Un certain nombre de patrouilles dans le scoutisme ont pris l’habitude de dire le bénédicité à toute vitesse sans aucun recueillement. Tout d’abord, le signe de croix avant et après est tracé très rapidement. Ensuite, le chant fait penser à une cavalcade. Enfin, le signe de croix à peine achevé, c’est déjà la nourriture qui est en ligne de mire comme s’il fallait exécuter le plus vite possible la prière pour servir le premier plat sans perdre un instant.

  Pourtant, les scouts et les guides connaissent la devise de Jeanne d’Arc : « Messire Dieu, premier servi » et aussi celle-là : « A tout Seigneur, tout honneur ». Si c’est vraiment le Seigneur à qui on s’adresse, alors cela mérite que l’on prenne son temps.

  Il s’agit d’être cohérent avec le véritable sens du bénédicité : se mettre en présence du Seigneur pour que celui-ci soit présent parmi nous tout au long du repas et spécialement dans nos échanges. Le bénédicité ne doit pas être réduit à un simple rituel que l’on pratique mécaniquement. Nous devons y mettre tout notre cœur. Sinon à quoi bon … ?

  Pensons également au témoignage que l’on apporte s’il y a un invité à notre table. Prendre du temps pour dire un bénédicité est un signe de notre foi. Mais que va penser l’invité s’il nous voit expédier ce petit temps sans aucune intériorité ? S’il n’est pas croyant, il trouvera cela peut-être bien superficiel et il y a peu de chance que cela le touche. S’il est croyant et qu’il s’apprête à le vivre comme une prière, il sera brusqué par la rapidité et peut-être même un peu meurtri dans son cœur de ne pas avoir pu prier.

  Comment y parvenir ? Tout d’abord se recueillir  quelques secondes pour permettre à chacun de faire le vide en lui afin de se tourner réellement vers le Seigneur. Ensuite, prendre le temps de faire un beau signe de croix comme la Vierge l’a demandé aux enfants à l’île Bouchard. Le signe de croix est lui-même déjà une prière et non un simple geste mécanique. Chanter alors paisiblement et non au galop. Faire le deuxième signe de croix comme le premier. Enfin, ne pas se précipiter sur la nourriture, mais demeurer dans le Seigneur et ouvert aux frères et sœurs qui nous entourent. Un bénédicité digne de ce nom peut modifier l’esprit et le cours d’un repas. Essayons, cela en vaut la peine !

  Bien évidemment, tout cela concerne aussi les grâces à la fin du repas.

  Et maintenant bon appétit !