Dans un premier temps, la monarchie et l’aristocratie ne sont pas menacées.

Les inspirateurs de la Révolution, philosophes et francs-maçons, étaient monarchistes et souhaitaient une évolution de la monarchie et non sa disparition. L’un des principaux acteurs des premiers troubles était le duc d’Orléans, cousin du roi. Membre du Grand Orient, il subventionne le Club Breton, futur Club Jacobin.

Jean Dumont : « Il y a tout au long de l’année 1790, de grandes manifestations au loyalisme monarchique dont la Fête de la Fédération, le 14 juillet où le roi a été vivement acclamé. On nous a fait oublier cela, la première fête du 14 juillet fût une fête monarchiste. Plus encore, le 7/07/1792, la Législative mit hors la loi, par un décret spécial, tout individu qui oserait parler de République. » (La Révolution Française ou les prodiges du sacrilège, p.191)

« En 1791, Beaumarchais prend la plume contre l’Eglise romaine. A ce moment, la noblesse vivait tranquillement chez elle. La grande majorité des châteaux était occupée par les familles de leurs propriétaires … C’est seulement après la chute de la monarchie en août 1792, et avec les débuts de la Terreur, qu’une partie des aristocrates abandonne ses châteaux soit pour aller vivre en ville, soit pour émigrer. » (Id. p.202)

« Il y avait donc bien un bonheur de vivre noble en Révolution très concret. Même l’historien marxiste Michel Vovelle le constate : En général la noblesse put continuer à sauver l’essentiel de sa fortune. » (Id. p.267)

« Ce ne sera que lorsque Louis XVI aura finalement choisi la fidélité au christianisme, à l’Eglise, qu’en 1792 la monarchie sera abattue. Jusque-là, infidèle, elle ne risquait rien, ou que d’acceptables modalités. » (Id. p.247)

 

La Révolution française a d’abord et surtout été antichrétienne

Pierre Gaxotte : « S’il fallait ramener à l’unité la pensée du XVIIIème siècle ou du moins ses écrivains, on pourrait avancer qu’elle a été antichrétienne ; on ne saurait prétendre qu’elle ait été antimonarchique. » (Le siècle de Louis XV)

Cardinal Poupard : « La Révolution a objectivement persécuté l’Eglise jusqu’au martyre. Les historiens sérieux reconnaissent aujourd’hui que la Révolution a persécuté l’Eglise non pour des raisons politiques mais pour des raisons spirituelles. Le nouveau pouvoir issu de la Révolution s’est voulu non seulement politique mais global, total. Et il n’y a qu’un pas, vite franchi hélas, du total au totalitarisme. »

Tocqueville : « Une des premières démarches de la Révolution française a été de s’attaquer à l’Eglise. »

Pourtant les cahiers de doléances se révèlent très favorables à la religion. On ne trouve que 6% des cahiers à requérir la suppression totale des dîmes. Il n’est que 2% des cahiers pour demander la suppression des vœux et des ordres religieux contemplatifs. Parmi ces 2%, la noblesse est la plus acharnée.

 

Tout au long de la période révolutionnaire les mesures les plus graves sont prises contre l’Eglise. Voici les faits dans leur ordre chronologique. Ils font apparaître une volonté d’anéantissement.

11/08/1789 : La dîme est supprimée. Par cet impôt, l’Eglise assurait sa mission sociale : écoles, hôpitaux, pauvreté.

28/10/1789 : L’Assemblée suspend autoritairement le recrutement monastique et les vœux.

2/11/1789 : Les biens ecclésiastiques sont saisis.

13/02/1790 : Les ordres contemplatifs sont supprimés.

17/03/1790 : Les biens ecclésiastiques sont mis en vente.

14/06/1790 : Massacre dans les rues de Nîmes de plus de 300 catholiques et fuite de 1200  familles pour avoir été des milliers à signer une pétition en faveur des droits de la religion et de la foi catholique.

12/07/1790 : Constitution Civile du Clergé. On édifie une religion d’Etat en rupture avec Rome. Prêtres et évêques deviennent fonctionnaires d’Etat. Curés et évêques sont élus. Les écoles religieuses sont fermées et les ordres hospitaliers démantelés. Cependant l’Eglise et le pays résistent et la loi reste presque partout lettre morte.

3/09/1790 : Abolition des vœux monastiques.

27/11/1790 : Vote pour obliger le clergé à un serment de fidélité envers la CCC.

10/03/1791 : Pie VI condamne le statut imposé au clergé par la Constituante par la lettre Quod aliquantum

4/04/1791 : Décision est prise de transformer l’église Sainte Geneviève en temple païen rebaptisé Panthéon.

16/11/1791 : Un décret déclare suspect tout prêtre non jureur et le prive de son traitement. 4/130 évêques et 30.000/130.000 prêtres font le serment.

29/11/1791 : Un décret permet l’arrestation des clercs non-jureurs sur simple dénonciation non vérifiée.

Janvier 1792 : Les prêtres sont encouragés à se marier.

Avril 1792 : Suppression de l’habit ecclésiastique.

27/05/1792 : Un décret de la Législative ordonne la déportation des prêtres réfractaires dès qu’ils sont dénoncés par 20 citoyens d’un même canton.

14/07/1792 : Plusieurs prêtres et religieux ayant vivement réagi sont massacrés par les « patriotes » et leurs têtes promenées au bout de piques.

10/08/1792 : Les prisons se remplissent de prêtres réfractaires.

17/08/1792 : Un décret ordonne l’évacuation des couvents.

18/08/1792 : Un décret proscrit toute vie religieuse commune.

26/08/1792 : La législative aggrave le décret sur les prêtres réfractaires. Bannis de leur patrie, 45.000 ecclésiastiques s’exilent, 30.000 entrent en clandestinité et 4.000 sont arrêtés et déportés aux Pontons de Rochefort ou en Guyane. Très peu reviendront.

Les massacres du 2 au 5 septembre 1792 : Suite à une accusation de complot contre la France révolutionnaire, les prisons sont visitées. Parmi les prisonniers massacrés, on dénombre 3 évêques et 223 prêtres.

14/09/1792 : Les carmélites de Compiègne sont expulsées puis guillotinées.

24/04/1793 : Tout prêtre ayant refusé le serment s’expose à être arrêté et exécuté dans les 24h sans recours possible.

17/09/1793 : Selon une loi, quiconque dénonce un proscrit reçoit 100 livres de récompense.

20/10/1793 : Selon une autre loi, quiconque donne l’asile à un proscrit est déporté.

10/11/1793 : Notre Dame de Paris devient le temple de la Raison.

23/11/1793 : Toutes les églises parisiennes sont fermées. Puis, c’est au tour des lieux de culte réformés ou juifs.

5/10/1793 : Entrée en vigueur du calendrier de Fabre d’Eglantine. Le décadi (tous les dix jours) remplace le dimanche. Il faut travailler le dimanche.

8/06/1794 : Robespierre institue le culte de l’Etre suprême et un rite laïc.

On force maintenant les prêtres qui ont prêtés serment à abdiquer et à se marier. Les mariages des prêtres sont quasi obligatoires, sous la menace de la prison et de l’échafaud. Les 2/3 des prêtres qui ont prêté serment, soit 20.000, renoncent à leur sacerdoce et doivent signer la déclaration suivante : « Je … faisant le métier de prêtre … convaincu des erreurs par moi trop longtemps professées, déclare y renoncer à jamais. »

En 1796, 1448 prêtres français et 8235 prêtres belges sont envoyés au bagne.

Jean de Viguerie : Au final, « la Révolution fit périr 8.000 prêtres, religieux et religieuses. » (Le Livre noir de la Révolution française p.213)

28/08/1799 : Le Pape Pie VI, prisonnier, meurt à Valence.