Le fait pour les français de ne connaître des « guerres de religion » que le massacre de la Saint-Barthélemy et la Révocation de l’Edit de Nantes par Louis XIV, amène à penser qu’il y a eu d’un côté des « méchants », les catholiques et de l’autre, des victimes, les protestants. Cette idée est  fortement ancrée puisque les exemples historiques de violence et d’intolérance communiqués par les élèves de terminales dans leur copie de philosophie visent presque toujours le nazisme ou le catholicisme. Récemment, le 14/07/2017, Jean-Jacques Bourdin affirmait sur RMC : « Les catholiques pourchassaient la liberté de conscience ». Par quel enseignement de l’histoire en est-on arrivé là ?

 Des vérités ignorées ou occultées

Plusieurs vérités que les faits permettent d’établir doivent être rappelées : 1) L’agression en France et dans le reste de l’Europe est venue du protestantisme et les catholiques ont eu à se défendre. 2) Partout en Europe, ce sont les rois, les princes et les seigneurs qui imposent le protestantisme et qui s’approprient en même temps les biens de l’Eglise. 3) Le massacre de la Saint-Barthélemy a été provoqué par des hommes politiques pour des motifs politiques et non pour des motifs religieux. 4) Même observation pour la Révocation de l’Edit de Nantes. 5) Les pays catholiques comme la France ou l’Allemagne ont fait preuve d’une plus grande tolérance à l’égard des protestants que les pays protestants à l’égard des catholiques.

La France catholique plus tolérante

Précisément, même si cela peut paraître paradoxal, la Révocation de l’Edit de Nantes en 1685 prouve l’existence de cette tolérance catholique. En effet, l’Edit de Nantes de 1598 comme de nombreux autres qui l’ont précédé depuis 1562 (Saint-Germain, Amboise, Longjumeau, Boulogne, Beaulieu, Poitiers, Fleix …) accordait aux protestants l’amnistie totale après des périodes de guerre mais aussi la liberté de conscience, de réunion et de culte dans certaines limites territoriales. Ces territoires étaient proportionnellement importants et incluaient des villes et des places fortes, jusqu’ à 200, comme La Rochelle, Saumur, Montpellier, Montauban. Un quart du territoire français se trouvait sous contrôle huguenot alors qu’il représentait un million de fidèles dans un royaume de quinze millions d’habitants. (Jean Sévillia, Historiquement Correct, p.113 et 118)

Situation des catholiques dans les pays protestants

La situation des catholiques dans les pays protestants n’est pas du tout la même. Il n’y a pas eu d’Edit de paix pour leur assurer des territoires et la liberté de conscience et de culte comme en France. Ils sont bannis ou combattus et aucun prince protestant ne songe à les reconnaître. « Il n’y avait guère qu’en France qu’il y avait ce statut de tolérance civile. Cet Edit de Nantes est resté une exception à une époque où la religion des sujets est celle du prince. » (François Bluche, historien protestant, dans Famille Chrétienne du 9/04/1998) Dans les pays réformés allemands, nordiques, anglais ou en Suisse, les catholiques sont interdits de culte et d’enseignement, ils sont spoliés de leurs biens et de leurs églises et exclus de toutes fonctions publiques. Voici les faits pays par pays.

Pays germaniques

Dans un premier temps, dans les pays germaniques et en France, ce sont les réformés qui prennent les villes et les catholiques ne ripostent pas. Dans les localités qu’ils contrôlent, les bals, la musique, les déguisements du carnaval sont interdits. Très vite, la noblesse pauvre de haute Allemagne est attirée par la prédication de Luther. Elle voit dans sa Réforme la possibilité de s’enrichir à bon compte en s’emparant des biens d’Eglise. (Vincent Beurtheret, Frères réformés, si vous saviez …, p.11)

A la Pentecôte 1527 a lieu le sac de Rome par les lansquenets luthériens. Le massacre, le pillage et la destruction durent huit jours et font selon les auteurs de 20 à 40 000 tués parmi les catholiques. Les tombeaux des papes sont violés, leurs cadavres profanés, des écuries sont installées dans la basilique, des cardinaux, accoutrés en prostituées, doivent défiler dans les rues juchés sur des ânes, les couvents forcés et les religieuses violées. Ce crime est aujourd’hui  ignoré car passé sous silence dans les livres d’Histoire et les dictionnaires. Il n’entraînera aucune riposte catholique. Le sac est parfois attribué à tort à Charles-Quint. (VB, p.11-12)

1531 : Une première Ligue protestante dite de Smalkalde harcèle par ses armées celle de l’empereur.

1552 : La Diète de Passau donne droit aux princes allemands d’imposer leur religion à leurs sujets selon le principe « Cujus regio, ejus religio » qui signifie « Telle est la religion du roi, telle est la religion des sujets ». Suite à cela, les 2/3 de l’Allemagne passent au protestantisme.

Charles-Quint, catholique accepte que certains de ses vassaux soient réformés, alors que les seigneurs réformés n’admettent pas que certains de leurs sujets soient catholiques. (VB, p.29)

Prusse, 1821 : Le catholicisme reçoit enfin une existence légale. Néanmoins, les catholiques restent exclus de la fonction publique, du corps des officiers et des chaires de l’Université. Ils n’ont pas le droit de fonder des écoles. 1878 : Le Kulturkampf de Bismarck voue à l’exil ou à la prison évêques et prêtres. 1918 : Abolition très tardive des lois discriminatoires à l’égard des catholiques.

Suisse

1525 : Face à la montée de l’extrémisme, l’humaniste Erasme est obligé de quitter Bâle et se réfugie à Fribourg en terre catholique. (VB, p.9)

1529 : Les cantons luthériens déclarent la guerre aux paysans des cantons pauvres restés catholiques.

1531 : Une nouvelle guerre est menée contre les cantons catholiques par Zwingli.

1535 : Calvin à Genève : La messe est interdite, l’évêque est chassé, les catholiques sont bannis et les couvents rasés.

1536 : Calvin publie L’Institution de la religion chrétienne. Il y développe l’un des points forts de sa doctrine : la soumission nécessaire du politique au religieux.

1537 : A Genève, la législation imposée par Calvin condamne à mort tout « hérétique » au même titre que les fauteurs de blasphème ou d’adultère.

1541 : Les tavernes sont fermées ; les jeux interdits ; vêtements, coiffures, bijoux, banquets, noces : tout est réglementé.

1541 à 1546 à Genève : On compte 56 condamnations à mort et 78 bannissements pour une population de 13 000 âmes.

1547 : Gruet, un théologien qui niait la divinité du Christ est décapité.

1553 : Bolsec, un ancien carme qui refuse le la doctrine de Calvin sur la prédestination est brûlé.

1553 : Michel Servet, médecin espagnol, est brûlé pour avoir nié le dogme de la Trinité. Calvin assiste à son supplice.

1554 : Calvin publie un traité qui justifie la peine de mort pour les « hérétiques »

1797 : Genève passe sous influence française. Abolition de la législation qui punit de mort la participation à la célébration de la messe. 

Suède

1527 : La Diète soutenue par Gustave Ier instaure le luthérianisme en religion d’Etat et annexe les terres de l’Eglise qui ne réagit pas. Le catholicisme est exclu. Jusqu’en 1815, tout prêtre catholique pris sur le territoire risque la peine de mort. Jusqu’en 1860, tout suédois abjurant la religion protestante encourt l’exil et la confiscation de ses biens.

Danemark

1536 : L’autorité des évêques est abolie dans tout le royaume et dans les territoires de Norvège et d’Islande qui lui sont soumis. Christian III oblige tous ses sujets à se convertir au luthérianisme. Il leur ment en affirmant : « Ces changements viennent d’une disposition du Pape étendue à toute la terre ». Emprisonnant les évêques et les prêtres, il confisque les biens de l’Eglise.  

1624 : Un édit royal condamne à mort tout prêtre catholique.

1683 : Les biens des danois convertis au catholicisme sont confisqués. Le droit de tester leur est retiré. Ces mesures resteront en vigueur jusqu’en 1849. 

Norvège

1891 : Abolition des lois discriminatoires à l’égard des catholiques.

Islande 

1550 : Le Danemark impose le luthérianisme par la violence. Le dernier évêque est décapité par les norvégiens. Le catholicisme sera interdit jusqu’au XIXème siècle. 

Angleterre

1534 : L’anglicanisme devient religion d’Etat. Henri VIII impose sa réforme au prix de milliers de victimes pendues ou éventrées : cardinaux, évêques, moines, prêtres et laïcs. 370 monastères sont supprimés. Les biens des 430 monastères restants sont confisqués.

1535 : Exécution de John Fisher, puis de Thomas More.

1558 : Elisabeth Ière accède au trône. Tous les évêques sont déposés et onze d’entre eux meurent en prison.Les prêtres sont condamnés à la clandestinité et les fidèles obligés d’assister aux offices anglicans.

1649 : Cromwell proclame la république et mène une politique violemment anticatholique.

1699 : Une loi déclare les catholiques inaptes à hériter, à acheter des terres et à occuper des emplois publics.

1755 : 10 000 Acadiens catholiques sont déportés du Canada jusqu’à la Louisiane.

Marguerite Clitherow (canonisée), est condamnée à mort par écrasement le Vendredi saint 1586. Née en 1555 de parents protestants, elle épouse un protestant et se convertit au catholicisme en 1574. La nouvelle religion ne lui apporte « aucune substance, vérité ou réconfort chrétien ». Elle est fortement impressionnée par l’exemple de « tant de prêtres et de laïcs qui ont souffert pour la défense de l’ancienne foi catholique ». On découvre qu’elle cache un prêtre chez elle. On l’accuse alors d’avoir donné le vivre et le couvert à des jésuites et à des prêtres venus de l’étranger, « traîtres à sa Majesté la reine et à ses lois ». On l’accuse aussi d’avoir ouï la Messe.

1778 : Les catholiques obtiennent la liberté du culte et le droit d’hériter.

1793 : Les catholiques obtiennent la plénitude des droits civils et en 1829 les droits politiques.

1850 : La hiérarchie catholique est rétablie en Grande-Bretagne. Les catholiques peuvent accéder à l’Université.

1919 : Abolition des dernières lois discriminatoires à l’égard des catholiques.

Ecosse

1559 : John Knox interdit le culte catholique

1584 : Les presbytériens interdisent la célébration de la Nativité. 

Irlande

A partir de 1541, les catholiques irlandais subissent des provocations de la part des colons protestants puis une répression cruelle exterminatrice.

A partir de 1649, avec Cromwell, des dizaines de milliers d’irlandais sont tués ou vendus comme esclaves pour le Nouveau Monde. En quelques années, la population passe de 1.500 000 à 600 000 habitants.

En 1695, des lois anticatholiques les excluent de l’administration, de l’armée, de l’enseignement dans les écoles, les empêchent d’être propriétaires terriens et leur interdisent d’exercer des professions libérales (sauf la médecine). Les colons anglais et écossais s’approprient les terres. Suppression de tout droit de vote.

Défense est faite aux évêques, aux prêtres et aux religieux de paraître dans le pays sous peine de mort. La célébration de la messe est interdite.

La famine de 1846 à 1848, favorisée par l’attitude passive des anglais, fait un million de morts. Beaucoup y échappent par l’émigration. La population ne cesse alors de baisser. De 1845 à 1950, plus de six millions d’irlandais émigrent.

1872 : Les catholiques recouvrent le droit à la propriété. 

Provinces-Unies

Flandres, 1544 : Des bandes armées luthériennes, regroupées à Tournai, ravagent et incendient la région, pillent les églises.

1581 : Guillaume d’Orange interdit l’exercice public du culte catholique.

1700 : Le catholicisme est pratiquement éliminé. De 1610 à 1700, les calvinistes passent de 20 à 85%. 

Bohême

1619 : Les protestants déposent le roi Ferdinand II et mettent à sa place le réformé Frédéric V ce qui déclenchera la Guerre de Trente Ans. L’année suivante, il attaque le nouvel empereur Ferdinand II.

Conclusion

On lit et on entend dire que l’Angleterre, les Pays-Bas ou les pays scandinaves, parce qu’ils sont de culture protestante, ont été depuis l’origine des foyers de tolérance et de liberté de pensée, contrairement au trop catholique royaume de France. Les faits révélés ci-dessus montrent que la vérité de l’histoire est différente. Ce que confirme l’historien protestant François Bluche : « Si les protestants l’avaient emporté (en France), ils ne se seraient pas gênés pour convertir les catholiques de force ». (Famille Chrétienne, 9/04/1998) En ces temps troublés, de manière générale, il était préférable d’être protestant en France que catholique dans les pays sous domination protestante.