Les français reçoivent par l’opinion dominante, l’école et les médias, une vision très caricaturale de leur histoire. Celle-ci évidemment a été écrite par les vainqueurs. Avant 1789, tout est noir, c’est l’obscurantisme, la tyrannie et le fanatisme qui dominent. Il n’y a pas de droits, pas de liberté. Le peuple est malheureux. Et puis, magiquement, tout change à partir de 1789 avec la Déclaration des droits de l’Homme et du Citoyen. Article 1 : « Les hommes naissent et demeurent libres et égaux en droits ». Article 2 : « Les droits naturels et imprescriptibles de l’homme sont la liberté, la propriété, la sûreté et la résistance à l’oppression ». Article 4 : « La liberté consiste à pouvoir faire tout ce qui ne nuit pas à autrui ».

  Copies d’élèves de terminales : « Avant 1789, l’homme n’avait aucun droit et ne pouvait en aucun cas se défendre ». « Tous les citoyens ont des droits et des devoirs depuis 1789 ». « Les libertés existent depuis la Révolution française». « L’histoire a connu des périodes de dures censures parfois excessives où la liberté d’expression était difficilement concevable. Par exemple, sous les monarchies où une simple parole en l’air valait la guillotine ». « La liberté est un droit acquis par des hommes qui nous ont précédés et qui se sont battus pour l’obtenir ». « En France, nous sommes tous égaux depuis la Révolution de 1789. Nous sommes égaux en droits et donc en liberté ».

  Deux erreurs. Les textes de la Déclaration, sans oublier la devise « Liberté, égalité, fraternité », peuvent entraîner deux erreurs majeures. Premièrement ils font croire que la liberté et les droits ont commencé en 1789 et qu’ils n’existaient pas auparavant. Cette idée est aujourd’hui fortement ancrée et un grand nombre d’élèves semble ignorer qu’il y avait un état de droit avant 1789 et que les juristes, par exemple, représentaient une population importante. Ce dont témoignent le démocrate Alexis de Tocqueville (1805-1859) : « On aurait bien tort de croire que l’Ancien Régime fut un temps de servilité et de dépendance : Il y régnait plus de liberté que de nos jours ». Et l’historien protestant Bluche (1993) : « Le monarque absolu n’est ni un tyran ni un despote ». Ou encore, Funck-Brentano (1926) : « La France était hérissée de libertés. Elles grouillent, innombrables, actives, variées, enchevêtrées et souvent confuses, en un remuant fouillis ».

  La seconde erreur concerne la Révolution française elle-même qui a fait tout le contraire de ce qu’elle a proclamé. On ne peut oublier la Terreur. Ce n’est pas un hasard si la Révolution française  a inspiré les totalitarismes modernes comme le souligne Hannah Arendt. Plusieurs dictateurs s’y sont référés comme Pol Pot et Castro. Lénine est venu en Vendée pour étudier de plus près les méthodes de la Terreur. La liberté, l’égalité, la fraternité et les droits ont été bafoués dans des proportions considérables à tel point que l’on peut affirmer que la Révolution a plus exécuté de français en trois ans que la monarchie en trois siècles. Les droits et les libertés ont été bien plus respectés sous le règne de Louis XVI que durant toute la période révolutionnaire.

Voici plusieurs exemples d’atteintes aux droits de l’homme dont certains seraient qualifiés aujourd’hui de crimes contre l’humanité :

  Le plus abominable concerne la Vendée. Les vendéens, en 1789, sont favorables aux premières réformes, mais ils ne supportent pas que l’on s’en prenne à la liberté religieuse. La conscription obligatoire met le feu aux poudres et entraîne leur révolte. C’étaient des paysans, des gens du peuple. La guerre civile va durer cinq mois, de mars à juillet 1793. En décembre de la même année, ce qui reste de l’armée vendéenne, est massacré au Mans avec femmes et enfants. Cependant, les membres du Comité du Salut Public et de la Convention ne vont pas en rester là. Ils vont concevoir, organiser et planifier l’anéantissement et l’extermination de la Vendée. Une première loi du 1/08/1793 prévoit la déportation des femmes, des enfants et des vieillards et une seconde, plus radicale, du 1/10/1793 commande l’extermination de tous les habitants de la Vendée sans distinction d’âge ou de sexe. Il s’agit du génocide d’un groupe déterminé, le premier de l’histoire moderne. Entre août 1793 et juillet 1794, des dizaines de milliers de vendéens sont tués dans des conditions d’extrême barbarie. Les colonnes infernales du général Turreau ratissent et détruisent tout sur leur passage. Le général Grignon se vante de tuer chaque jour « 2000 vieillards, hommes, femmes et enfants ». Les habitants sont violés, torturés, brûlés, dépecés. Tout dans ce crime de masse est essayé, y compris l’horreur absolue comme l’utilisation de gaz, de fours crématoires. Parfois, les corps sont fondus pour récupérer la graisse ou envoyés dans des tanneries pour transformer les peaux en cuir. Ce sont des dizaines d’Oradour-sur-Glane qui ont lieu à travers toute la Vendée. Dans le village de Lucs, 564 personnes sont égorgées ou brûlées vives à l’intérieur de l’église dont 107 enfants de moins de sept ans. Le général Westermann, en décembre 1793,  s’adresse à la Convention dans les termes suivants : « Il n’y a plus de Vendée. Suivant les ordres que vous m’avez donnés, j’ai écrasé les enfants sous les pieds des chevaux, massacré les femmes. Je n’ai pas un prisonnier à me reprocher. J’ai tout exterminé ». A Nantes, pour économiser la  poudre des fusils, Carrier pratique les mariages républicains qui consistent à enchaîner ensemble un homme et une femme nus, mais aussi des religieux ou des enfants et à les noyer dans la Loire. Des milliers de personnes périront de cette manière. Cette entreprise d’extermination est un sujet tabou en France. Elle a cependant été mise en lumière par Reynald Secher, un historien courageux, qui s’est vu attribuer pour ses travaux le Prix littéraire des droits de l’Homme en 2012. D’après ses calculs, 117.000 vendéens sur 815.000 ont péri. Alain Gérard parle, lui, de 165.000 victimes. Le général Hoche avait écrit en 1796 que plus de 600.000 français avaient péri en Vendée.

  D’autres villes et provinces se révoltent. Lyon se révolte en mai 1793. La convention décrète sa destruction partielle. Elle sera matée six mois plus tard. Le tribunal révolutionnaire envoie 1667 accusés à l’échafaud. Les insurgés sont si nombreux que certains sont mitraillés et exécutés au canon dans la plaine des Brotteaux. Des massacres de grande ampleur ont lieu dans d’autres villes comme Toulon avec plus de 1000 fusillés ou guillotinés sur une population de 29.000 habitants et Bordeaux.

  Le massacre des Tuileries. Le 10/08/1792, les Tuileries sont prises d’assaut. Répugnant à faire couler le sang, le roi ordonne aux gardes suisses de n’opposer aucune résistance. Ces derniers vont cependant faire face. S’ensuit alors un horrible carnage : 800 personnes sont massacrées.

  Les massacres de septembre 1792. Suite à une accusation de complot contre la France révolutionnaire, les prisons sont visitées les unes après les autres. 1400 détenus dont 223 prêtres et 3 évêques sont massacrés. Danton avouera plus tard qu’il voulait frapper Paris de terreur et réduire les modérés au silence. Sur son ordre, la tuerie s’étendra aux provinces.

  Les comités de surveillance. Le 21/03/1793, sont institués 20.000 comités de surveillance à travers toute la France. Ils sont chargés d’établir la liste des suspects et de les faire interner.

  L’Eglise est persécutée. On compte 600 prêtres martyrs déportés dans les îles de la Charente pour la seule année 1794. Au cours de l’année 1796, 1448 prêtres français et 8235 prêtres belges sont envoyés au bagne de Cayenne.

  Le calvaire du petit Louis XVII. A huit ans, il est arraché à sa famille pour être soumis à ce qu’il faut bien appeler une œuvre de destruction de sa personnalité. On commence par le mettre à jeun quelques jours. Puis, on lui sert un repas fortement épicé sans mettre d’eau sur la table, mais seulement du vin. Le but est de le saouler. Par ce moyen, on parvient à lui faire chanter à tue-tête des chants révolutionnaires, puis à crier contre sa famille et enfin à accuser sa mère d’inceste alors qu’il l’adorait. Quotidiennement, l’enfant subit brutalités et humiliations. Ses vêtements et son lit sont trempés. Il doit laver les pieds de ses gardiens. En janvier 1794, Robespierre le fait enfermer seul dans une petite pièce non chauffée. La porte est verrouillée et cadenassée en permanence. Il est plongé dans l’obscurité jour et nuit. Seul contact avec l’extérieur, un petit guichet à travers lequel on lui passe irrégulièrement un peu de nourriture et aussi à travers lequel on l’accable d’insultes. Après la mort de Robespierre, huit mois plus tard, il est « désemmuré ». Dans la pièce règne une odeur insupportable. Le sol est jonché d’ordures, de restes de nourriture, d’excréments au milieu desquels grouillent des vers et des fourmis, des araignées et des souris, des puces et des poux. Il est trop tard. L’enfant est déjà mortellement frappé. Il expirera au bout de quelques mois.

  Statistiques. L’oppression de Robespierre c’est 500.000 personnes emprisonnées, 300.000 autres consignées et 16.594 guillotinées. Les études statistiques montrent que les personnes guillotinées étaient à 31% des ouvriers, à 28% des paysans, à 20% des marchands ou des spéculateurs et à seulement 9% des nobles et 7% des ecclésiastiques. Le bilan total de la Terreur s’établit, selon l’historien marxiste Vovelle, à plus de 200.000 victimes. Si on ajoute les guerres d’exportation de la Révolution à travers le reste de l’Europe et les guerres  napoléoniennes, le bilan total des morts dépasse largement un million de personnes pour une population de 28 millions d’habitants. En 1789, la France était le troisième pays le plus peuplé du monde après la Chine et l’Inde et le plus peuplé d’Europe devant la Russie et l’Allemagne. Le décrochage démographique date de cette période. Entre 1800 et 1900, la population de la France passe de 27 à 38 millions, celle du Royaume-Uni de 15 à 41 millions et celle de l'Allemagne de 23 à 56 millions.

  A propos des élections. L’Assemblée constituante décide que le suffrage est restreint à ceux qui peuvent payer le « marc d’argent » c’est-à-dire les propriétaires. Puis, on décide que ne pourront élire les députés que ceux qui ont un certain niveau d’enrichissement. En septembre 1792, pour l’élection de la Convention, les femmes, les domestiques et tous les citoyens soupçonnés d’incivisme sont exclus du scrutin qui a lieu à voix haute dans un climat de terreur. 630.000 électeurs seulement sur un corps électoral de 7,5 millions participent au suffrage. En avril 1797, les conventionnels sortants sont battus aux élections. Dans les conseils, les royalistes remportent la majorité. Cinq mois plus tard, l’élection est annulée. Le Directoire fait appel à l’armée. C’est un coup d’Etat. 65 députés et journalistes sont déportés en Guyane.

  Paroles de révolutionnaires. Voici maintenant quelques paroles de révolutionnaires qui permettent de comprendre comment on a pu justifier un tel degré de fanatisme et de cruauté.  Saint-Just : « Les nations se régénèrent sur des monceaux de cadavres ». « Ce qui constitue une Révolution, c’est la destruction totale de ce qui lui est opposé ». « La Révolution dévorera jusqu’au dernier ennemi de la tyrannie ». « La terreur n’est autre chose que la justice prompte, sévère, inflexible, elle est donc une émanation de la vertu ». Carrier : « Nous ferons de la France un cimetière, plutôt que de ne pas la régénérer à notre manière ».

  L’avis des historiens. Selon Furet, historien spécialiste de cette période et ancien communiste : « Le dérapage de la Révolution vient de ce que les révolutions veulent changer l’homme et, comme il s’y refuse, ils veulent le contraindre par la violence ou le supprimer par le massacre ». La liberté d’expression est exclue : « Le répertoire politique de la Révolution n’a jamais ouvert la moindre place à l’expression légale du désaccord ». A tout cela, fait écho l’exclamation de Mme Roland montant à l’échafaud : « O liberté, que de crimes on commet en ton nom ». Toujours, selon Furet (1978) : « La culture politique qui conduit à la Terreur est présente dans la Révolution française dès l’été 1789 ». Idée partagée par Gueniffey, autre spécialiste reconnu (2000) : « L’Histoire de la Terreur commence avec celle de la Révolution et finit avec elle ».

  Conclusion : La Déclaration des droits de l’Homme ne doit donc pas nous tromper sur la réalité des évènements des années 1789-1799. Ces dix années ont été une période de tyrannie et d’atteinte aux libertés, à commencer par la liberté d’expression, sans équivalent dans toute l’histoire de France.

Bibliographie

Reynald SECHER, Vendée : du génocide au mémoricide (2011)  440 p. 24€

Une cinquantaine d’auteurs : Le Livre noir de la Révolution Française (2008) 878 p. 44€

Jean SEVILLIA, Historiquement correct (2003) ch.6, 7 et 8  450p. 10€