moines sont jugés inutiles (= Joséphisme). Les ordres contemplatifs sont chassés de Bohême.

  -  En France, les dérives du gallicanisme font que la hiérarchie religieuse est associée et soumise au pouvoir politique.

  -  Sous le Directoire, la France envahit les Etats de l’Eglise (1797). En 1798, Pie VI est arrêté et exilé à Valence où il meurt l’année suivante.

  -  En 1801, Concordat entre Napoléon et Pie VII. Les évêques sont désignés par le gouvernement et nommés par le chef de l’Etat. Le pape leur accorde l’investiture canonique.

  -  Ne pouvant obtenir le droit de nommer les évêques sans recourir au pape, Napoléon envoie Pie VII en captivité de 1809 à 1814. En 1811, par un concile, il soumet les évêques français qui doivent alors entériner la désignation des évêques par l’Empereur.

  -  1905 : la loi de séparation des Eglises et de l’Etat, en mettant fin au Concordat de 1801, accorde au pape une liberté dans la nomination des évêques dont il n’avait jamais joui auparavant.

 

HITLER ETAIT-IL ATHEE OU CHRETIEN ?

On pourrait opter pour la seconde hypothèse au regard d’un certain nombre de discours ou d’écrits où Hitler fait usage du terme dieu et d’un certain nombre d’expressions religieuses. Toutefois le terme dieu signifie chez lui la force de la nature. Hitler voue un culte à la toute-puissance de la nature, à la loi naturelle du plus fort, à la loi de la sélection naturelle. C’est cela son dieu. Voici plusieurs de ses propos recueillis sur ordre de Martin Bormann en juillet 1941 et parus chez Flammarion en deux tomes en 1952 et 1954 : « Au fond de chaque être, il y a le sentiment de cette toute-puissance à laquelle nous donnons le nom de dieu … A la longue, le national-socialisme et la religion ne pourront plus coexister. Il n’est pas question que jamais le national-socialisme se mette à singer une religion par l’établissement d’un culte. Son unique ambition doit être de construire scientifiquement une doctrine qui soit rien de plus qu’un hommage à la raison. … un mouvement comme le nôtre ne doit pas se laisser entraîner dans des digressions d’ordre métaphysique. Il doit s’en tenir à l’esprit de la science exacte. Le Parti n’a pas à être une contrefaçon de la religion. Celui qui vit en communion avec la nature entre nécessairement en opposition avec les Eglises. Et c’est pourquoi elles vont à leur perte car la science doit remporter la victoire. » Hitler a habilement fait usage du mot dieu car le peuple allemand demeurait en majorité théiste, mais le sens qu’il lui donne personnellement s’apparente bel et bien à une mystique athée. Certains mettent en avant le fait que le ceinturon allemand portait l’inscription « Dieu avec nous ». En fait, c’étaient les soldats de la Wehrmacht et non les SS et les Waffen SS. Ce ceinturon était déjà porté par les soldats allemands au cours de la guerre 1914-1918.

 

Concernant le christianisme, voici diverses réflexions d’Hitler extraites de la même source. « Le christianisme est une rébellion contre la loi naturelle, une protestation contre la nature. Poussé à sa logique extrême, le christianisme signifierait la culture systématique du déchet humain. » (T1 p.51) « Notre époque verra sans doute la fin de la maladie chrétienne. » (T1 p.332) « Le dogme du christianisme s’effrite devant les progrès de la science. » (T1 p.60) « Le coup le plus dur qui ait frappé l’humanité, c’est l’avènement du christianisme. » (T1 p.7) « Le christianisme constitue le pire des régressions que put subir l’humanité. » (T1 p.312) « Le christianisme a retardé de mille ans l’épanouissement du monde germanique. » (T. p.78) « C’est un vrai malheur que la Bible ait été traduite en allemand … L’Eglise catholique a choisi des déments pour en faire des saints » (T1 p. 149) « Le christianisme est une invention de cerveaux malades. » (T1 p.141) « Luther a eu le mérite de se dresser contre le Pape et contre l’organisation de l’Eglise. » (T1 p.10) « Nous assistons aux derniers soubresauts du christianisme. Cela a commencé avec la révolution luthérienne. » (T1 p.325) « Si à Poitiers Charles Martel avait été battu, la face du monde eût changé. Il eût beaucoup mieux valu que le mahométisme triomphât. Cette religion récompense l’héroïsme, elle promet aux guerriers les joies du septième ciel. Animé d’un tel esprit, les Germains eussent conquis le monde. C’est le christianisme qui les en a empêchés. » (T2 p.297) «  Après la guerre, je prendrai les mesures nécessaires pour rendre extraordinairement difficile le recrutement des prêtres. » (T2 p.52) « Mon discernement me dit qu’un terme doit être apporté au règne du mensonge. Il me dit également que le moment n’est pas opportun. Pour ne pas me rendre complice du mensonge, j’ai tenu la prêtraille à l’écart du Parti. Je ne crains pas la lutte. Elle aura lieu, si vraiment il faut en arriver là. Et je m’y déterminerai aussitôt que cela me paraîtra possible. » (T1 p.243)