A strictement parler, l’affirmation « l’homme descend du singe » n’est pas correcte. Elle induit facilement en erreur en faisant croire que l’ancêtre immédiat de l’homme est un singe, que le premier homme lui-même est très proche du singe, qu’il y a donc eu des singes plus ou moins hommes et des hommes pas entièrement hommes. De là à penser que certains parmi nous sont plus proches du singe et moins homme que d’autres, il n’y a qu’un pas. Pourtant, la science a bien montré l’unité de notre espèce malgré la diversité des races. 

  En outre, d’un point de vue chrétien, cette expression ne tient pas compte que l’homme est créé « à l’image et à la ressemblance de Dieu » par son âme spirituelle. Elle peut donc participer à faire perdre de vue la dignité attachée à l’être humain en tant que tel. 

  L’ancêtre immédiat de l’homme, selon l’hypothèse de l’évolution, n’est pas l’un des grands singes actuels (chimpanzé, gorille, orang-outan) car nous savons toujours selon la même hypothèse que leur lignée et celle qui a abouti à l’homme se sont séparées à partir d’un ancêtre commun il y a plusieurs millions d’années (entre 5 et 40 selon les versions extrêmes). 

  Depuis les années 1970, les généticiens ont établi qu’il fallait 12 à 15 remaniements chromosomiques pour passer d’un caryotype de singe actuel à un caryotype d’homme. Cela oblige donc à envisager toute une série d’espèces distinctes pour passer de l’ancêtre commun aux singes et aux hommes à l’homme lui-même. La paléontologie nous avait déjà révélé que plusieurs êtres différents s’étaient succédé : ramapithèque, australopithèque, habilis, erectus, sapiens. Il y a certainement beaucoup à découvrir sur cette succession et peut-être même quelques chaînons manquants. 

  Entre le singe et l’homme, selon l’hypothèse de l’évolution, plusieurs espèces distinctes se sont ainsi succédé, constituant comme des étapes, des intermédiaires, des ébauches avant que l’homme véritable n’apparaisse à son tour. L’ancêtre immédiat de l’homme est donc un être fort éloigné du singe actuel mais pas encore humain. Il peut s’agir de l’homo erectus. 

  A. Leroi-Gourhan, « Le Geste et la Parole » (1964), p. 166 :

« Les faits montrent que l’homme n’est pas […] une sorte de singe qui s’améliore […], mais, dès qu’on le saisit, autre chose qu’un singe. »